Je lis en VO, et vous ? #1 : le pourquoi et des outils

Comme j’ai vu que certains étaient intéressés par le fait que je me sois mise à la lecture en anglais, j’ai pensé à vous vendre le principe avec une petite série d’articles pour les jours à venir. Il y a beaucoup de vidéos qui tournent sur comment bien commencer la VO ou les conseils lectures. Mais pour le blog, vous aurez dans un premier temps les raisons principales de passer à la VO et ses outils ou des astuces pour vous y mettre. Ensuite, je vous ferai deux articles plus thématiques sur ce que nous lisons ici en vous donnant des clés pour bien commencer sa lecture en langue anglaise des classiques puis de la SFFF. Le dernier pourra intéresser ceux qui ne peuvent pas attendre les sorties françaises. Enfin, pour clore le tout, le quatrième article portera sur la mise en pratique de ces conseils avec deux exemples de comparaison VF/VO et surtout les pièges à éviter quand on veut lire en langue originale.
A présent, passons au sujet !

Attention, lire en langue originale est un choix personnel qui demande de l’implication. Vous n’êtes pas obligés de ne lire toute l’année que dans votre langue étrangère pour améliorer votre niveau, mais un minimum de 4 à 6 livres par an est un bon rythme de croisière pour ne pas trop perdre ce que vous avez acquis.

Lire en langue originale suppose aussi que vous avez le niveau de culture nécessaire pour comprendre l’univers dans lequel vous allez baigner, ce qui explique que souvent on vous conseille de passer par des romans jeunesses pour déterminer votre niveau de langue et de compréhension générale.
Cela signifie aussi qu’il ne faut pas avoir peur d’avoir des loupés et de ne pas se focaliser dessus. Si les enfants apprennent plus vite, c’est en partie parce qu’ils prennent ça pour un jeu.

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Sommaire de la chronique :

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Maintenant que nous sommes au point, pourquoi vouloir lire en langue originale quand on a les textes français à dispositions ? Et bien je vous réponds que voici les trois raisons de passer à la lecture en langue étrangère :

  1. Lire en VO ne vole pas le travail d’un traducteur
  2. Pourquoi lire en VO ? : confiance en soi et utilité dans la vie
  3. Les outils pour lire en VO : supports et des réseaux de lecture

1. Lire en VO ne vole pas le travail d’un traducteur

D’abord, n’est pas traducteur qui le veut. Pourvoir retranscrire le plus fidèlement possible la pensée et/ou le style d’un auteur requiert une excellente connaissance de la langue et la culture d’origine du texte. C’est un acte de spécialisation que le commun des mortels n’atteint pas, à moins de vivre dans les pays de ces textes et de communiquer avec ses habitants ou de s’intéresser à son histoire.
Traduire est un vrai travail de la langue, du style et d’adaptation du texte pour que le pays cible (la France pour nous) puisse accéder facilement au sens et aux codes du texte. On parle même de re-traduction ou de nouvelle traduction sur les textes importants de la littérature. Traducteur, c’est donc un constant retour au texte, qui doit être accessible par son vocabulaire ou ses expressions sans pour autant perdre totalement la pensée de l’auteur.

Et on en vient au point qui fâche : chaque traduction est une interprétation du traducteur ou d’un groupe de personnes qui estime que le récit s’adresse à tel ou tel de lectorat et donc peut être amener à être moins vigilant sur les efforts de langue ou bien au contraire à être si rigoureux que la syntaxe est trop proche de la langue d’origine. Il y a donc risque de dénaturation du texte, peu importe le genre !
Dans le même genre, on a aussi le cas des traductions trop vieilles qui font fuir les lecteurs. Très clairement, les romans de consommation, ou dit de moindre importance, pourront apparaître comme désuets aux jeunes des générations futures, parce qu’un éditeur n’aura pas eu envie de faire re-traduire le texte. C’est comme ça que dans Le Club des Cinq, on peut rester pendant des années avec des enfants qui portent encore des robes de chambre et non des pyjamas. Qui porte encore des robes de chambre quand on a 8-10 ans de nos jours ? (note : le texte a été re-traduit récemment, enfin !)
Votre rôle en tant que lecteur VO sera de faire une traduction pratique et d’avoir un accès plus direct au sens du texte, au détriment de la forme. Dans le même temps, votre traduction instinctive est peut-être plus proche que celle que le traducteur a dû utiliser.

