Même pas mort de J.-P. Jaworski

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Même pas mort, c’est un peu l’Inception de la fantasy française avec des Celtes à gros bras dans la future Gaule. En sous-couche, Jaworski nous prépare un décor et un fond mythologique dignes des grandes épopées antiques. Et pour cause, l’histoire de Bellovèse sort tout droit de l’histoire romaine racontée par Tite-Live, un auteur connu des latinistes et des historiens.
Comme toujours, malgré un contexte historique strict, l’auteur nous transporte dans un univers bien à lui avec une plume incisive et littéraire : toujours dans la recherche du bon mot pour mieux rendre vraisemblable son roman.

Que les fans de Benvenuto ne s’inquiètent pas : Bellovèse et lui ont un parcours et un caractère différents. Là où il est question d’honneur dans Même pas mort, Gagner la guerre nous offrait un personnage plus vicieux, plus roublard. Reste un trait d’union : la violence de la guerre et des peuples.

Titre : Même pas mort, Rois du monde
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Tomaison : 1/4
Édition : ebook, Les Moutons électriques

Je lis en VO, et vous ? #2 : les classiques

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shelley_frankenstein

Recommander des classiques est toujours un sujet épineux. On doit prendre en compte que tous les lecteurs ne sont pas égaux face à la compréhension d’une époque passée et on doit faire face à l’appréhension des plus réticents qui ont peur de tomber dans une lecture forcée juste pour briller en société. Cette idée n’est valable que si vous ne faites que débiter des brochettes d’avis durant vos brunchs. L’intérêt du classique est de vous apporter une corde supplémentaire à votre arc pour décoder votre propre époque. Pourquoi telle chose fonctionne ainsi, alors que ce serait tellement plus simple comme cela ? Comment en est-on arrivé à ceci ou cela ?

Comme l’histoire naturelle et la biologie, histoire et la littérature sont constituée de strates référentielles qui ont amené petit à petit des évolutions dans un sens ou dans un autre. Lire un classique n’est pas évident pou tout le monde, pire, vu souvent comme une perte de temps. Pourtant, la lecture elle-même est perçue de plus en plus comme un grignotage du temps des loisirs. C’est pourtant un moment réservé à l’abandon du monde extérieur, à introspection, au retour vers soi et aux questionnements… qu’on lise un roman bourgeois ou un roman de gare.

Alors si lire permet de faire une pause dans notre vie, pourquoi ne pas essayer de voir ce que d’autres ont dit avant nous ? Cette question est encore plus épineuse quand on la couple à la question de la lecture en langue originale. Cela demande du temps et beaucoup d’attention au début. Il suffit d’y aller tout doucement.

LC : Kushiel, L’Avatar de Jacqueline Carey

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Arrivé au troisième tome, difficile de continuer à parler d’une histoire sans risquer de trop en dévoiler. Retenez donc que ce dernier volet prend un tournant presque radical par rapport au reste. Nous sommes 10 ans plus tard et nous retrouvons Phèdre et Joscelin coconnés dans leur vie de couple sans enfant. L’angoisse et les cauchemars traquent à nouveau Phèdre, ce qui la pousse à reprendre la route pour aider son meilleur ami, Hyacinthe.

Fatigués de leur vie d’avant, les personnages se battent contre leur propre nature et entament un voyage initiatique encore plus ardu et dangereux que les précédents. Nous quittons les intrigues de cour pour rentrer dans le mysticisme et les menaces magiques. L’originalité ? Vaincre les ténèbres n’a jamais été une fin en soi pour Phèdre. Mieux ? Ce n’est pas non plus le but final de ce roman.

Apprenez à aimer avec Phèdre.

