Makoto Shinkai n’est pas Hayao Miyazaki

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Your Name de Makoto Shinkai

ou l’exploit de l’adaptation d’une poésie élégiaque

La découverte de Makoto Shinkai au cinéma en 2016 a été une claque monumentale. Le film est entré dans ma vie à un moment où beaucoup de choses avaient changé pour moi. C’est un dimanche soir, sous une pluie battante d’été, dans un cinéma dont je n’avais pas vu les salles depuis la fin de la fac que j’ai été voir Your Name. Je ne m’attendais absolument pas à ce que j’y ai vécu. Autant le dire tout de suite : je déteste les comédies romantiques, film ou téléfilm, françaises ou internationales. Par contre, j’ai toujours été sensible à la patte artistique des japonais et notamment dans ce qu’on appelle la culture populaire.

Juste avant la séance, on nous diffuse de la jpop, la salle est quasi comble mais ce sont surtout des couples proche de la trentaine qui viennent. Je checke vite fait sur mon téléphone, et je vois beaucoup d’accroches type « le nouveau Miyazaki ». D’ailleurs, c’est le même slogan qu’on nous sert durant les bandes annonces. Puis vient le film et dès les premières minutes, on oublie cette comparaison.

Makoto Shinkai n’est pas Hayao Miyazaki. C’est désolant de voir que pour faire venir les japonophiles -notamment le public qui (a) regarde/é des animés, ils se sentent obligés de faire ce genre de promotion. D’autant que c’est un film qui peut plaire à d’autres types de spectateurs. Le film va bien plus loin que ces clivages. Il raconte une vie normale traversée par des événements paranormaux entourés de mystères, d’émotions et de poésie légère et piquant direct au cœur.

Pour le nouvel an, je me suis refait une projection privée de Your Name grâce à la sortie DVD. Maintenant que j’ai plus de distance émotionnelle avec le film, je me sens prête à vous en parler.

Faut-il lire Guerre et Paix avant de le voir ?

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Guerre et Paix, adapté en série par la BBC

ou l’adaptation parfaite pour les non lecteurs de Tolstoï ?

Pour fêter le passage de 2017 à 2018, France 2 nous a proposé de regarder la série Guerre et Paix, adaptée par la BBC. La chaîne anglaise est connue pour proposer des courtes séries littéraires de qualité, surtout issues de la culture anglo-saxonne (voir le top 25 des meilleures séries de la BBC sur Sens Critique), mais pas que. Depuis Sherlock, The Musketeers, Little Dorrit et Jane Eyre, je me suis rangée aux côtés de ceux qui voient les créations de la BBC comme un gage de qualité et de liberté d’interprétation mesurée. Je ne m’attendais donc pas à revoir une adaptation aussi léchée que la série téléfilm diffusée sur la même chaîne en 2007.

La BBC a apporté un regard neuf sur ce volumineux roman. Le ton est frais et l’ensemble est bien rythmé. On ne s’ennuie pas car les passages contemplatifs sont bien préparés et travaillés. L’ambiance y est même plus éthérée que dans Little Dorrit grâce à l’omniprésence des soies et la surabondance des richesses de la haute bourgeoisie russe. Le choix des lumières et des couleurs donne l’impression de voir quelque chose de naturel. L’immersion dans l’histoire est très rapide. Le jeu des acteurs est bien dosé, même s’il peut y avoir quelques flottements à de rares moments. La musique sait se faire discrète mais appuie bien les passages épiques.

Cette mini-série a été sympathique à regarder. Mais elle soulève un point que j’avais déjà remarqué à plusieurs reprises. Les personnages ne vieillissent pas, ou quasiment pas. Et c’est d’autant plus frappant quand on sait que l’actrice de Natacha est censée jouer une jeune fille d’environ 12 à 14 ans au tout début et qu’elle ne change absolument durant toute la série. Même quand elle est censée être changée. De même, le choix des passages philosophiques et leur adaptation est parfois brouillon.

L’adaptation de la BBC n’est pas la seule à subir cela. La Guerre et La Paix de Tolstoï se déroule sur 15 ans, il est normal dans ce cas d’arranger ou de tronquer si on veut garder les mêmes acteurs tout du long.

J’en viens à me demander si pour regarder un feuilleton ou un film Guerre et Paix, il ne faut pas lire le roman avant.