Exemples concrets avec des auteurs de « mauvais genres », donc dits plus accessibles au lectorat populaire :

Aldous Huxley : Le meilleur des mondes fait à peine 150 pages en VO. Pourtant les premières lignes de l’incipit présentent des phrases tellement concises, ramassées sur elles-mêmes qu’on peut l’abandonner aussitôt ouvert. Ici, ça ne sera pas forcément un problème de vocabulaire ou de contexte mais de style de l’auteur.

Dan Simmons : son style est fluide et accessible, mais alors lire des théories sur la physique cantique en anglais… Il faut à nouveau avoir un niveau de connaissances suffisant. Dans le même temps, on se rend compte ce que le niveau de langue qu’on trouve accessible en français l’est beaucoup moins en anglais.

Ursula K. Le Guin : la traduction française est plutôt fidèle, mais j’ai toujours trouvé que ça sonnait mal. Il y a toujours un ou deux mots qui me font sortir de la lecture, ou bien j’ai l’impression que le style a été trop aplani. J’ai eu ces deux impressions avec Le Sorcier de Terremer et après avec Lavinia.

Margaret Atwood : dans La Servante écarlate, la traductrice a joué le jeu de l’auteur en utilisant un vocabulaire simple et percutant. Pourtant, certaines expressions anglaises sont très imagées, mais intraduisibles telles quelles en français. On se retrouve avec des périphrases ou des expressions approchantes qui cassent le rythme. Pourtant, si vous n’êtes pas à l’aise avec les flashbacks qui arrivent sans préambule, la VF est plus adaptée.

 

J’ai fait exprès de ne mentionner d’auteurs classiques, parce qu’on rentrerait dans des considérations très académiques et très élitistes. Si jamais vous avez envie de que je vous parle plus des différentes traductions qu’il existe pour ce type de texte (ex : Don Quichotte qui en a une tripotée), n’hésitez pas à le mentionner dans les commentaires ! C’est pour ne pas vous effrayer que je ne le fais pas.

Ensuite, il y aura toujours des gens qui n’auront pas les capacités pour apprendre une langue étrangère. Il y a plein de raisons à cela et pas uniquement de l’ordre des capacités physiologiques. Un traducteur restera donc un passeur de récits pour beaucoup d egens, certains ne faisant même pas attention à leur existence. Malheureusement.

Conclusion, ce n’est pas parce que je lis en anglais que je suis de remplacer le traducteur. Par contre, je suis capable d’enrichir mon vocabulaire, découvrir d’autres façons de parler ou de raconter des faits et je suis également capable de comprendre des conversations de manière moins pénible car j’ai une habitude de la langue.

2. Pourquoi lire en VO ? : confiance en soi et utilité dans la vie

Aujourd’hui, nous avons le choix pour perfectionner une langue étrangère. J’encourage vivement tous les jeunes à profiter de ces outils parce que ça vous servira dans la vie de tous les jours bien plus vite que vous ne le croyez.

Première chose : l’école n’a pas pour but de faire de vous des bilingues. Elle n’est là que pour vous donner envie de découvrir une langue et une culture, donc pour vous ouvrir l’esprit. Même si depuis que je suis partie du lycée, il y a de nouveaux ajouts (classes européennes, l’introduction de textes au programme plus contemporains, etc), le problème est toujours le même. Si vous ne faites pas de voyage scolaire et que vous n’avez pas de correspondants, vous ne pratiquerez jamais assez pour entretenir votre anglais.
Le but du système éducatif français est de nous donner à tous un socle commun de connaissances de base. Les cours nous brident en nous faisant apprendre par cœur des phrases ou en répondant à la question du professeur de manière plus ou moins dynamique.

