#VisiteUnMusée avec l’Expo « L’art du Pastel » au Petit Palais de Paris #expoPastels

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Le pastel, on le connaît surtout pour les Crayolas de notre enfance. Des Pastels gras, pas faciles à manipuler pour qui ne sait pas les utiliser. En grandissant on se rend compte que c’est un medium très pratique pour les croquis rapides. Utilisés comme tels par les peintres et autres dessinateurs pendant des siècles, l’exposition « L’art du Pastel de Degas à Redon » du Petit Palais nous donne l’occasion de découvrir le pastel autrement.

Si vous cherchez à être surpris, c’est vraiment l’expo à aller en ce moment sur Paris. Le Petit Palais nous fait découvrir une collection de 200 pastel, avec des thèmes beaucoup plus variés que de simples portraits ou esquisses. On y retrouve tous les principaux courants artistiques du XIXe siècle.

La plupart sont de véritables trompe-l’œil : de loin, on dirait des peintures à l’huile. C’est impressionnant. Il faut s’approcher des toiles pour voir que ce qu’on voyait comme une pluie d’or n’était en fait qu’un jeu de couleurs hachurées…

Sur le sable de la dune de Pierre Carrier-Belluse

Sur le sable de la dune de Pierre Carrier-Belluse

Sur champ d'or de Charles Léandre

Sur champ d’or de Charles Léandre

Une exposition très fournie mais très prisée

Avec ses 200 pastels, le Petit Palais retrace 4 courants artistiques du XIXe siècle : le pastel naturaliste, le pastel impressionniste, le pastel mondain et le pastel symboliste. Sans grande surprise, ce sont les périodes naturaliste, mondaine et symboliste qui m’ont le plus plu. Pourtant, étant donné l’affluence il est difficile d’apprécier le travail des artistes.

Le parcours de l’exposition est plutôt bien pensé. La pièce paraît très grande alors qu’en fait on tourne et on retourne sur nos pas pour observer les toiles. Je vous conseille de faire la visite avec l’application L’art du Pastel éditée par le musée. C’est un vrai plaisir d’arpenter les allées avec quelqu’un qui vous fait la visite. Elle est excellente et vous permet d’observer les œuvres sans vous bousculer pour lire les légendes. Les explications fournies sont à la portée de tous, le discours est orienté vraiment pour le grand public intéressé sans être un passionné. L’application est gratuite en plus !

Détail de Sur champ d'or de Charles Léandre

Détail de Sur champ d’or de Charles Léandre

Par contre, la visite sans l’application peut être un véritable frein. Les visites au Petit Palais attirent toujours énormément de monde. Chacun a plus ou moins la notion de savoir-vivre, mais c’est surtout l’agglutinement des gens qui peut rebuter. Il faudra vous armer de patience, car elle en vaut le détour.

Mon coup de cœur aura été la star de l’affiche : Sur champ d’or de Charles Léandre. C’est très impressionnant de voir de près le tracé des lignes qui forme le fond jaune de la toile. De loin, on a véritablement l’impression de voir une pluie d’or. La luminosité adoptée est parfaite pour la mettre en valeur.

 

Pastel gras, pastel sec

Le Soir ; Paris sous la Neige d'Iwill

Le Soir ; Paris sous la Neige d’Iwill

Portraits, paysages, il y en a pour tous les goûts. Mais c’est surtout la démesure et le culot des artistes qui ressort de cette expo. On est loin des natures mortes du salon de mamie, loin des simples esquisses de croquis qu’on voit sur les emballages de pastels en magasin d’art. Ici, tout est sur-dimensionné : la taille des mediums de support (feuilles cartonnées ou toiles), le détail et le soin apporté aux tableaux, le style des artistes qui s’en dégage. Les pastels présentés ont une histoire à vous raconter. Elle est d’autant plus impressionnante que le rendu est très proche d’une peinture à l’huile, voire dans certains cas de la photographie. Le pastel est considéré comme moins noble que la peinture, du coup les artistes jouent avec les sujets représentés. Les simples portraits deviennent un reflet psychologique ou une envolée lyrique. Les tons saturés du pastel irradient de vie de simples portraits. Pour les paysages enneigés, d’autres mediums s’invitent selon les artistes. Iwill avec son Paris sous la neige a également utilisé des mines graphites pour donner plus de relief à sa scène.

