L’Ombre du pouvoir de Fabien Cerutti

Si on pouvait nous apprendre l’Histoire comme ça à l’école, tout le monde aurait 20/20. Fabien Cerutti allie précision historique, humour et jeux d’intrigue pour faire évoluer son histoire d’une fantasy historique vers une uchronie. La plume nerveuse fait de ce court roman de 352 pages un bon page-turner, sans pour autant dénigrer le travail de fond et de forme.
Couronné par le prix des Lycéens des Imaginales 2015, j’espère que Le Bâtard de Kosigan va réussir à trouver sa place parmi les romans de Stefan Platteau, de Pierre Pevel et de Jean-Philippe Jaworski, car même si l’écriture est moins dense, elle joue dans la même cour.

Édit : le livre vient d’être distingué également aux Futuriales, par le prix Révélations 2015.

 

Titre : L’ombre du pouvoir (Le Bâtard de Kosigan)
Auteur : Fabien Cerutti
Nombre de pages : 352
Édition : Mnémos, collection Icares
Tomaison : 1/?

L'aventure du Bâtard de Kosigan commence

Mon avis

Premier coup de cœur du roman, l’ambiance. Redécouvrir les foires de Champagne a été un vrai plaisir. Peu de mots suffisent à Fabien Cerutti à poser son décor, sans pour autant avoir un style trop dénudé. Bien dosé, vous entrerez facilement en matière, peu importe votre niveau d’exigence. Le vocabulaire est bien choisi et immersif et l’auteur évite avec succès les longues descriptions des romans historiques, sans pour autant en perdre le charme. On a l’impression d’être à la fois dans un roman de l’époque du Moyen-âge et un roman de fantasy moderne. Fabien Cerutti arrive à bien brouiller les pistes en nous proposant une carte du Royaume de France (et de ses voisins) réaliste du XIVe siècle, tout en instillant au fur et à mesure dans le roman des Elfes, des Changesangues, etc. Si leur arrivée peut gêner un peu le lecteur non habitué à la fantasy historique, l’aventure prend le pas pour raviver son intérêt.

Le récit tourne essentiellement autour de complots et d’espionnage, sur un ton dégagé, décalé ou anxieux selon la situation, mais surtout mettant peu en avant la part féérique (ou démoniaque ?) de Pierre Cordwain de Kosigan. Donc on reste un peu sur ses gardes avec lui : il a l’air plus sympathique que don Benvenuto (Gagner la guerre), mais ça reste une véritable anguille qu’on préfère éviter de côtoyer. Là où le second est direct et humain, le premier nous apparaît surtout puissant et fourbe.
Le choix d’avoir écrit sur une période de temps très ramassée et autour d’un sujet qui parle à tous, le tournoi, permet de s’ancrer rapidement dans le récit même si on ne dispose pas de toutes les connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux de chaque royaume à cette période. C’est aussi ce que j’ai apprécié dans L’Ombre du pouvoir : l’auteur a écrit un récit dynamique et court, qui évite l’écueil de donner trop d’informations dès le début. On aura quelques indices disséminés sur les différentes magies existantes, mais encore une fois elles prennent leurs racines dans des notions très connues de notre histoire comme l’alchimie, la mythologie celte ou bien la foi chrétienne, alliant toujours humour et sérieux.

 

Extrait de L'Ombre du pouvoir (Le Bâtard de Kosigan t.1)

 

La série du Bâtard de Kosigan va être écrite de manière à ce que le lecteur puisse lire chaque tome indépendamment. On retrouve ici l’emprunte du jeu de rôle, univers duquel est sorti le personnage de l’auteur. Pourtant, n’ayez crainte : si le héros gagne un peu trop facilement au goût de certains, on sent que la suite des aventures va se corser et rendre Pierre Cordwain encore plus humain.
Autre élément important, cet aspect est vite gommé par la double narration introduite dans le roman : d’un côté, on suit notre mercenaire hors norme au XIVe siècle et de l’autre, au XIXe siècle, Kergaël de Kosigan découvre petit à petit les mystères sur son passé et son aïeul. Nous l’apprenons au détour de lettres, extrêmement courtes, qui viennent rythmer le récit. Je ne trouve pas que ce soit un point noir, mais au contraire un moyen de rehausser le récit. Il devient moins linéaire et moins classique dans sa forme et son fond.

