Pour faire un roman bon et simple avec Jessie Burton

Les Filles au lion de Jessie Burton

ou quand il suffit de quelques lignes pour partir loin

En ce moment, c’est un peu le désert de lectures. Ce n’est plus moi qui fait un pas vers le livre, c’est le livre qui doit me séduire. Avec Jessie Burton, on ne se pose pas ces questions. La libraire m’avait promis un dépaysement total, pari gagné.

Ce roman ne révolutionne pas le genre, il ne gagnera pas le prochain Nobel. Il est écrit avec sincérité avec un dénuement qui nous touche dès les premières lignes et un sujet qui nous fait sortir du quotidien. Commencer son roman par une scène dans une boutique de chaussures, ça vous pose tout de suite un décor auquel on ne s’attend pas. Les mots évoquent tout de suite une ambiance qui se compose petit à petit : l’odeur du caoutchouc, l’odeur des pieds transpirants, la corne sur le tapis, un petit accent british et une cubaine qui travaille dedans. Sauf qu’elle est particulière : elle est douée et poétesse. Sa vie bascule quand elle est acceptée comme secrétaire dans une galerie d’art et que sa meilleure amie se marie. Le tableau des Filles au lion va se mettre sur son chemin.

On pourrait croire qu’on va avoir droit à une enquête classique sur le passé du tableau. Mais Jessie Burton réussit à nous surprendre par sa simplicité. Elle n’est pas là pour raconter l’histoire d’un tableau mais du destin de 2 femmes : l’une poétesse et l’autre peintre à plusieurs années de distance. L’une est cubaine et vit en Angleterre dans les années 1970, l’autre est anglaise et vit en Espagne peu avant les guerres franquistes. Prenez un siège, un thé et laissez-vous porter par le récit. C’est comme si le narrateur vous racontait une histoire. Les mots sont choisis avec soin pour donner une tonalité au récit, sans pour autant que ça alourdisse le texte.

Simple et fluide. Je n’ai pas vu les pages défiler, je l’ai fini en une journée. Durant ma lecture, j’ai eu l’impression de flirter avec les limites du monde réel. Comme si les personnages vivaient dans un monde réaliste parallèle. On est entre le conte et le récit biographique. La fin apporte son lot de fantastique et colore un peu plus le texte, mais n’était pas nécessaire. On sent la passion de l’auteure quand elle écrit sur l’art et sur le destin de femmes qui se posent des questions de leur époque. On se sent proches d’elle.

On est loin des récits complexes, Jessie Burton nous propose simplement de nous poser quelques heures pour découvrir une patte, un univers qui va nous transporter ailleurs en quelques mots.

Ulysse / James Joyce #1 Télémaque

« Télémaque »

L’art de passer à la moulinette ton cerveau.

L’été n’est pas encore arrivé que je commence déjà mon grand challenge feuilletonnant : lire Ulysse de James Joyce. Je m’attends à voir le monde différemment à la sortie. Il a intérêt à tenir ses promesses.

 

Quand j’ai commencé Ulysse, ce n’était pas aujourd’hui. Chaque fois, j’avance par petit bout par manque de temps pour rentrer dedans. Cette fois, j’espère bien que c’est la bonne.

Je relis les premières lignes, je suis partagée entre me dire que j’adore les descriptions cinglantes faites des personnages et l’impression de lire le roman d’un déséquilibré. Pour ma défense, ça fait quand même un moment que je n’ai pas lu du Virginia Woolf. Donc j’ai perdu l’habitude des romans du type « Stream of Consciousness ».

On sent bien qu’Ulysse ne se lit pas comme les autres romans, mais on saute tellement du coq à l’âne qu’on essaie de rattraper à n’importe quoi pour focaliser son attention. Alors je commence à chercher le rapport avec l’Odyssée d’Homère… bien que je sache pertinemment que le roman n’a pas été écrit sous cet angle au départ. L’idée n’est venue qu’à la fin, James Joyce a eu l’idée de réécrire certains passages pour reprendre cette idée. C’est ce qu’avait dit les traducteurs de la nouvelle édition. Il faudrait que je retrouve la grosse conférence, elle était sur Youtube. Le roman est tellement colossal que chaque chapitre a son traducteur.
Ils disaient quoi ? Que le roman pourrait tout aussi bien s’appeler autrement et les chapitres aussi, qu’on ne chercherait pas forcément un fil conducteur. Y a bien quelques petits trucs qui font écho, mais rien de transcendant pour le moment. C’est plus un moyen de donner un contenant ou un liant pour le lecteur.

Ca commence à s’embrouiller, les dialogues sont donnés bruts de décoffrage, sans liaison et enchaînant rapidement sr pensée et discours entremêlés. J’arrête de chercher du sens, je lâche prise pour laisser le flot de mots s’abattre sur moi. J’en tirerai bien quelque chose à un moment. Comme avec une personne qui ne vit pas selon les mêmes règles que nous, j’écoute patiemment et j’essaie de retrouver des clés d’interprétation pour voir si l’auteur veut nous dire quelque chose en particulier.
D’ailleurs, ce n’est pas tout de suite que je remarque c’est du « Stream of Consciousness ». C’est seulement quand Stephen commence à penser à l’image de sa mère morte. Bizarrement, précisément ces passages-ci, on comprend ce qu’il s’y passe. Mais sans transition on repart sur le fil rouge de l’histoire et là on est à nouveau paumé. Beaucoup de réfs à Hamlet qui font sourire.

On va être honnête : je n’ai pas retenu grand-chose pour le moment. J’ai cru comprendre que tephen se rsait et qu’il parlait avec une bande d’amis. Savoir où ils sont ensuite, c’est très flou. A un moment, on croit qu’il est chez lui et l’instant d’après qu’il est dans un bordel. Et d’un coup, on se retrouve au port. Mais en fait, savoir où ils sont présentement n’est vraiment le souci. C’est même superflu au départ à mon avis.

Pour ce premier chapitre, j’ai beaucoup fait appel aux outils de l’édition critique : notes de James Joyce sur la construction du chapitre, notes de bas de page, etc. Ça n’aide pas forcément plus et je risque de laisser de côté l’appareil critique à moins d’un gros pépin.
En fait, à la fin du chapitre j’ai compris un truc essentiel : il faut lâcher prise, plonger dans le grand bain. Comme avec les monologues sans ponctuation d’Ariane dans Belle du Seigneur. Sauf que ça va être ça sur plus de 1000 pages.

Souhaitez-moi bonne chance !

 

Après la lecture de ce chapitre, je retourne sur Youtube pour me remettre dans l’ambiance. Et j’ai trouvé une petite vidéo qui résume rapidement comment James Joyce perçoit la littérature chez The School of Life.