La Naissance de Vénus d'Odilon Redon

La Naissance de Vénus d’Odilon Redon

Pour le néophyte, cette exposition est aussi l’occasion de découvrir qu’il existe différents types de pastels. Approchez-vous des toiles et observez bien les différentes couches de couleur : celles qui sont poudreuses correspondent à du pastel sec. Le pastel gras est très pratique pour dessiner les grandes lignes, accentuer une couleur ou un trait. Le pastel sec est très volatile et aérien. Il vient casser l’aspect gluant et brut du pastel gras. Pour la petite histoire, les deux ne s’appliquent pas de la même façon. Souvenez-vous, vous pouviez étaler votre pastel gras avec des doigts. C’était une sensation radicalement différente des crayons de couleur. Le pastel sec, c’est comme appliquer de la poudre ou maquiller son tableau. Vous êtes beaucoup plus libre pour créer des dégradés ou pour nuancer des zones de couleurs très sombres.

La majorité des 200 pastels présentés dans cette expo utilise les 2 méthodes. Ajouté à cela une bonne part de laque pour fixer le pastel et vous pouvez laisser l’artiste avoir la folie des grandeurs.

Le pastel, contrairement à la peinture, est moins coûteux et plus rapide d’exécution. Même si les commanditaires des oeuvres sont davantage d’extraction bourgeoise, on a des pastels avec une maîtrise égale à la peinture à l’huile.

Le catalogue : un plus pour le passionné

Tendre aveu. Mlle Litini et Mlle Bariaux de l'Opéra de Pierre Carrier-Belluse

Tendre aveu. Mlle Litini et Mlle Bariaux de l’Opéra de Pierre Carrier-Belluse

J’ai tellement aimé l’exposition que j’ai acheté le catalogue. C’est textuellement le même contenu que l’application de l’exposition, donc si vous la téléchargez vous ne louperez rien des explications. La mise en page bien en valeur les 200 pastels. Si jamais vous n’avez pas pu avoir une vue d’ensemble d’une toile, vous pourrez le revoir de plein pied.

Personnellement, ce catalogue m’aura permis de découvrir que je suis très friande du travail de Pierre Carrier-Belluse. Il a une capacité extraordinaire à reproduire très fidèlement la réalité tout en y apportant sa touche personnelle. Ses toiles sont comme des photographies. La texture des peaux est très détaillée et est beaucoup mieux rendue qu’avec de la peinture.

L’autre artiste que j’ai découvert grâce à cette exposition est Charles Léandre. Il a un style similaire à Pierre Carrier-Belluse, mais un univers propre.

J’ai été moins fan de Degas, qui est pourtant l’un des deux artistes cités dans le titre de l’exposition. Son trait est beaucoup plus vif, puissant et dévastateur. Les tons sont saturés, et l’illusion du mouvement et de la vie prime sur le sujet représenté. Il a une esthétique incomparable, mais qui a moins touché mes émotions.

 

Portrait de Madame Sylvio Lazzari de Charles Léandre

Portrait de Madame Sylvio Lazzari de Charles Léandre

En conclusion, que vous soyez un passionné de pastels ou un néophyte, cette exposition est d’une très grande qualité. Préférez plutôt des sorties en semaine durant les heures creuses. L’expo « L’art du Pastel » est visible au Petit Palais jusqu’au 4 avril. Profitez des vacances scolaires pour y amener vos enfants, allez-y avec votre groupe d’amis. Vous ne serez pas déçu du voyage. La collection couvre 4 grands mouvements artistiques assez importants et connus pour nous permettre de comparer avec ce qui existe en peinture.

Cette exposition redonne une place au pastel qui lui manque dans notre culture artistique.

Je ne l’ai pas dit, mais la qualité de conservation des toiles est également impressionnante quand on sait à quelle époque elles ont été faites. Le pastel disparaît très vite à la lumière du jour. S’il est fait sur une feuille, le support peut pourrir avec l’eau. La majeure partie des oeuvres sont rayonnantes de couleur et peu ont subi la détérioration du temps.

 

Plus d’infos pratiques sur l’exposition sur le site du Petit Palais.