Titre : Kushiel, L’Avatar
Auteur : Jacqueline Carey
Tomaison : 3/3
Nombre de pages : 950
Édition : Milady

Je lis en VO, et vous ? #1 : le pourquoi et des outils

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Comme j’ai vu que certains étaient intéressés par le fait que je me sois mise à la lecture en anglais, j’ai pensé à vous vendre le principe avec une petite série d’articles pour les jours à venir. Il y a beaucoup de vidéos qui tournent sur comment bien commencer la VO ou les conseils lectures. Mais pour le blog, vous aurez dans un premier temps les raisons principales de passer à la VO et ses outils ou des astuces pour vous y mettre. Ensuite, je vous ferai deux articles plus thématiques sur ce que nous lisons ici en vous donnant des clés pour bien commencer sa lecture en langue anglaise des classiques puis de la SFFF. Le dernier pourra intéresser ceux qui ne peuvent pas attendre les sorties françaises. Enfin, pour clore le tout, le quatrième article portera sur la mise en pratique de ces conseils avec deux exemples de comparaison VF/VO et surtout les pièges à éviter quand on veut lire en langue originale.
A présent, passons au sujet !

Attention, lire en langue originale est un choix personnel qui demande de l’implication. Vous n’êtes pas obligés de ne lire toute l’année que dans votre langue étrangère pour améliorer votre niveau, mais un minimum de 4 à 6 livres par an est un bon rythme de croisière pour ne pas trop perdre ce que vous avez acquis.

Lire en langue originale suppose aussi que vous avez le niveau de culture nécessaire pour comprendre l’univers dans lequel vous allez baigner, ce qui explique que souvent on vous conseille de passer par des romans jeunesses pour déterminer votre niveau de langue et de compréhension générale.
Cela signifie aussi qu’il ne faut pas avoir peur d’avoir des loupés et de ne pas se focaliser dessus. Si les enfants apprennent plus vite, c’est en partie parce qu’ils prennent ça pour un jeu.

LC : Kushiel, L’Élue de Jacqueline Carey

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Comme toujours, je suis très sensible aux dernières scènes des romans de Kushiel, donc forcément j’en suis sortie avec l’esprit léger. Autre point très positif pour L’Élue, le dépaysement est total et on apprécie pouvoir s’évader de la réalité pour vivre les tourments de la vie de Phèdre avec elle. Pourtant, comme pour le premier tome, il y a parfois des petits ratés. Globalement, c’est toujours un bon roman d’aventures avec son héroïne très particulière, puisqu’elle parvient à être à la fois une anguisette et une héroïne à part entière du Grand Cycle ysandrin. On découvre de nouvelles contrées au gré de l’enquête et la survie de Phèdre. Même si j’ai trouvé des points négatifs durant cette lecture, il faut comprendre que j’ai quand même bien mieux aimé le tome 2.  Je n’ai pas retrouvé ce problème de liants entre les différentes atmosphères, on découvre la famille royale sous un autre et notre rapport à beaucoup de personnages devient plus nuancé.

Cependant, je ne pourrai pas m’empêcher de souligner des choses que d’autres, comme les critiques d’Elbakin, ont déjà relevé. C’est juste une mise en garde, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus. Dans l’ensemble, le tome 2 est quand même de meilleure facture que le premier et correspond davantage à la quatrième de couverture quand on lit « espionne », « complots » et « les dieux n’en ont pas fini avec elle ».

Titre : Kushiel, L’Élue
Auteur : Jacqueline Carey
Tomaison : 2/3
Nombre de pages : 824
Édition : Milady

Le Vaisseau ardent de J.-C. Marguerite

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« Feu et Glace », « Opposé et vide » sont exactement les expressions qui résument votre état d’esprit après avoir refermé ce roman. Sa lecture a été marquante et intense qu’un mois après, j’ai toujours autant de mal à me replonger dans un autre roman. Le Vaisseau ardent prélude une histoire dense par son nombre de pages, mais rien ne vous prépare à ses nombreux récits enchâssés qui vous emportent loin et à la lutte d’adultes qui se cherchent, entre enfance qui laisse encore l’envie de croire et l’âge adulte essayant d’imposer sa volonté brutale et sans imagination.

