Lumière sur… La Passe-Miroir de Christelle Dabos

Anarésume, Reading reacts

La Passe-Miroir fait partie de ces romans qui m’ont donné envie dès sa sortie et qui m’ont également fait peur. Des critiques dithyrambiques, des chroniqueurs ou booktubeurs qui le vendent et sur-vendent, ça met beaucoup de pression avant même d’avoir ouvert le livre. C’est parce que j’ai eu l’occasion de le lire ne numérique que j’ai fini par lâcher la bride de la méfiance. Ce fut dans l’ensemble une excellente surprise

Christelle Dabos sait changer de registre sans problème en gardant toujours son identité. On sent que cette histoire lui tient à coeur et qu’elle l’écrit avec tout son amour. Quand on lit un roman de La Passe-Miroir, on se trouve tiraillé entre des sentiments contraires : d’un côté : la rêverie, la poésie, le calme et la quiétude ; de l’autre côté : le danger, la cruauté, la peur, l’aventure, la colère.

Ce qui est important à retenir côté plume, c’est que cette auteure ne s’adresse pas à un lectorat jeunesse, mais à qui souhaite lire son livre. Une ambiance de conte cruel règne dans sa série, comme de charme innocent. Gallimard semble l’avoir compris, car le roman poche se retrouve publié chez Folio pour adultes et non Folio jeunesse.

Titre de la série : La Passe-Miroir
Auteur : Christelle Dabos

Nombre de tomes (en cours) : 2/4

La Picassiette #1 : Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

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Là où les tigres sont chez eux est un roman qui cartonne en librairie, même dans les milieux dits défavorisés. Pourquoi ? Jean-Marie Blas de Roblès va au-delà de la condition de ses personnages issus des milieux universitaires ou pauvres. Il a écrit un roman initiatique universel divertissant, passionné, passionnant, philosophique, agréable à lire et à la portée de tous.

Vous avez prévu un dîner avec des convives au profil très éclectique ? L’un adore les romans d’Umberto Eco, l’autre est gaga d’Indiana Jones depuis son enfance, mais tous sont capables d’aimer des histoires qui déraillent de leur schéma d’origine ? La Picassiette vous propose de préparer votre soirée post-dinatoire dès l’entrée avec un roman détonnant : Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès.
Préparons ensemble le menu de ce soir pour mettre tout le monde dans de bonnes dispositions !

Pourquoi j’aime Jane Eyre & pas Lucy Snowe

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Que l’on soit d’accord : je ne rejette pas du tout le roman Villette. Bien au contraire, Villette est une mine d’or, un texte révolutionnaire, une voix profonde qui s’élève face à l’éducation et la société -pas que victoriennes- et qui dit ce qu’il pense. On est dans un monde rude où l’héroïne n’en veut jamais à la vie et qui avance de façon déterminée pour survivre. L’écriture y est mieux maîtrisée, les portraits psychologiques sont bien détaillés et l’introduction du gothique est bien mieux amenée.

Pourquoi j’aime Charlotte & pas Emily

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Charlotte ou Emily Brontë, c’est comme dire qu’on aime la bolognaise et pas le pesto, qu’on aime Ghibli et pas Disney, bref c’est une question de goût qui fait toujours débat. Y en a qui vont aimer les deux, mais les deux sœurs Brontë ont un style et une façon de penser tellement différents que je ne peux pas adhérer à l’une sans déprécier l’autre.

Vous l’aurez compris, je préfère Charlotte à sa cadette. Après avoir lu un roman de chaque et avoir commencé Villette et Shirley, je pense pouvoir faire pencher la balance sans souci du côté de l’aînée des trois sœurs écrivaines. Mon but n’est pas de diminuer une sœur par rapport à l’autre, mais d’expliquer pourquoi je fais partie des déçues d’Emily Brontë.

Chaque sœur a vécu les différents drames familiaux de façon différente et leur a créé des personnalités propres à leur statut dans la société ou dans leur famille. Sans le sou mais issu d’une famille qui aime la littérature, elles ont souvent participé à des entre frère et sœurs pour stimuler leur amour de l’écriture. Vouloir les confronter, c’est comme vouloir comparer Hugo à Dickens. De loin ça se ressemble, de près on sent bien deux gros caractères qui s’expriment différemment. On n’aura plus de goût pour l’un ou pour l’autre selon notre propre passé (de lecteur).

L’Arcane des Épées, III, de Tad Williams

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L’intégrale 3 reprend les aventures du tome 3 VO qui ont commencé durant le dernier tiers de l’intégrale 2 VF. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il commence sur des chapeaux de roue.

Mais ça y est, c’est fini. C’est le cœur lourd et la larme à l’œil que j’ai refermé ce lourd dernier tome de L’Arcane des Épées. Quelques éléments sur la toute fin ont pu me gêner, mais ce dernier tome met la barre très haut comparé à ses prédécesseurs.

On va de rebondissement en malheur, et inexorablement les personnages ne font qu’accélérer leur fin alors qu’ils sont plein de vie et de volonté.