La seule manière de perfectionner son anglais de le pratiquer. Manque de pot, on n’a pas tous un cousin anglais mais approfondir une langue n’a rien d’insurmontable si vous en avez l’envie et le loisir. Prenez-le comme un jeu au début, ne vous forcez pas la main si ça ne marche pas. Prenez les devants : écoutez vos séries en VO (en sous-titré au début), regardez des reviews de livres en anglais, allez sur des forums anglophones de vos séries préférées, sautez le pas de lire des textes toujours pas traduits en français.N’hésitez pas à partager votre avis sur les forums français ou anglophones ensuite pour confronter votre vision à celle des autres. Vous allez gagner en confiance au fur et à mesure sans vous en rendre compte, et peut-être même sortir de votre zone de confort ?

Deuxième chose : il existe autant de genre et de registres que la langue courante le permet. Lire en langue originale va faire vous redécouvrir des genres que vous aviez oubliés ou d’autres que vous n’aviez jamais osés tenter. En plus de vous affirmer, vous allez accéder à une panoplie de tons et de façon de parler différentes : narrations, accents, dialogues, tout y passe. Ça sera un formidable aout quand vous serez confronté à un vrai anglais.
Il y a encore quelques années, on pouvait croire qu’on pourrait passer entre les mailles du filet, mais maintenant l’anglais est un bagage indispensable dans beaucoup de métiers (et incontournable dans la communication, que voussoyez gardien ou chef de projet).
Ce que des cours de conversations ne vous donnent pas c’est la richesse du vocabulaire, de la géographie, de l’histoire ou de l’imaginaire d’un pays.

Conclusion, lire en VO, c’est du bonus pour tout le monde et ce n’est pas forcément insurmontable ou une contrainte de nos jours.

3. Les outils pour lire en VO : supports et des réseaux de lecture

a. Les Supports

Tout le monde n’a pas forcément la place d’avoir un rayon exclusif à la VO chez soi, il est donc important de penser de façon pratique.
Ce qui a fait que j’ai lu 1984 en VF, c’est parce que je lisais trop lentement en VO et que je m’arrêtais sur un mot toutes les 4 lignes. Même avec le petit dico, ça n’a rien de pratique dans les transports (j’y lis plus que chez moi, et même assise c’est chiant. En plus il faut un plus gros sac donc c’est plus lourd, etc.). Pour autant, ça ne doit pas être votre seul critère.
L’option de la liseuse s’est très vite présentée dans un premier temps : dictionnaire à disposition, variété de textes, ebooks classiques gratuits à trouver en ligne, version ebook universitaire trouvables à quelques euros, etc. Pourvoir surligner et prendre des notes pour comparer avec le texte français m’a beaucoup aidé aussi.
La lecture sur papier s’est avérée vite fastidieuse en comparaison, surtout à partir du moment où j’ai voulu sortir de ma zone de confort. Il n’empêche que j’aime parfois avoir le livre dans sa langue d’origine chez moi, surtout si je sais que je vais aimer ou que je l’aime et que je veux le (re)lire.

Si vraiment vous ne voulez pas quitter le papier, voici les autres solutions que je vous propose :

  • visiter des librairies spécialisées et n’hésitez pas à y aller à deux si vous avez peur. Vous pourrez échanger sur les livres et vous motiver.
  • trouver des bibliothèques spécialisées. Du moins, essayez. Il y en a quelques unes sur Paris, ça vous coûte un abonnement annuel et vous aurez le droit de vous tromper dans le choix de votre livre. Les bibliothécaires sont généralement à votre disposition pour vous donner des conseils pour commencer la lecture en VO.
  • fouiner sur des sites comme bookdepository.
  • lire des livres en bilingue ou des collections qui appliquent une méthode d’apprentissage particulière. Par exemple, Harrap’s Yes you can de Larousse vous met les mots en marge avec leur traduction. Pas de pollution et pas de tentation de regarder la traduction.
  • écouter des livres audio de romans que vous connaissez déjà. J’ai fait le test sur Anna Karénine avec un extrait, c’était pas mal du tout !
  • choisissez votre édition : les anglophones sont plus friands des rééditions que les français. Choisissez une couverture qui vous donne envie !