Le roman se découpe en deux parties bien distinctes : l’une qui a pour narrateurs Anton et l’Ivrogne racontant l’histoire du Pirate sans Nom au trésor si spécial et l’autre qui fait entendre les voix de Nathalie et d’un autre personnage, que vous apprendrez à connaître tout au long du roman, menant ses recherches pour retrouver Anton. Je vous conseille de tout lire d’une traite pour vraiment vous imprégner du propos de Jean-Claude Marguerite. Lecteurs apeurés s’abstenir, il vous faudra déployer votre courage pour arriver au bout des 1562 pages, mais quelle épopée ! Roman d’aventures, vous oscillerez entre les différentes formes d’imaginaire, sans pour autant en distinguer une plus qu’une autre.
Livre conseillé à tous les fans de pirates, de trésors, d’Oliver Twist, de romans picaresques et d’épopée.

Titre : Le Vaisseau ardent
Auteur : Jean-Claude Marguerite
Nombre de pages : 1562
Nombre de parties : 2

LC : Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas

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Ce roman fait partie de ceux que j’ai commencés, puis abandonnés. Quelques mois ont passé et quand il m’a fallu reprendre depuis le début pour le challenge Lire un classique tous ensemble !, j’ai y ai vu les mêmes qualités et les mêmes défauts. J’ai failli m’arrêter au même endroit, c’est dire ! Non pas que Le Comte de Monte-Cristo soit un mauvais roman, bien au contraire : l’intrigue y est vraiment complexe, la vengeance d’Edmond Dantès est très minutieuse et le personnage est très surprenant. Disons que plus j’avançais, moi j’arrivais à m’identifier à un caractère qui reste assez longtemps pour s’y attacher. Il y a beaucoup de lenteurs qui ramollissent le récit, à tel point que je trouve Vingt ans après moins ennuyeux par moment. En fait, Dumas pour moi c’est Les Trois Mousquetaires et sa saga, c’est tout. Je n’arrive pas à autant m’investir dans ses autres romans. Néanmoins, chacun son Dumas et Le Comte de Monte-Cristo peut être une meilleure porte pour d’autres.

Car, malgré tout, il reste une œuvre un peu à part de ce qu’il a pu écrire. La Reine Margot gardait beaucoup trop son emprunte du théâtre, la saga des Mousquetaires est une œuvre sur plusieurs époques et générations et le ton n’est pas homogène. Dans Le Comte de Monte-Cristo, on a une œuvre pleine et entière qui fait beaucoup réfléchir le lecteur sur la condition humaine, l’esclavage, la peine de mort et le crime. Ceux qui aiment Victor Hugo peuvent commencer par ce roman de Dumas par exemple. Ceux qui aiment les intrigues sous-tension aussi, mais n’ont pas peur de perdre patience aussi. C’est un roman assez ouvert sur différents types de lecteurs, tout en étant très différente de son corpus.

Titre : Le Comte de Monte-Cristo
Auteur : Alexandre Dumas
Édition : Livre de poche, en 2 tomes
Nombre de pages : 1573

Le Retour du Roi de J.R.R Tolkien

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Enfin la fin du combat contre Sauron, le temps des récits de grande bataille et des grandes résolutions. Le troisième film ne m’a tellement pas marquée que j’ai vraiment redécouvert toute l’intrigue de ce dernier volet. Ca a été un plaisir immense de me remettre à chaque fois dans cette lecture et une grande déchirure que de le quitter. Pour Le Retour du Roi, j’ai décidé de me délester de mon édition française pour ne lire que dans la langue de Tolkien. Même si ça aura été un véritable défi. Les différences de traductions ou de nuances dans Les Deux tours m’avaient trop agacée.

La dernière partie du Seigneur des Anneaux n’est pas ma préférée. Du moins, pour la grande majorité car j’ai trouvé les récits de bataille beaucoup trop détaillés et ils prennent au moins la moitié du roman. Il y a beaucoup de scènes mémorables et puissantes, mais ce n’est pas forcément celles qu’on voit dans la version courte du film. Néanmoins, le roman conclue la saga de manière très épique, spirituelle et ouvre beaucoup de nouveaux chemins.

