Le Vaisseau ardent de J.-C. Marguerite

« Feu et Glace », « Opposé et vide » sont exactement les expressions qui résument votre état d’esprit après avoir refermé ce roman. Sa lecture a été marquante et intense qu’un mois après, j’ai toujours autant de mal à me replonger dans un autre roman. Le Vaisseau ardent prélude une histoire dense par son nombre de pages, mais rien ne vous prépare à ses nombreux récits enchâssés qui vous emportent loin et à la lutte d’adultes qui se cherchent, entre enfance qui laisse encore l’envie de croire et l’âge adulte essayant d’imposer sa volonté brutale et sans imagination.

Le roman se découpe en deux parties bien distinctes : l’une qui a pour narrateurs Anton et l’Ivrogne racontant l’histoire du Pirate sans Nom au trésor si spécial et l’autre qui fait entendre les voix de Nathalie et d’un autre personnage, que vous apprendrez à connaître tout au long du roman, menant ses recherches pour retrouver Anton. Je vous conseille de tout lire d’une traite pour vraiment vous imprégner du propos de Jean-Claude Marguerite. Lecteurs apeurés s’abstenir, il vous faudra déployer votre courage pour arriver au bout des 1562 pages, mais quelle épopée ! Roman d’aventures, vous oscillerez entre les différentes formes d’imaginaire, sans pour autant en distinguer une plus qu’une autre.
Livre conseillé à tous les fans de pirates, de trésors, d’Oliver Twist, de romans picaresques et d’épopée.

Titre : Le Vaisseau ardent
Auteur : Jean-Claude Marguerite
Nombre de pages : 1562
Nombre de parties : 2

Résumé

A la lecture de ce roman, on sent que l’auteur a beaucoup travaillé son texte. Il est presque impossible de résumer l’action de roman, tant il part sur différents chemins. Sachez que l’on commence dans la Yougoslavie des années 1950 avec deux enfants qui deviennent des adolescents en manque de repères. Jak est la brute épaisse toujours là pour protéger et essayer de raisonner Anton, qui lui n’a qu’une envie dans la vie : disparaître aux yeux des autres. Dans la première partie, on a l’impression qu’il s’écoule des années entre le moment où ils décident de créer leur cave aux trésors et celui où ils ont enfin la Carte. Les histoires de l’Ivrogne, qu’ils vont rencontrer suite à leurs incursions frauduleuses nocturnes sur les bateaux du port. Ses histoires qui nous apparaissent comme décousues sont en fait un long tissage de récits enchâssés faits pour préparer les deux enfants, et le lecteur, à la révélation qui sera faite à la fin de la 1ère partie. Bien évidemment, rien ne se passera comme prévu. Trimballés entre la vie passée de l’Ivrogne, mêlée de travaux universitaires, de rhum et de Black Jak, et sa découverte du Pirate sans nom, les personnages et le lecteur vont devoir démêler le vrai du faux dans une atmosphère onirique, palpitante à différents degrés.

La deuxième partie pose toutes les pièces du puzzle sous un autre angle, soit disant plus adulte, et va nous faire plonger au cœur même de la légende du vaisseau ardent. Fini les histoires, le temps de l’action et de la réflexion est arrivé.

Couverture du Vaisseau Ardent (folio sf)

Mon avis

Pour commencer, je remercie Tartinne aux pommes qui a su dire les mots justes pour me faire sauter le pas. Donc si vous cherchez une chronique rapide mais efficace, n’hésitez pas à aller voir l’extrait de sa vidéo.

A bien des égards, ce roman m’a fait penser à L’Odyssée quand je lisais la partie où l’Ivrogne était le principal narrateur. Et c’est le meilleur compliment que je peux faire sur roman ! L’intrigue est un véritable faisceaux de chemins différents qui donnent l’impression de nous emmener très loin du but premier, connaître l’emplacement du trésor du Pirate sans nom, mais il est nécessaire. Ce n’est pourtant que la couche supérieure du roman. Le prologue s’ouvre sur une légende égyptienne que l’auteur détaillera beaucoup plus tard, et pour le lecteur averti, il comprendra tout de suite qu’il y a plusieurs niveaux de lecture dans Le Vaisseau ardent : légendes antiques, récits bibliques, épopées nordiques ou germaniques… il y a comme un goût de recherche sur les origines communes des légendes et sur la création artistique. A côté de ça, l’Ivrogne vit pleinement sa vie d’homme et d’aventurier, n’hésitant pas à se prendre pour un vieux loup de mer, un pirate ou déchiffreur. Il a tellement de personnalités qu’on finit par voir plusieurs personne en une seule. C’est pour cela que le roman reste à la fois très ancré dans la réalité et arrive à nous faire douter.
J’aurais eu plus tendance à placer ce roman dans le fantastique, mais le genre est vraiment indéfinissable. D’autres y voient de la fantasy ou bien de la science-fiction. Mais ce qui est bien, c’est que l’auteur n’essaie pas de rentrer dans un des moules, il raconte son histoire, point. C’est un autre élément qui rend Le Vaisseau ardent si unique et si frappant.

J’ai vraiment adoré devoir retrouver les différentes références aux textes de notre réalité, la mythologie qu’il recrée et qu’il crée (il y a toute une symbolique autour des cartes à jouer), mais aussi naviguer sur des terres qui m’étaient inconnues. Jean-Claude Marguerite amène son grand roman de façon si fluide et travaillée, qu’on a envie de partir avec lui dans son monde. J’ai découvert pas mal de mots grâce à lui, parce qu’il n’hésite pas à contextualiser son texte avec du vocabulaire de l’époque de ses récits.

