LC : Kushiel, L’Avatar de Jacqueline Carey

Arrivé au troisième tome, difficile de continuer à parler d’une histoire sans risquer de trop en dévoiler. Retenez donc que ce dernier volet prend un tournant presque radical par rapport au reste. Nous sommes 10 ans plus tard et nous retrouvons Phèdre et Joscelin coconnés dans leur vie de couple sans enfant. L’angoisse et les cauchemars traquent à nouveau Phèdre, ce qui la pousse à reprendre la route pour aider son meilleur ami, Hyacinthe.

Fatigués de leur vie d’avant, les personnages se battent contre leur propre nature et entament un voyage initiatique encore plus ardu et dangereux que les précédents. Nous quittons les intrigues de cour pour rentrer dans le mysticisme et les menaces magiques. L’originalité ? Vaincre les ténèbres n’a jamais été une fin en soi pour Phèdre. Mieux ? Ce n’est pas non plus le but final de ce roman.

Apprenez à aimer avec Phèdre.

Titre : Kushiel, L’Avatar
Auteur : Jacqueline Carey
Tomaison : 3/3
Nombre de pages : 950
Édition : Milady

L'Avatar

Mon avis

L’Avatar est le tome de la compassion et de l’oubli de soi. Attention, nous ne sommes pas dans le niais et puritain, on parle bien de Kushiel ici. Ce dernier tome est à mettre en regard avec le reste de la trilogie pour être compris.

De manière générale, j’ai trouvé la seconde partie du roman plus facile à vivre pour les personnages. La première est tellement noire et viscérale qu’on est heureux d’être baigné dans la lumière d’une absence de dieux. D’un point de vue structurel, on retrouve encore la structure tripartite chère à Jacqueline Carey, mais cette fois-ci les liens se font naturellement et on n’y pense pas vraiment. On a enfin à faire à un roman bien construit et qui va jusqu’au bout de ses idées.
En lisant le tome 1, je ne pensais pas arriver jusque là. On a bien des signes, mais les personnages sont profondément changés. J’ai adoré le traitement de toutes les relations entre les personnages. La souffrance de Phèdre devient nôtre. On la sent même fatiguée à la fin du tome.

L'Avatar - Extrait (La Révélation)

On est dans un roman très personnel de Phèdre. Enfin, elle vit les deux extrêmes de la douleur physique et morale pour atteindre la forme la plus pure de l’Amour. On pourrait presque y voir aussi une trinité (souffrance, oubli, don de soi) qu’on peut résumer au niveau de l’intrigue par : client, amant, enfant. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler.
Même si elle est obligée de suivre la volonté de ses dieux, elle est beaucoup maîtresse de sa destinée ou du moins volontaire. Elle ne vit plus l’amour comme seule forme jouissive d’une vie trop rapide, mais un long combat où on essaie sans cesse de recoller les morceaux pour vivre en paix avec soi et avec les autres. Le choix d’avoir fait combattre l’ennemi des dieux à Phèdre avant qu’elle puisse accomplir la quête qu’elle s’était destinée n’est pas anodin. Elle est prête à mettre de côté sa vie pour ne pas se sentir vidée de l’amour des dieux, mais surtout cette structure narrative met en lumière une chose importante : accomplir des actes héroïques est peut-être la clé de la gloire, mais le dévouement et la compassion est la clé de l’amour. Cette vision est poussée à l’extrême avec notre héroïne : elle passe du statut de Putain de la Mort à celui de Chercheuse du nom de Dieu. Ces deux facettes sont intimement liés par la notion d’amour, mais à des plans radicalement différent que seule Phèdre est capable de réunir.
Elle donne une bonne leçon de vie à ceux qui la traitent d’hérétique ou de putain. Phèdre n’a pas choisie une religion qui se met des œillères. L’Amour est une notion qui traverse les barrières et qui réunit toutes les religions, qu’elles soient lumineuses ou ténébreuses, monothéistes ou polythéistes.  C’est là le vrai but de sa quête.

Les lecteurs devront accepter d’avoir quelques petits cours de théologie et d’histoires des nations durant l’escapade de nos trois aventuriers. Les religions des Hommes et la symbolique des dieux y sont fortement discutées. Dans le même temps, Jacqueline Carey nous montre que toutes les aventures tragiques ou extatiques de l’élue de Kushiel font d’elle une femme totalement à part et qui a sa place dans cette quête.
Le mot « prophète » n’est jamais utilisé pour la désigner, non, elle est juste une humaine qui vit selon les principes de Namaah et de Kushiel : Aime comme tu l’entends. En cela, elle transcende les dieux et est capable d’accomplir des actes qu’ils délèguent.

Extrait de L'Avatar

Un gros coup de cœur que ce roman, à quelques points près. Déjà, après avoir vu Lawrence d’Arabie, je trouve la solution pour traverser le désert de Jacqueline Carey trop irréaliste. D’accord, ses personnages souffrent, mais là c’est de l’inconscience ! 1 semaine qu’avec des charges d’eau pour une dizaine de personnes ? En plein soleil, en partant aux heures les plus chaudes ? Pas convaincue du tout. Ils auraient dû mourir de soif.
Le final est encore une fois trop rapidement traité. On a aussi toujours ces passages redondants (plusieurs fois le même dans le même roman, Phèdre a vraiment Alzheimer) qui alourdissent quelques passages. La narration descriptive incluse dans les dialogues, que j’avais bien aimée au début de ma lecture de la trilogie, m’a vite gonflée. En fait, parfois, elle est presque inutile tant les répliques se suffisent à elles-mêmes. Les parenthèses devenaient de plus en plus longues.
Mais ce qui m’a très franchement déçue, c’est le travail sur les personnages royaux. A part Barquiel L’Envers ou Nicola, on est face à des statues d’appât ou de marbre. Ysandre n’a jamais brillé pour moi. Le Druarch, qui avait un énorme potentiel, est évincé dès la fin du tome 1. Etc, etc.

En bref

C’est une page qui se tourne et je comprends mieux pourquoi ceux qui disent ne pas pouvoir lire L’Assassin Royal après Kushiel. Phèdre accepte la douleur car elle est damnée pour y trouver du plaisir, mais c’est aussi pour elle un tremplin pour accéder à la forme la plus pure de l’Amour. Une petite leçon, même si on n’accepte toujours pas son mode de vie. L’angle d’attaque est original et met au deuxième plan les aspects fantasy sans pour autant les diminuer.
J’ai été très triste d’abandonner Phèdre, Joscelin, Imriel, Ti-Philippe, et tous les autres. Tant de mois doivent s’écouler avant juillet pour la sortie en poche du tome 1 d’Imriel.

Note :

La Trilogie de Kushiel

Aller plus loin ?

Vous pouvez suivre l’avancée de la lecture commune, organisée par Amarüel, sur son topic Livraddict. Voici les avis de nos lecteurs :

(en attente de leurs avis)

  • Abutterflyofairytale
  • Amarüel
  • Angelebb
  • Bountyfrei
  • Cassie56
  • PetiteMarie

Pour revoir l’évolution de mon ressenti de lecture, je vous invite à relire mes avis des tome 1 et tome 2.

2 commentaires sur “LC : Kushiel, L’Avatar de Jacqueline Carey

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