Titre : Le Retour du Roi
Auteur : J.R.R. Tolkien
Tomaison : 3/3
Édition : Houghton Mifflin Harcourt

LC : Kushiel, La Marque de Jacqueline Carey

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La Marque est un roman qui m’a d’abord causé une grande déception. Je n’avais pas du tout aimé la façon dont les événements étaient narrés et encore moins la façon redondante de Phèdre no Delaunay de se sortir des situations. On changeait sans cesse d’ambiance et de contexte référent, me donnant l’impression d’être flouée dans mon choix de lecture. Ça commençait super bien pourtant avec une ambiance qui ramenait nos sens aux mille et une nuits. Le fond religieux est bien développé et tourné en dérision, surtout avec notre élue de Kushiel, on s’attend à quelque chose d’unique, d’original. La suite a été la première fois une suite de déconvenues, car j’ai eu l’impression de quitter trois fois le roman pour lire autre chose.

J’ai dû le relire une deuxième fois pour finalement apprécier le roman. Le passage de la maison de Cereus aux jeux de Cour avec Delaunay est toujours un point sensible où j’ai l’impression d’avoir été flouée sur la came. Celui qui nous fait passer des complots politiques au récit d’aventures est mieux passé, même si on retombe sur un récit beaucoup plus classique, parfois même un peu surjoué.

Dans l’ensemble, ce livre est intéressant à lire, même si on a du mal avec les scènes érotiques aux goûts très éclectiques. L’auteur finit par dépasser le simple besoin de faire du sexe pour faire du sexe, les personnages se développent dans différents lieux avec différentes cultures et on s’ouvre une intrigue plus épique, non sans un certain comique de situation. Quand une anguissette sauve un royaume de la trahison, alors qu’elle n’était qu’une fille de joie honorant le Compagnon Namaah d’Elua, on s’attend à des intrigues de cour, à des morts, mais pas forcément à des kidnappings, des fuites dans des montagnes enneigées, des meurtres à l’épée ou encore à rencontrer un dieu de la mer qui empêche deux nations de se retrouver.

Titre : Kushiel, La Marque
Auteur : Jacqueline Carey
Tomaison : 1/3
Nombre de pages indiqué : 840
Édition numérique : Milady fantasy.

Lire du Balzac, c’est pas du Zola ! – n°1

Anarésume

 

Deux monstres du roman feuilleton, deux visions du XIXème siècle, mais surtout deux cauchemars des lycéens. Avec le recul, certains finiront par admettre préférer Zola à Balzac. Oui, les descriptions de Balzac sont à mourir d’impatience… Surtout si on a fait monter la mayonnaise en lisant la quatrième de couverture ou en se renseignant sur l’intrigue auparavant. Dans ces numéros « Lire du Balzac, c’est pas du Zola ! », j’ai envie de vous présenter autrement ces deux auteurs, et cela de manière très subjective. En plus, y aura des photos.

Nous allons débuter ici par mes conseils pour aborder Balzac, basés sur mon ressenti de lectrice dans ma (re)découverte de Balzac. Bon nombre d’être nous ont maudit cet auteur aux descriptions interminables et aux immondes pavés qui tuent dans l’œuf le peu de courage que nous avions eu à nous approcher du bouquin. (Bon, je grossis un peu le trait. Le Colonel Chabert et Eugénie Grandet sont quand même très courts.)

Contrairement à du Zola qui est très facile à lire (sisi, vous verrez un jour), Balzac ne s’apprécie pas forcément par les portes qu’on nous offre au lycée. On se passera en partie des habituels titres ici et des conventions de tomaisons. Récemment, j’ai eu envie de me mettre à la trilogie de Vautrin : Le Père Goriot, Illusions Perdues et Splendeurs et Misères des courtisanes.
Ça c’est la version officielle. L’officieuse, c’est surtout que je me fiche du personnage de Vautrin. Tout ce que je veux c’est Esther. Et puis Lucien et Corentin, mais on verra ça plus tard.