Tout ça pour dire que votre support va aussi beaucoup influencer votre immersion dans le roman et tout dépend de vos goûts et de vos besoins. Ceux-ci vont évoluer très vite, aussi bien place qu’en facilité de lecture et vous choisirez peut-être un autre support par la suite. Ne restez pas bloqués sur le fait que si vous passez par du numérique, vous y resterez ou que vous n’achetez pas en VO parce que vous avez peur de ne rien comprendre.

b. Les réseaux

Que vous soyez un lecteur simple ou un blogueur, vous n’êtes pas seul. Il existe d’autres gens passionnés qui ont les mêmes ambitions que vous et d’autres qui seront assez patients pour vous initier. Inscrivez-vous à des forums, faites-y des lectures communes ou des challenges, trouvez des sites wiki pour vous aider dans votre lecture si vous lisez une série, débattez sur les topics de vos romans pour confronter vos idées, sautez le pas des réseaux sociaux de la lecture, etc. La lecture doit devenir un acte de partage. Vous ne saurez pas vous améliorer si vous ne demandez pas de conseils ou si vous restez dans votre cocon. Voici quelques liens que je vous recommande et sur lesquels j’ai été ou je suis encore :

c. De rapides conseils pour débuter

Je ne vais pas innover, mais commencez par déterminer votre niveau d’anglais. Pour cela, regardez quels sont vos goûts habituels en lecture, écoutez des dialogues en VO, téléchargez des extraits, etc. Ou alors, commencez plus simplement par la lecture de romans jeunesse. Perosnnellement, je ne l’ai vraiment fait : mon parcours a été directement tout Alice in Wonderland -> Jane Eyre -> Dracula -> The Name of the Wind -> The Woman in white. J’avais une envie d’apprendre et d’appréhender des textes toujours plus durs.

Chaque lecteur aura sa propre méthode pour commencer en VO, mais voici quelques astuces :

  • lire un roman jeunesse très accessible : dans cette catégorie, certains vous proposeront Charlie et la chocolaterie, mais moi ça sera The Chronicles of Narnia. Style, fluide, directe, phrases simples, apport culturel majeur et imprégnation de concepts religieux, niveau de difficulté croissant.
  • lire un roman dont on a vu l’adaptation en dessin animé étant plus jeune : Little women, suivi de Good Wives pour Les Quatre Filles du Docteur March. Accessible mais plus pour une reprise de l’anglais.
  • relire en anglais un roman, dont le vocabulaire peut changer : entrent dans cette catégorie par exemple His Dark Materials pour A la Croisée des mondes, Harry Potter, Alice in Wonderland en ne débutant d’abord que par Les Aventures d’Alice au pays des merveilles.

Si vous souhaitez des conseils plus variés et plus pointus sur du Young Adult ou du contemporain, parce que vous ne souhaitez pas commencer par la jeunesse, je vous renvoie à FairyNeverland et à Tartinneauxpommes qui ont fait des vidéos complètes là-dessus.

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Si vous êtes arrivés au bout de ce pavé, je vous félicite ! J’espère que le prochain article sera moins long et plus dynamique.
Sur ce, je vous souhaite bonne chance pour commencer et je vous retrouve bientôt pour un article sur comment aborder les classiques en langue anglaise sans en être dégoûté !

2 commentaires sur “Je lis en VO, et vous ? #1 : le pourquoi et des outils

    1. Oui, mais malheureusement j’ai une expérience catastrophique avec les autres langues (5 ans d’allemand et 6 ans d’italien pour un niveau ridiculement débutant :’D), donc je ne pouvais que parler de l’anglais :p
      Je vais essayer de me remettre à l’italien, mais ça risque d’être laborieux ^^;

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Les commentaires sont fermés.

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