Manesh de Stefan Platteau

On pourrait détourner une expression bien connue d’un de nos fameux présidents pour définir ce roman. Manesh va devenir sans aucun doute un incontournable dans le paysage de la fantasy. Quand même, c’est beau mais c’est loin.

On le vend comme pouvant plaire aux adeptes de Robin Hobb et de Robert Holdstock, c’est vrai en un sens mais ça serait tout de même dénaturé la prose de Stefan Platteau que d’en rester là. Son univers ne fait pas que flirter avec la mythologie, il y dessine une nouvelle approche à travers des accents nordiques et hindous. Si les premières pérégrinations du personnage de Manesh m’ont beaucoup fait penser aux légendes japonaises racontées par Miyazaki, on entre petit à petit dans une vision très personnelle de notre rapport aux mythes et à la fantasy.

Préparez-vous à naviguer sur un fleuve faussement tranquille et à vous faire piéger avec les deux narrateurs. La cruauté cache bien son visage. Le jury des Imaginales de 2015 y a déjà tracé sa route.

Titre : Manesh, Le Sentier des Astres
Auteur : Stefan Platteau
Nombre de pages indiqué : ~450
Tomaison : 1/3

Incipit de Manesh de Stefan Platteau

Mon avis

Manesh se compose de deux grands arcs narratifs qui finiront par se rejoindre. Le fil conducteur est la quête du capitaine Rana, narrée du point de vue de Fintan le barde, à travers l’immense forêt du Vyanthryr pour trouver un oracle qui détient les clés de leurs interrogations. Celles-ci sont tenues secrètes jusqu’au dernier quart du roman et restent assez secondaires. L’essentiel du roman tient dans la part mythologique et folklorique que l’on découvre aussi bien dans cet arc narratif, que dans l’autre qui concerne Manesh, un demi-solaire qui a été récupérer par le batelier de la grande gabarre. Attendez-vous à être bercé par un récit sur son passé fantastique et mythique. Le récit donne la part belle au contenu folklorique sans pour autant le mettre à distance, comme dans les contes pour enfant. On est sûr que cette histoire est vraie. Il donne le ton et va trancher avec les aventures très angoissantes de l’équipée de Fintan.

Malgré ce ciselage esthétique, Stefan Platteau a écrit un roman où tous ses personnages sont des héros à part entière et à leur niveau. Chacun a son importance et aura un rôle à jouer à un moment bien précis. On est loin d’une fantasy épique ou d’une épopée alors que Manesh en porte incontestablement les marques. J’ai adoré par exemple le passage de l’île des Lunaires : la mise en scène fait référence, entre autre, aussi bien aux aventures des épopées antiques qu’aux concours de poésie grecque. Dans l’amphithéâtre ou sur les berges, chacun va devenir le centre d’intérêt des uns et des autres grâce aux sortilèges qui vivent dans cette forêt.
Tout cela met davantage en valeur les moments de tension et d’angoisse qui sont disséminés au fur et à mesure de notre lecture. Manesh, c’est mieux vous attraper par les mots pour vous sacrifier sur l’autel de la cruelle réalité. Le Porcher et ses Sangliers ne sont qu’une petite rigolade face  ce qui va attendre nos personnages : laissez les géants solaires marrants derrière vous, entrez plutôt dans un monde fantastique où la faune et la flore sont aussi bien des signes divins que des prédateurs. L’auteur questionne ici, bien sûr, aussi bien nos peurs que la nature humaine. C’est d’autant plus vrai quand on a lu le dernier chapitre et l’épilogue.

Ce parti pris de la narration est à double tranchant. D’un point de vue général et empirique, j’ai eu la sensation que le lecteur ne sait pas trop à quelle partie s’attacher. Si vers le deuxième quart, j’ai fini par m’attacher à Manesh, je voulais plus de Fintan et compagnie quand l’intrigue dévoile l’objet commun de la quête des deux personnages. Comme si leur intrigue n’avait pas assez avancé et qu’on se doutait trop facilement de ce qui était arrivé à Manesh pour qu’il en soit arrivé à son état. L’élan nostalgique pour l’élément mythologique s’est brutalement brisé.
Du point de vue de l’écriture, le manque de différenciation dans la narration des deux personnages empèse un peu le rythme déjà lent de l’histoire. Une simple distinction au niveau du vocabulaire aurait amené plus de fraicheur. Cela aurait aussi évité que le rythme se brise à la révélation de la quête de Manesh adulte.