Titre VF : L’Arcane des épées, intégrale 3
Titre VO : To Green Angel Tower
Auteur : Tad Williams

Nombre de pages : 1236 pages (+ ~390 pages correspondant au 3e tome VO dans l’intégrale 2)
Nombre de tomes VF : 3

Manesh de Stefan Platteau

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On pourrait détourner une expression bien connue d’un de nos fameux présidents pour définir ce roman. Manesh va devenir sans aucun doute un incontournable dans le paysage de la fantasy. Quand même, c’est beau mais c’est loin.

On le vend comme pouvant plaire aux adeptes de Robin Hobb et de Robert Holdstock, c’est vrai en un sens mais ça serait tout de même dénaturé la prose de Stefan Platteau que d’en rester là. Son univers ne fait pas que flirter avec la mythologie, il y dessine une nouvelle approche à travers des accents nordiques et hindous. Si les premières pérégrinations du personnage de Manesh m’ont beaucoup fait penser aux légendes japonaises racontées par Miyazaki, on entre petit à petit dans une vision très personnelle de notre rapport aux mythes et à la fantasy.

Préparez-vous à naviguer sur un fleuve faussement tranquille et à vous faire piéger avec les deux narrateurs. La cruauté cache bien son visage. Le jury des Imaginales de 2015 y a déjà tracé sa route.

Titre : Manesh, Le Sentier des Astres
Auteur : Stefan Platteau
Nombre de pages indiqué : ~450
Tomaison : 1/3

L’Ombre du pouvoir de Fabien Cerutti

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Si on pouvait nous apprendre l’Histoire comme ça à l’école, tout le monde aurait 20/20. Fabien Cerutti allie précision historique, humour et jeux d’intrigue pour faire évoluer son histoire d’une fantasy historique vers une uchronie. La plume nerveuse fait de ce court roman de 352 pages un bon page-turner, sans pour autant dénigrer le travail de fond et de forme.
Couronné par le prix des Lycéens des Imaginales 2015, j’espère que Le Bâtard de Kosigan va réussir à trouver sa place parmi les romans de Stefan Platteau, de Pierre Pevel et de Jean-Philippe Jaworski, car même si l’écriture est moins dense, elle joue dans la même cour.

Édit : le livre vient d’être distingué également aux Futuriales, par le prix Révélations 2015.

 

Titre : L’ombre du pouvoir (Le Bâtard de Kosigan)
Auteur : Fabien Cerutti
Nombre de pages : 352
Édition : Mnémos, collection Icares
Tomaison : 1/?

Même pas mort de J.-P. Jaworski

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Même pas mort, c’est un peu l’Inception de la fantasy française avec des Celtes à gros bras dans la future Gaule. En sous-couche, Jaworski nous prépare un décor et un fond mythologique dignes des grandes épopées antiques. Et pour cause, l’histoire de Bellovèse sort tout droit de l’histoire romaine racontée par Tite-Live, un auteur connu des latinistes et des historiens.
Comme toujours, malgré un contexte historique strict, l’auteur nous transporte dans un univers bien à lui avec une plume incisive et littéraire : toujours dans la recherche du bon mot pour mieux rendre vraisemblable son roman.

Que les fans de Benvenuto ne s’inquiètent pas : Bellovèse et lui ont un parcours et un caractère différents. Là où il est question d’honneur dans Même pas mort, Gagner la guerre nous offrait un personnage plus vicieux, plus roublard. Reste un trait d’union : la violence de la guerre et des peuples.

Titre : Même pas mort, Rois du monde
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Tomaison : 1/4
Édition : ebook, Les Moutons électriques

Je lis en VO, et vous ? #2 : les classiques

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shelley_frankenstein

Recommander des classiques est toujours un sujet épineux. On doit prendre en compte que tous les lecteurs ne sont pas égaux face à la compréhension d’une époque passée et on doit faire face à l’appréhension des plus réticents qui ont peur de tomber dans une lecture forcée juste pour briller en société. Cette idée n’est valable que si vous ne faites que débiter des brochettes d’avis durant vos brunchs. L’intérêt du classique est de vous apporter une corde supplémentaire à votre arc pour décoder votre propre époque. Pourquoi telle chose fonctionne ainsi, alors que ce serait tellement plus simple comme cela ? Comment en est-on arrivé à ceci ou cela ?

Comme l’histoire naturelle et la biologie, histoire et la littérature sont constituée de strates référentielles qui ont amené petit à petit des évolutions dans un sens ou dans un autre. Lire un classique n’est pas évident pou tout le monde, pire, vu souvent comme une perte de temps. Pourtant, la lecture elle-même est perçue de plus en plus comme un grignotage du temps des loisirs. C’est pourtant un moment réservé à l’abandon du monde extérieur, à introspection, au retour vers soi et aux questionnements… qu’on lise un roman bourgeois ou un roman de gare.

Alors si lire permet de faire une pause dans notre vie, pourquoi ne pas essayer de voir ce que d’autres ont dit avant nous ? Cette question est encore plus épineuse quand on la couple à la question de la lecture en langue originale. Cela demande du temps et beaucoup d’attention au début. Il suffit d’y aller tout doucement.