Et vous ? Que feriez-vous si des Titans venaient pour vous dévorer ?

L’Attaque des Titans adapté par le studio Wit Studio Production I.G.

ou quand on découvre une pépite après tout le monde

Autant dire tout de suite que je ne m’attendais pas du tout à trouver la série aussi prenante. Je l’ai découverte par hasard et par la force des choses, comme on dit.

Un dimanche pluvieux de décembre, plutôt que de sortir, j’ai profité de mon abonnement vidéo pour faire le tour du catalogue. Après Ghost in the Shell, j’ai eu envie d’aller faire un tour du côté des animés et je suis tombée sur L’Attaque des Titans. On m’en avait parlé en 2013, mais j’avais eu des retours mitigés. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts (ou plutôt du sang avec Game of Thrones), et j’ai décidé de passer outre les avis négatifs.

Le début est déstabilisant parce que beaucoup de personnages principaux meurent d’un coup, notamment des personnages qui semblaient fait pour durer. D’autres restent en vie alors qu’on se serait dit qu’ils auraient été les premiers à mourir. Y compris parmi les protagonistes. Ce que j’ai bien aimé, c’est le fait d’avoir une intrigue construite. Pas de surenchère du cliffhänger pour rien. Les principes moraux sont mis à rude épreuve et dans ce monde à mi-chemin entre l’anticipation et la dark fantasy, on suit les personnages tout en se posant des questions sur ses propres choix si on avait été dans la même situation. La situation est très bien vue du point de vue humain faible à des colosses mangeurs d’humains.

Shingeki no KyojinUn trait fin, aussi affuté qu’une lame

Ce qui m’a frappé d’entrée de jeu, c’est le style graphique. Les personnages ont tendance à avoir des traits fins, presque à la façon des shôjo. Et pourtant, on ressent toute la rudesse de situations et les personnages ne nous apparaissent pas efféminés. Le trait est tranchant, les émotions sont très expressives. Rien de léger. C’est comme si cette patte graphique voulait rendre compte de la nature humaine : d’apparence faible, les humains sont capables de se surpasser grâce à leurs émotions.

C’est d’ailleurs tout le cœur du sujet : c’est parce qu’Eren Jäger se laisse porter par sa volonté de vengeance qu’il réussit à ne pas avoir peur pour affronter les titans. C’est aussi le nœud de l’intrigue pour toutes les péripéties qui vont suivre derrière. Pour Mikasa, c’est son visage angélique qui cache ses capacités de combat hors du commun. Quant à Armin, c’est son esprit qui est aiguisé. Et c’est comme ça pour tout le groupe de héros. Des héros malgré eux, qui découvrent qu’ils ne sont que de la chair à canon et qu’ils ne peuvent plus faire marche arrière. Que les titans ont peut-être déjà gagné. Du moins, au début.

A contre-pied des récits initiatiques d’aventure

L’Attaque des Titans est une véritable bouffée d’air frais dans le domaine des shônens, ou tout simplement des récits initiatiques qui mêlent aventures et découverte du monde. C’est tout l’inverse qui se fait, étant donné que les humains sont coincés entre 3 murs successifs et que les Titans viennent les détruire au fur et à mesure. Les humains sont prisonniers du monde extérieur et n’ont plus aucun espoir d’en sortir un jour depuis l’attaque des Titans. Les rêves de sortie d’Eren sont brisés dès le début de la série.

Toute la saison 1 se déroulera entre les murs Sina (n°1, le plus petit) et Maria (n°3, le plus grand), et surtout entre les murs Rose (n°2, l’intermédiaire) et Maria. La narration de l’histoire est brusque : les titres d’épisodes ressemblent à des rapports de combat. On est dans un univers clos sur lui-même, et pourtant rempli de rebondissements. La notion même d’aventures y est tournée en dérision. Des héros, vous en avez. Des héros naïfs et insouciants qui vont courir l’aventure, oh là, peut-on vraiment dire ça ? Tous les personnages ont été innocents et naïfs. Mais depuis l’attaque, pas besoin d’aller chercher l’aventure. La population a drastiquement diminué, à tel point qu’il faut engager dans l’armée des jeunes d’à peine 14 ou 15 ans. Ces jeunes serviront de chair à canon dès les premières charges contre les Titans pour reprendre le mur Rose.

Les protagonistes perdent rapidement une bonne partie de leurs compagnons, leur morale est mise à mal parce qu’ils doivent perdre leur humanité pour pouvoir tuer et contrer tous ces titans. Les beaux discours qu’ils ont pu entendre en temps de paix sont oubliés, e pourtant Eren continue de vouloir maintenir des espoirs grâce aux recherches de son père, entre autre.

D’ailleurs, le traitement de la science dans cet animé est plus ou moins lointain. Pour le moment, on dirait de la science fantasy. Néanmoins, on assiste à des scènes avec des cobayes qui ne sont pas sans rappeler certaines heures sombres de notre histoire. C’est sans mentionner les noms de famille à tendance germanique des personnages, ou même les rapts d’humains qui ont un type non européen dans la série.
Ca ne va pas aussi loin, car la plupart des personnages ont encore un semblant d’humanité au fond d’eux, mais la situation est présentée de telle façon que le spectateur est obligée de réfléchir à la situation. Sans le remarquer.

L’animé travaille aussi sur des peurs enfantines. Le titan n’est pas sans rappeler l’ogre qui dévore les enfants. Ici, l’ogre est devenu un géant à forme humanoïde. Un mix entre les cyclopes et l’ogre. Un mix entre créature divine et créature mythologique. Un mix entre différents imaginaires qui permet à l’histoire d’être très universelle et de nous toucher très facilement, peu importe notre origine.

 

À la fin, c’est une excellente surprise qui mêle différents niveaux de lecture. Cette série peut très bien se regarder qu’on soit adolescent ou adulte. Son sujet transcende les âges et son traitement en fait une histoire touchante malgré les scènes de combat violentes. Une histoire originale sur bien des rapports. Et vous ? L’avez-vous vu ? Qu’en avez-vous pensé ?