Malgré tous ces bons points, il y a deux points noirs qui me chagrinent un peu mais qui sont faciles à corriger dans le prochain tome. Dans l’ensemble, nous sommes ballotés d’un complot à un autre car nous ne connaissons pas le plan initial. On ressent donc une petite faiblesse à un endroit du scénario : on se pose des questions sur l’intervention de deux personnages, alors qu’ils n’ont aucun rapport, et ce n’est que bien plus tard que le voile est légèrement levé. Un des éléments clés pour l’intrigue de Kergaël est quant à lui facile à découvrir dès la moitié du récit. L’autre bête noire, ce sont les personnages féminins pas assez nuancés les uns des autres. Toutes les femmes réagissent de la même manière face à Pierre Cordwain et ont les mêmes objectifs. (J’ai néanmoins réussi à apprécier Catherine de Champagne.) Étant donné que le tome suivant se dote de cent pages de plus, l’auteur aura certainement plus le temps de varier les personnalités et de développer d’autres, comme de Dùn qui reste trop énigmatique pour le moment pour que l’on puisse réellement s’attacher à elle.

En bref

Un roman très plaisant à lire et j’en redemande. Les défauts que j’ai pu voir, je les balaie car c’est tout de même un premier roman de haute voltige. Je signe tout de suite pour le deuxième tome. Je reste néanmoins vigilante quant aux agissements du bâtard de Kosigan, pour ne pas tomber dans le piège de la séduction.
D’ici là, je me replonge dans l’Histoire de France (notamment, celle des Capétiens qui se tient juste avant l’intrigue) pour moins comprendre les enjeux de l’époque et pour mieux distinguer ce que Fabien Cerutti en a modifié !

Note :

Dos à dos, les 2 tomes du Bâtard de Kosigan

Aller plus loin ?

Quelques avis qui m’ont donné envie :

D’autres personnes qui restent plus sobres :

Les petits plus :

6 commentaires sur “L’Ombre du pouvoir de Fabien Cerutti

  1. Chouette, chouette, chouette !
    D’abord merci pour le partage 😉 et pis je suis contente qu’il t’ait plu (malgré les quelques écueils que tu as relevés !) et je vois que tu as déjà le nez dans la suite, hâte de voir ce que tu vas en dire. De mon côté, je viens de l’acheter je pense qu’il ne fera pas long feu non plus !

    HS : Comment ça ? Benvenuto n’est pas sympathique ?

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    1. Le début du 2 commence sur des chapeaux de roue, on plonge à pieds joints dans l’aventure et la fantasy ! Grosse tension !

      Sur le H.S. : J’ai en travers de la gorge la scène d’après le bar, quand il veut « corriger » la seule jeune femme qui a droit d’être féministe et chieuse à la fois :p
      Mais sinon, y a un côté que j’aime bien chez ce gars hein !

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      1. Yeah ! Rhôoo tu me donnes envie de le sortir tout de suite –‘

        H.S : Ah oui, effectivement un des seuls bémols… En même temps s’il ne l’avait pas fait, une partie de la suite ne serait pas des plus plausible, si ?

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        1. En plus, la double narration change de rythme, bref que du bon pour le moment 😛

          H.S. : oui c’est vrai… Mais mon rapport à Benvenuto est bizarre : je l’aime bien pour sa franchise, son franc parler et son côté direct… et puis une fois qu’on connaît toute sa personnalité, on se méfie de lui mais on sait qu’il joue franc jeu. (Et puis tu le prends un peu en pitié dès le début du roman avec son passage à tabac.)
          Pierre Cordwain… Il te caresse plus dans le sens du poil. Directement, il a l’air sympa mais tu n’arrives pas à saisir toutes ses pensées si tu n’es pas dans sa tête… c’est parfait pour son métier 😛

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