Ce qui m’a également plu, ce sont les interludes autour et entre les parties, qu’on déguste avec plus de plaisir une fois tout le roman lu. Mon moment préféré à ce sujet est celui qui fait la transition entre les deux parties. Tout ce qu’on n’a pas compris s’éclaire et par la suite j’ai sans cesse essayé de faire le lien avec les nouveaux petits personnages qu’on découvre.

Je ne vous ai pas parlé d’Anton et de Jak, qui sont pourtant au centre de l’affaire. Disons que l’Ivrogne m’a tellement fasciné que je mourrai d’envie de retourner sur ses récits à chaque fois que le roman avait pour narrateur Anton. J’ai préféré sa version adulte à l’enfant paumé et détestable qu’il était. Ceux qui liront le roman comprendront de quoi je veux parler.

Black Jack et dérives de l'Ivrogne

J’ai eu beaucoup plus de mal avec la deuxième partie. J’ai eu envie d’étriper plus d’une fois Nathalie qui s’enferme toute seule dans une réalité trop cloisonnée pour la laisser s’exprimer à l’envi. Son père qui la maintient dans son état d’enfant ou d’adulte non majeur n’est franchement pas le seul souci. Elle croit surtout être adulte parce qu’elle peut assouvir son besoin sexuel comme elle le souhaite. Or, ce n’est que la vision physiologique du passage de l’enfance à l’âge adulte. Son expérience avec Black Jack et L’Albatros, perdues au milieu de nulle part et soumis à l’influence de leur environnement, va tout changer. Heureusement. L’auteur l’a autant travaillée que Anton, nommé aussi ici Petrack, et l’Ivrogne et c’est vraiment très appréciable. A certains moments de cette deuxième partie, on est mal à l’aise et on a du mal à savoir à qui se raccrocher.

Petit bémol sur l’ensemble : les personnages qui s’appellent Black Jack ont un traitement peut-être un peu trop légers. Ça se comprend pour celui de la première partie, mais dans la seconde l’autre Black Jack a un comportement trop facile à calculer. Typiquement celui du grand méchant dans ce type d’expédition. On tourne un peu trop autour du pot et ça engendre quelques longueurs là-dessus.
Le roman est un peu long aussi à démarrer. On assiste à une scène de la fin de la première partie à ses débuts, les déboires universitaires de l’Ivrogne ne sont pas très intéressants au départ (parce qu’on ne le connaît pas) et ça peut décourager. Tenez bon et souquez ferme.

Court extrait du Vaisseau ardent

En bref

J’ai vraiment adoré naviguer sans compas, seulement en suivant simplement les indications de l’Ivrogne. Franchement, la première partie est vraiment celle que je préfère parce qu’il y a encore l’innocence de l’enfance. Le basculement de la première à la seconde partie fait directement référence au passage à l’âge adulte, mais c’est aussi la fin des divagations créatives nées de la force même de l’Histoire et de la réalité. Jean-Claude Marguerite développe sa vision de l’imaginaire de façon si complexe mais si fluide qu’on a envie d’aller jusqu’au bout. Attention aux quelques longueurs, dans la réalité aussi des fois le bateau avance moins vite.

Pour vous donner une idée du degré d’appréciation : Le Vaisseau ardent est sur ma liste des relectures potentielles, à côté de Don Quichotte, Gagner la guerre, L’Odyssée ou encore The Mists of Avalon.

Note :

Ô mon bateau !

Disclaimer : Les cartes à jouer ont été désignées par Getsu, sur le modèle de sa série BD Echo.

Aller plus loin ?

8 commentaires sur “Le Vaisseau ardent de J.-C. Marguerite

    1. J’ai failli faire une pause au milieu aussi, mais comme les pages se tournaient vite et que j’avais peur d’oublier j’ai enchaîné direct ! C’est quand même mieux pour bien fixer toute l’histoire, mais ça demande quand même de l’endurance :p

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  1. Je te remercie pour cet avis car ce roman est dans ma pal depuis sa sortie en GF. Trop heureuse de le trouver d’occasion au vu de son prix neuf. Malheureusement pour lui, entre son nombre de pages et le fait que j’oublie qu’il était là, il attend encore… J’ai honte maintenant car je suis certaine qu’il va me plaire!

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    1. Je crois que mon édition poche a poireauté 4 à 5 mois dans ma PAL pour les mêmes raisons x) La version GF est encore plus lourde en plus, ça va te muscler les bras !

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  2. Il est sur ma table de nuit, entamé, depuis plusieurs mois. J’en lis quelques pages par-ci, par-là mais j’ai vraiment du mal à accrocher (j’en suis vers la page 600)… Franchement, je préfère 1000 fois l’Odyssée à ce livre que je trouve beaucoup trop bavard. Ton billet m’encourage à ne pas le laisser complètement de côté mais j’ai assez peu d’espoir sur sa capacité à m’embarquer.

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    1. Hmm, je comprends ce que tu veux dire mais malheureusement ça continue comme ça jusqu’à la fin, du moins de la première partie. Ca reprend un peu dans le seconde partie quand Nathalie se cherche.
      L’Odyssée est plus fluide et plus dynamique au niveau du récit, ça c’est sûr ! Mais Le Vaisseau ardent reprend les mêmes principes de narration enchâssées et d’aventure qui débouche sur une autre aventure sans savoir si l’errance va finir un jour.

      J’espère que ta reprise se passera mieux avec ce roman ^^

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