 

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L’originalité de ce roman, c’est de nous faire découvrir l’univers par un personnage à demi-mythologique et non pas par les humains qui mènent une quête moins spirituelle et plus terre à terre que Manesh, au début de sa vie. Certains codes nous sont donnés pour comprendre dans quel monde tout ce beau monde évolue, mais je ne vous cache pas qu’il faudra vous forcer à vous laisser porter par le récit si les évocations nordique et surtout hindoues ne vous inspirent pas. La cosmogonie se met en place petit à petit. Ce qu’on croit être du récit superflu sera réutilisé plus tard pour comprendre les tenants et les aboutissants des peuples qui se confrontent.
Il n’empêche que cette alchimie fonctionne très bien et offre au lecteur occidental de fantasy un roman qui travaille sur un autre type de philosophie et de création du monde. Cette ouverture d’esprit est incarnée aussi bien par Manesh et Fintan dans l’histoire.

Un mot sur l’édition papier

Encore une fois, Les Moutons électriques ont fait un travail remarquable avec leur imprimeur. Malgré ses plus de 500 pages de papier épais et sa couverture cartonnée, le livre n’est pas si lourd à soutenir. Comparativement, un exemplaire des Lames du Cardinal en intégrale de chez Bragelonne le dépasse largement en poids, alors que nous sommes sur du broché. On en a pour notre argent, aussi bien sur le contenu et le contenant. J’ai eu moins de mal à lâcher plus de 20€ dans cette brique pour terminer ma lecture, que pour Même pas mort (que j’ai d’ailleurs revendu, préférant m’en tenir à l’édition poche vu le nombre de pages par tome).

Néanmoins, lisant essentiellement les romans de chez les Moutons en ebook, je m’attendais à ce que la mise en forme des titres de chapitres soit bien visible aussi dans le livre papier. Pas en aussi gros et gras que dans la version numérique, mais qu’on puisse délimiter facilement le découpage. Et bien, je dois dire que je suis un peu déçue de leurs choix : le titre se perd beaucoup trop facilement dans le texte car il n’a aucun signe distinctif à partir des sauts de lignes autour.

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En bref

Évitez de dormir trop près des arbres qui sentent bon.

Vous l’aurez compris, ce roman est un coup de cœur, oui, mais à lire à petite dose pour éviter d’être submergé. Assez pour m’avoir donné envie de l’acheter au format papier, alors que l’édition poche devrait sortie l’année prochaine. J’ai passé d’excellents moments, mais la fin de l’aventure a été rude.
Si effectivement les ambiances de Stefan Platteau sont plus ou moins proches de ce qu’on peut lire chez Robert Holdstock, je pense ne pas laisser traîner plus longtemps dans ma bibliothèque La Forêt des Mythagos.

Note :

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Aller plus loin ?

Un roman encensé par beaucoup de blogueurs :

Et pour compenser, deux avis qui n’oublient pas de parler de points négatifs. Cela n’a pas empêché les deux chroniqueuses d’aimer le roman à sa juste valeur :

4 commentaires sur “Manesh de Stefan Platteau

  1. Ce roman fait partie de ceux que je tiens à lire absolument. Il semble exigeant mais si c’est pour mieux happer le lecteur, et c’est tant mieux.
    Bref, j’ai hâte de m’y mettre. 😉

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  2. C’est tout de même bon signe s’il te plait au point de l’acheter au format papier 🙂 Un coup de cœur à découvrir par « petits bouts ».

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    1. Oui « bon signe » comme tu dis 😀 Par contre, pas pratique de l’emporter dans les transports, donc je changeais régulièrement de support pour pouvoir continuer à lire comme je le souhaitais !

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