Même pas mort de J.-P. Jaworski

Même pas mort, c’est un peu l’Inception de la fantasy française avec des Celtes à gros bras dans la future Gaule. En sous-couche, Jaworski nous prépare un décor et un fond mythologique dignes des grandes épopées antiques. Et pour cause, l’histoire de Bellovèse sort tout droit de l’histoire romaine racontée par Tite-Live, un auteur connu des latinistes et des historiens.
Comme toujours, malgré un contexte historique strict, l’auteur nous transporte dans un univers bien à lui avec une plume incisive et littéraire : toujours dans la recherche du bon mot pour mieux rendre vraisemblable son roman.

Que les fans de Benvenuto ne s’inquiètent pas : Bellovèse et lui ont un parcours et un caractère différents. Là où il est question d’honneur dans Même pas mort, Gagner la guerre nous offrait un personnage plus vicieux, plus roublard. Reste un trait d’union : la violence de la guerre et des peuples.

Titre : Même pas mort, Rois du monde
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Tomaison : 1/4
Édition : ebook, Les Moutons électriques

Collection SFFF sur Kindle

Mon avis

Ce qui frappe d’emblée dans ce roman, c’est sa structure narrative très complexe qui peut perdre facilement le lecteur. Quitte à choisir entre les deux si c’est votre premier Jaworski, choisissez Gagner la guerre. Ou mieux, ses nouvelles. Dans Même pas mort, en plus de ressentir différents influences des textes antiques, vous allez être mené au cœur de la culture celte via un parcours initiatique que Bellovèse traverse à travers le temps.
C’est le point fort de roman, mais en même temps ce qui peut immédiatement rebuter. Plus d’une fois, j’ai attendu plusieurs lignes pour être sûre de savoir dans quelle époque je me trouvais. Car oui, quand Bellovèse délire ou raconte sa vie, c’est sans transition. Vous vivez son récit comme lui. (Même si je soupçonne que le vieux Bellovèse en rajoute un peu pour faire très héroïque).

Le protagoniste est un très vieux roi de l’âge de fer, ça vous l’apprenez en début de roman pour planter le décor. Il vous annonce qu’il est devant vous (et le scribe) pour raconter sa vie. Déjà là, on sent l’influence romaine des rois de la première époque ou même des empereurs de l’Antiquité tardive : écrire par devoir de mémoire, oui, mais écrire aussi pour entrer dans la postérité et montrer que l’on a changé le monde. Vient ensuite le déroulé de ses premières années, allant à la rencontre de pulsion vengeresse, rites sacrés, la guerre et surtout du passé biturige de sa famille.

Nous sommes loin de la fantasy épique commune. Certes, le fond historique et les lieux de la future Gaule vous transporte dans une époque peu abordée de manière non fantasmée. Néanmoins, c’est surtout la prose de Jaworski qui a la capacité d’écrire de la fantasy comme un récit historique antique. Contemporain mais champ lexical collant à l’ambiance, brut mais recherché. L’auteur n’écrit pas des scènes violentes pour le plaisir, il vous raconte une histoire pour en dégager tout le réalisme magique qui fera écho aux bêtises, aux pièges et aux actes fous de ses personnages.

Couverture de Même pas Mort

On ressort de Même pas mort avec un goût de fer et de sang en bouche, avec une vision plus sombre et politique des druides. Déboussolé aussi par le voyage initiatique qui nous a plongés en plein cœur de la mythologie celtique, dont la mise en scène rappelle aussi bien des pièces de théâtre de Shakespeare que des récits antiques.

Je trouve difficilement des défauts. Peut-être cette structure narrative pas évidente ? Je ne la considère pas en tant ue telle, mais comme un gain supplémentaire d’exigence et d’originalité. Après, certains lecteurs peu habitués à ces jeux littéraires peuvent être rebutés. En effet, au lieu de chapitres, vous avez des parties qui ne délimitent pas des moments précis de l’intrigue, mais plutôt des arcs. Dans ces derniers, Bellovèse va naviguer indifféremment du passé-présent au passé-passé, voire dans le passé-passé-passé et tout cela variera en fonction de l’endroit où il se trouve, des personnages qui l’accompagnent et surtout de son état d’esprit.
J’ai mis beaucoup de temps à venir à bout des quelques 300 pages, parce que ce roman demande beaucoup de concentration et que je lis essentiellement dans les transports. Cette année, j’avais décidé de le relire encore une fois pour me préparer à la sortie de La Chasse Royale. Une fois l’effet de surprise passé, on s’en sort un peu mieux.

Citation en exergue - Même pas mort

En bref

Comme d’habitude, une œuvre magistrale que Jaworski nous offre dans son Même pas mort. Une œuvre qui peut ne pas plaire ou convenir à tout le monde parce qu’elle demande beaucoup de concentration et une immersion quasi-totale dans le récit pour en savourer les ambiances et les changements temporels.
Bellovèse n’est pas un deuxième Benvenuto, et ça fait plaisir. Le travail de recherche effectué est colossal et génialement instillé, car on n’a pas l’impression de se prendre une montagne d’informations dès le début du roman.
Le latiniste enfoui en vous ressurgira à travers les choix narratifs, les influences du récit et surtout sa portée épique. Quand l’auteur dit qu’il s’est intéressé de près à la culture étrusque, on peut dire qu’il ne ment pas !

Note :

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6 commentaires sur “Même pas mort de J.-P. Jaworski

  1. Je viens de découvrir ce blog par hasard (en cliquouillant à tout va sur le forum d’Elbakin) et à peine le premier article lu que je vais suivre vos conseils tellement ce qui y est dit me parle !
    Merci pour vos critiques bien écrites qui vont me permettre de découvrir de nouveaux auteurs 🙂

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    1. Merci beaucoup ^^ J’espère que tu trouveras ton bonheur, d’autres chroniques sont à venir pour la fantasy 😉

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  2. « Même pas mort, c’est un peu l’Inception de la fantasy française avec des Celtes à gros bras dans la future Gaule. » Mais quelle introduction ! Là, j’ai envie de le lire de suite (et pourtant, je n’ai rien lu de J.-P. Jaworski (oui, je sais…)). Du coup, je suis intriguée par la structure narrative 🙂

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    1. Ca m’a étonné de ne pas trouver d’articles sur lui en visitant ton blog x) Même pas mort est pas mal pour commencer : plus petit que Gagner la guerre et tu vois de quoi est capable l’auteur.
      J’ai pas pensé à le notifier, mais les noms des lieux sont ceux de la Gaule celte tout comme certaines termes : du genre, quand Bellovèse dit qu’il a 2 siècles, c’est 60 ans et pas 200 ans °° Mais bon, si tu y réflechis bien c’ets comme quand tu commences un nouveau cycle de fantasy. T’as du voc’ à assimiler 🙂

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  3. Etant amatrice de ce genre de culture, il faut absolument que je lise ce livre! Je le met dans ma liste de l’été 😀

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