LC : Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas

 

Ce roman fait partie de ceux que j’ai commencés, puis abandonnés. Quelques mois ont passé et quand il m’a fallu reprendre depuis le début pour le challenge Lire un classique tous ensemble !, j’ai y ai vu les mêmes qualités et les mêmes défauts. J’ai failli m’arrêter au même endroit, c’est dire ! Non pas que Le Comte de Monte-Cristo soit un mauvais roman, bien au contraire : l’intrigue y est vraiment complexe, la vengeance d’Edmond Dantès est très minutieuse et le personnage est très surprenant. Disons que plus j’avançais, moi j’arrivais à m’identifier à un caractère qui reste assez longtemps pour s’y attacher. Il y a beaucoup de lenteurs qui ramollissent le récit, à tel point que je trouve Vingt ans après moins ennuyeux par moment. En fait, Dumas pour moi c’est Les Trois Mousquetaires et sa saga, c’est tout. Je n’arrive pas à autant m’investir dans ses autres romans. Néanmoins, chacun son Dumas et Le Comte de Monte-Cristo peut être une meilleure porte pour d’autres.

Car, malgré tout, il reste une œuvre un peu à part de ce qu’il a pu écrire. La Reine Margot gardait beaucoup trop son emprunte du théâtre, la saga des Mousquetaires est une œuvre sur plusieurs époques et générations et le ton n’est pas homogène. Dans Le Comte de Monte-Cristo, on a une œuvre pleine et entière qui fait beaucoup réfléchir le lecteur sur la condition humaine, l’esclavage, la peine de mort et le crime. Ceux qui aiment Victor Hugo peuvent commencer par ce roman de Dumas par exemple. Ceux qui aiment les intrigues sous-tension aussi, mais n’ont pas peur de perdre patience aussi. C’est un roman assez ouvert sur différents types de lecteurs, tout en étant très différente de son corpus.

Titre : Le Comte de Monte-Cristo
Auteur : Alexandre Dumas
Édition : Livre de poche, en 2 tomes
Nombre de pages : 1573

Mon avis

Même si ce tronçonnage est artificiel, je vais séparer mon avis en suivant le découpage des deux tomes. Beaucoup de gens ne lisent pas toute l’histoire d’un coup, donc ça vous permettra de choisir ce que vous voulez savoir ou non. De cette manière, l’article sera sur un ton moins professoral mais plus sur mon ressenti de lectrice.

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De très loin, le tome 1 est ma partie préférée du Comte de Monte-Cristo. On assiste à la genèse de cette vengeance sans merci qui va éclater dans le tome 2, on suit un jeune homme innocent victime du système et qui garde beaucoup d’humanité malgré son double jeu une fois qu’il sort de sa prison. Je n’aurais jamais cru dire ça, mais mon moment préféré c’est vraiment quand il est dans la prison et qu’il se lit d’amitié avec ce prêtre qui va tout lui apprendre. Pour vraiment prendre goût à la fin du roman, il faut garder ces instants en tête et essayer de trouver son pendant symétrique plus tard. Edmond Dantès, juste avant son mariage, se fait arrêter  suite à la conspiration de trois hommes. Franchement, plus on avance, moins je me suis attachée au personnage, mais on ne peut pas être en manque de compassion envers lui quand on voit tout le chemin effectué et ce qu’une simple conspiration contre lui a changé dans sa vie et celle des autres.

Cette partie nous fait beaucoup réfléchir sur notre conscience, nos choix et la valeur d’une vie face à la sienne. Ce premier tome est sous le signe de la culpabilité. La vengeance arrive vraiment très lentement, par touches, et on pense d’abord qu’Edmond Dantès est un genre de bon samaritain. Pourtant son changement multiple d’identité éveille en nous des doutes et on essaie de se projeter dans ce qu’il va bien nous inventer. Plus on avance et plus l’image qu’on a du Comte de Monte-Cristo est noire, calculatrice qui n’est pas sans faire ressentir de l’admiration.

J’ai eu plus de mal avec les épisodes en Italie et à Paris. Le rythme est vraiment très ralenti et Dumas enchaîne pas mal d’erreurs sur le temps et l’espace. On sent le vieux tic du dramaturge qui essaie de faire des apartés comme sur scène, mais qui les amène très mal. Du coup, quand les convives du jeune Albert de Morcerf parlent sur le comte, on pourrait croire qu’ils le font devant lui et sans retenue. En fait, le comte n’est censé entendre, mais il n’y a aucune transition. Même chose sur la même scène avec la mesure du temps. On va avoir un gros dialogue qui commence en début de repas, mais qui a l’air de se terminer au même du plat de résistance. Faux, quand il finit il est quatre heures, l’heure du café. On sent que plusieurs chapitres ont été réécrits au détriment de logique. Ça se sent surtout à partir du moment où le comte est sur Paris et ça m’a un peu gâché la lecture.

