Assainir mes lectures

Assainir la lecture

Écorner et noter pour dépolluer son rapport à la lecture

Depuis que je me suis mise à relire, j’ai donc laissé de côté la lecture numérique au profit du papier. Mais ça n’est pas tout : je reprends de vieilles habitudes de moi étant môme : je corne les pages de mes livres poches. Et j’écris au crayon dans les marges en plus de mettre un post-it (si besoin).

Quand j’étais petite, j’étais libre de corner les pages. Comme si les livres pour enfants ou les encyclopédies étaient naturellement faits pour vivre une vie à part. Et puis les parents nous ont offert des BD à ma sœur et moi. Là par contre, ça coûtait cher, donc pas le droit de le dégrader, ne serait que d’effleurer sans faire exprès la tranche du livre avec son stylo bic. En grandissant, ma mère me disait toujours d’utiliser un marque-page parce que les livres, ça coûte cher. Cette logique a persévéré avec les romans qu’on nous achetait à l’école à partir du collège. Là, la raison pécuniaire a laissé place à la notion de respect de l’auteur et du texte qu’il avait écrit. Cette habitude de marquer ma page m’est restée jusqu’à aujourd’hui. Uniquement pour les grands formats.

C’est seulement à la fac que j’ai découvert qu’on « avait le droit » de massacrer ses livres. Noter, raturer, corner, écorner, mettre des post-its. Quand on fait de la recherche, on est économe des supports, donc pour étudier à fond les romans au programme les autres y allaient à coups de stabilo, de stylo bic et compagnie. Les exemplaires des profs étaient tellement noircis de notes qu’on avait du mal à retrouver le texte original dessous.

Mais il était déjà trop tard, j’étais habituée à sacraliser le livre. D’ailleurs, mon premier grand format je l’ai eu à 16 ans et c’était la réédition de Guerre et Paix aux éditions du Seuil. Le 2e, c’était un roman de L3. Donc je ne faisais pas de distinction comme aujourd’hui : un livre de poche était conservé aussi religieusement que possible.

Néanmoins, il faut un peu dédiaboliser l’idée : les livres, j’en ai toujours pris soin parce que je les considérais -comme beaucoup de lecteurs- comme une extension de moi. Donc ne pas les abîmer c’était aussi prendre soin de moi parce que je ne vivais que pour la Connaissance.

 

Toute cette pollution de codes, j’ai fini par tout balancer derrière moi.

La lecture est devenu à la sortie de la fac un acte purement solitaire. Fini les échanges avec les autres étudiants, retour à la vie réelle avec des collègues qui ne te comprennent pas parce que tu lis. Cet absence d’échanges IRL m’a fait me rendre compte que depuis beaucoup d’années je collais à une éthique qui ne me correspondait pas. Je suivais le mouvement.
Aujourd’hui je n’ai plus un rapport aussi fusionnel même si je ne supporte pas qu’on me rende un livre abîmé ou acheter un roman avec la reliure cassée. Mais si j’ai des passages soulignés, surlignés ou annotés, ça ne me dérange plus. Je suis même à la recherche de ce vécu. Non pas pour espionner les gens, mais pour m’imprégner de l’expérience de lecture des autres et essayer de comprendre pourquoi tel ou tel passage est intéressant. Un travail d’enquêteur et d’archéologue du texte.

Et surtout je corne à nouveau mes livres -de poche et certains grands formats. Le marque-page est devenu un objet encombrant, superflu voire gênant. Ça me fait sortir de me lecture parce que j’ai quelque chose de physique entre moi et la page.

La notion de respect pour le texte et l’auteur est toujours là, mais à présent je ne suis plus une élève passive mais une démarche autodidacte. On lit souvent sur le web que corner ses pages, c’est le Mal. Pourtant, je ressens ce besoin de briser le mur et de m’approprier le bouquin. Particulièrement sur les vieilles éditions ou sur les livres en langue étrangère qu je lis pas souvent.

Pour lire, j’ai besoin d’un minimum de choses : le livre, mon cerveau et mes doigts. Si je suis chez moi, je garde un crayon à proximité, sinon une corne moins importante pour me rappeler de souligner un passage dans la page. Ca fait du bien de revenir aux choses essentielles.

 

Ce n’est pas une mode du minimalisme. Non, au contraire c’est une envie de retrouver des sensations en allant chercher directement à la source quelque chose qui puisse raviver la passion. Changer de comportement pour coller à sa nouvelle façon de penser, c’est un premier pas vers la reconquête. Du moins il me semble !

 

Et vous ?

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