La Picassiette #1 : Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

Là où les tigres sont chez eux est un roman qui cartonne en librairie, même dans les milieux dits défavorisés. Pourquoi ? Jean-Marie Blas de Roblès va au-delà de la condition de ses personnages issus des milieux universitaires ou pauvres. Il a écrit un roman initiatique universel divertissant, passionné, passionnant, philosophique, agréable à lire et à la portée de tous.

Vous avez prévu un dîner avec des convives au profil très éclectique ? L’un adore les romans d’Umberto Eco, l’autre est gaga d’Indiana Jones depuis son enfance, mais tous sont capables d’aimer des histoires qui déraillent de leur schéma d’origine ? La Picassiette vous propose de préparer votre soirée post-dinatoire dès l’entrée avec un roman détonnant : Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès.
Préparons ensemble le menu de ce soir pour mettre tout le monde dans de bonnes dispositions !

L’entrée : un plateau de verrines

Si vous n’y mettez pas du vôtre, vos convives vont croire à un roman initiaque au début très conventionnel. Il va falloir creuser un peu chaque facette des personnages pour les accrocher et pour leur faire découvrir un monde qu’ils ne pensaient pas possible.

On met en place la scène : on est au Brésil, mais chaque personnage vit sa vie indépendamment des autres. Éléazard et Loredana vivent dans une ambiance très universitaire, mais tentatrice. Éléazard en veut beaucoup à Kircher, mais lui-même finira par se demander pourquoi. C’est Loredana qui mène le jeu et bouleverse la vie de ce journaliste correspondant, en instance de divorce. Elle cache un secret qui est à des kilomètres de ce qu’on pourrait croire au début. A votre droite, Elaine la future divorcée, vit au coeur d’une sphère masculine qui la perçoit comme une femme appétissante. L’aventure est au rendez-vous avec cette escapade paléontologique dangereuse dans la forêt d’Amazonie. Moéma, la fille d’Éléazard et d’Elaine, est pleine de vie, fière mais elle se cherche et est plongée dans les affres de la drogue. Son entourage le plus proche n’est pas mieux loti qu’elle. Elle garde ses moments de lucidité, mais mène sa propre quête initiatique autour de ses compagnons de route. En fait, elle a la tête sur les épaules, sauf que c’est une tête brûlée en manque de repères. De son côté, Nelson est né avec une déformation des jambes. Après la mort pseudo-accidentelle de son père, on l’a jeté dehors et il a commencé à faire la manche de façon très rocambolesque. Heureusement, Oncle Zé veille sur lui. Lié de très loin à ces personnages, le grand méchant de l’histoire se dessine : le général Moreira. Du mois, il ressemble à un méchant d’Indiana Jones.
Ce qui les relie ? Le manuscrit de la biographie de Kircher, rédigé par Caspar Schott, sur lequel Éléazard travaille depuis quelque temps. Athanase Kircher ? Tilt, votre ami fan de l’auteur du Nom de la rose devrait lever les yeux automatiquement, Eco en parle beaucoup dans ses écrits. D’autant plus que l’auteur Jean-Marie Blas de Roblès fait hommage à ce roman par épisode.

Vos invités vous regardent mollement, attendez un peu. Non ce roman n’est pas convenu, connaissez-vous beaucoup de romans qui vous propose de lire un roman d’aventures, un roman social, des séquences politiques juste après un long épisode où la drogue stimule l’intelligence de Kircher ? La magie de Jean-Marie Blas de Roblès est de ne jamais porter de jugement sur ses personnages, c’est eux qui le font.

Le plat de résistance : un chili con carne maison

L’intro a bien pris ? C’est le moment d’enchaîner avec un bon plat relevé. Pourquoi pas un chili con carne maison ? Les haricots rouges feront écho aux rebondissements fracassants de ce roman éclaté et pourtant bien lié. Les épices vous donneront les différentes saveurs du Brésil, de ses traditions, de ses différentes cultures et de ses rites secrets. Et si vous n’avez pas exactement les bons ingrédients, pas de souci ! Jean-Marie Blas de Roblès vous fera croire qu’il écrit un roman brésilien en usant de stratagèmes habilement ficelés.

Lire Là où les tigres sont chez eux, c’est comme regarder un film d’aventures. Ça décoiffe, on ne s’ennuie pas. Le rythme et la façon de raconter l’histoire est très moderne et ne demande pas de grands efforts de concentration pour qui veut le lire comme un divertissement. Jean-Marie Blas de Roblès est malin ! Plus on avance dans la lecture et plus on sent que toutes ces intrigues différentes n’ont que pour volonté d’en former qu’une. La vie même de Kircher a eu ou aura une incidence sur celle des autres au rythme du travail de notification d’Eléazard.

Le dessert : le doux amer d’une glace à la framboise

Quand Kircher découvre la cocaïne, Loredana va découvrir un rite local pendant que Moéma virevoltera entre bad trip et euphorie. De toute évidence, ce qui donne la couleur à ce roman est la place évidente de la drogue et de son usage. Comme une douce symphonie, c’est entre autre elle qui va vous donner l’impression de vivre votre aventure au Brésil. Elle guide et détruit chaque personnage ou son entourage petit à petit.

Des questions très importantes comme la religion, le sentimentalisme, l’érotisme, la question du couple, de l’enfance ou bien du devenir de soi vont prendre une place importante au point de culminer vers une question plus universelle qui est celle des origines.

Cette écriture qui nous paraissait éclatée bien que très rythmée semble mimer les effets de la drogue. Du moins, c’est l’interprétation que vous pouvez donner quand vous arriverez avec vos desserts. D’ailleurs, évoquer une fin brutale qui apporte encore son lot de rebondissements.

C’est la fin : Un café ?

L’ensemble du roman est presque constitué comme un retour aux sources. Aux questions essentielles. Vous êtes arrivés à accrocher vos convives jusqu’au bout. Remettez le couvert et parlez de la portée philosophique du roman. Ils sont pris au piège, plus personne ne pourra vous dire que ce n’est pas un roman fait pour lui. Passez à la vitesse supérieure : dites que la vie des uns et des autres a une influence. Kircher les réunira tous, mais eux-mêmes vont jouer le destin des uns et des autres.

Vous pourriez conclure ainsi : la fin de l’histoire d’Eleazard est peut-être la moins triste… pour les autres, tout dépend du point de vue. La fin du roman répond aux questions des personnages, tout en les confrontant à une nouvelle situation qui vient les prendre à la gorge.

Labellisé Pk7

Là où les tigres sont chez eux est un véritable coup de coeur. Longtemps resté dans ma liseuse, j’avais oublié son existence jusqu’à ce que je retombe sur le roman en librairie. La couverture m’a tout de suite parlé. Après une centaine de pages, j’ai su que j’avais déjà adopté le livre. Roman de longue haleine, j’ai su apprécier le roman pour ses qualités universitaires mais avant tout pour ses jeux littéraires en sachant rester simple. Jean-Marie Blas de Roblès a très bien intégré les codes contemporains des films et des romans d’aventures et nous a pondu un roman monde génial. La fin brutale laisse sous-entendre une nouvelle vie en devenir. Elle est en cohésion avec le destin de chaque personnage qui aura vécu quelque chose à 100 km de ce qu’ils auront déjà vécu.

C’est un véritable coup de cœur, il a mérité son label Pk7.

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