Blame! adapté par Netflix

Blame! adapté par Hiroyuki Seshita (sur Netflix)

ou la petite surprise de début 2018 qui se regarde bien

C’est la première fois que je m’attaque au catalogue de créations Netflix, et pas si déçue que ça ! Contrairement à beaucoup, j’ai découvert Blame! sur le tard. J’ai moyennement accroché au tome 1, mais j’ai tout de suite eu l’impression que ça pouvait devenir un truc qui irait très loin.

Je n’ai jamais continué le manga, et malgré tout j’ai décidé de regarder le film. C’est connu, une adaptation en animé ou film n’est pas souvent l’intrigue originale du manga. C’est même souvent l’occasion d’arpenter un scénario avorté ou secondaire. Comme un univers parallèle. Durant mon visionnage, j’ai bien senti qu’il ne s’agissait pas d’une adaptation propre : plus d’un « film basé sur » que d’un « film canon ». Le manga a l’air d’avoir un univers beaucoup trop riche pour tenir dans un format de moins de 2h.

Ca a été néanmoins une belle découverte, qui mérite le détour. Ne serait-ce que pour le travail visuel très original et déstabilisant.

Une esthétique propre au film

Quand on lit Blame!, ce n’est pas pour les dialogues. Killy n’est pas causant, tout comme dans le film -encore que son statut n’est pas aussi facilement identifiable que dans le film. Lire Blame!, c’est rentrer dans un univers. Mettez en fond la B.O. de Blade Runner 2049 et vous aurez une idée de comment j’ai perçu l’ambiance du manga. Froid, distant, fouillé, métallique. On voit de très grands espaces vides, peuplés par de rares espèces vivantes, humains ou robots. De plus, le trait de Tsutomu Nihei est très marqué. Son trait donne un côté à la fois aérien et sale à son univers ou ses personnages.

Killy est un peu à l’image de ce décor. Il se présente comme un humain mais il a des caractéristiques de robot. A la recherche d’humains avec un marqueur génétique pour qu’ils puissent à nouveau contrôler la Ville qui a pris le dessus, on ne sait quasiment rien de lui. Si ce n’est qu’il veut protéger les humains.

Le film produit par Netflix a créé sa propre esthétique. Certes, on voit de très grands espaces vides mais ce n’est pas ça qui nous marque. Dès le début, on a l’impression de voir un film saccadé, comme si le rendu 3D des images avait été mal fait. Puis dès que l’action arrive, l’image devient très fluide. Ce côté ambigu, on le retrouve aussi dans le dessin : mi-3D, mi-2D, on pourrait croire à s’y méprendre que la 3D est un rendu 2D dans dans certaines scènes. Passé les premières minutes, cette ambiance m’a happée. Le film n’essaie pas de reproduire l’ambiance du manga, il a créé la sienne. C’est osé, Seshita et le studio ont osé s’approprier le matériau d’origine pour en donner leur vision sans dénaturer l’œuvre d’origine. On a des jeux de lumière qui sont forcés grâce à la couleur. Les espaces paraissent toujours aussi grands, vides et aériens, alors qu’on ne voit jamais de lumière à part le feu des torches.

Le cœur n’est pas dans la structure

Mais, je dirai qu’il faut s’en tenir là. C’est une belle surprise visuelle, une première approche du manga sympathique, mais ensuite on ne faut pas se focaliser sur le fond. Les ficelles du scénario sont grossières, même si bien amenées. Certaines choix nous paraissent trop rapides parce qu’il manque du temps pour développer les personnages. Mais le plus gros facteur qui m’a gêné, c’est écoulement du temps. Dans le manga Blame!, on ne sait jamais si on est le jour ou la nuit, mais surtout on ne sait pas combien de temps prend chaque action. C’est ce qui donne un côté quasi éternel à la quête de Killy. Dans le film, on ne différencie pas non plus le jour et la nuit sauf quand les gens dorment… mais toutes les actions sont quantifiables dans le temps. Et comme tout s’enchaîne, l’action paraît plus ramassée.

Néanmoins, si on arrive à faire abstraction (et c’est parfois difficile parce qu’on voit les choses venir de loin), on passe un bon moment.

 

Et vous ? L’avez-vous vu ? Qu’en avez-vous pensé ?