Le changement de point de vue m’a aussi beaucoup dérangé. On coupe le cordon de façon un peu trop nette entre Edmond et nous. J’appréciais de suivre les pérégrinations de ses pensées et apprendre à comprendre un homme dont on a volé la jeunesse, l’amour et son humanité. En plein milieu, on passe au regard de Franz -un personnage tellement peu accrocheur que j’en avais oublié l’existence, pour glisser vers des points de vue multiple. Certes, l’intrigue y est plus riche et plus complexe, mais ça brise quand même beaucoup l’attraction qu’Edmond avait sur nous. En fait, c’est comme si Edmond Dantès était mort et qu’on suivait l’histoire d’un autre personnage. Comme pour nous protéger des actions et des pensées que va commettre le comte. Même si ses retrouvailles voilées avec Mercédès ne nous émeuvent que très peu. Le comte est devenu un roc.

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Le tome 2 est celui où j’ai mis beaucoup de distance entre le comte parce qu’il a fini par me faire peur. C’est une chose d’avoir de la compassion pour un personnage et une autre de dire amen à tous ses choix pour accomplir sa vengeance quand il y a tant d’innocents en jeu. Le problème est là : il n’y en a pas aux yeux du comte, lui qui a été incarcéré, suite à une conspiration. En fait ce qui me gêne, c’est qu’il n’a pas tellement plus foi en l’humanité que ses actes de gentillesse sont juste des démonstrations pour prouver que tout homme plie sous la cupidité. Mais il choisit des cibles tellement faibles d’esprit (oui, même les nobles qu’il fréquente sont faibles, parce qu’ils croient dans la bonté d’un homme sans y voir la barrière hypocrite de leur société). Le comte se joue de tout le monde d’une façon très mesquine. L’adaptation audiovisuel a largement ma préférence dans le traitement du personnage de ce point de vue.

L’intrigue de la vengeance de révèle de plus en plus tentaculaire et la tension est à son maximum. L’apparition de Maximilien dans l’équation va chambouler les plans du comte. On finit par se demander s’il va réussir dans son entreprise. L’intrigue d’argent à quelques millions de francs sert à soudoyer d’autres personnes pour servir sa vengeance, et pas forcément pour vivre le rythme effréné de mondain qu’on a découvert dans tome 1. Par exemple, Danglars, après avoir été victime de la supercherie de l’emprunt illimité du comte dans le tome 1, devient le financier le plus malchanceux de Paris suite à un télégramme qui annonçait la fuite d’un grand dignitaire d’Espagne. Après la révélation de la fausse information, il perdra 5 millions.
Pour autant, je n’ai pas aimé la construction narrative de ce tome. Dumas veut trop en faire pour en faire. Il nous noie sous plein d’informations pour tenir le lecteur en suspense et tirer à la ligne. L’action se retrouve en deuxième partie du tome 2 principalement. On passe par beaucoup de détours qui m’ont pas mal ennuyée par moment…

Je me suis rabattue sur d’autres personnages comme celui de Valentine de Villefort, connaissance de Mlle Danglars, une femme forte qui subit elle aussi le système. Elle subit des obligations familiales qui vont bien plus loin qu’une simple mariage forcé. La lettre d’Edmond Dantès sur le rôle de Noirtier dans le retour de Napoléon a été brûlée. Mais les acteurs, eux, sont toujours présents.

Le final est explosif et amer comme toutes les fins écrite par Dumas. On est loin de la fin TF1 proposée par le téléfilm de 1998. Ce n’est pas sans mal que j’aurais lu avec avidité le dénouement successif de toutes les intrigues. Les personnages qu’on détestait, on finit par les aimer…. Certains cachaient bien leur jeu.

 Un mot sur l’édition

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J’ai été pas mal déçue par l’édition du Livre de poche. Ma première lecture s’était faite sur liseuse et l’accès aux notes était facile, la maquette aérée et le poids forcément diminué. L’édition papier ne comporte quasiment aucune note, ou bien il faut avoir le tome 2 pour y avoir accès. La maquette est excentrée, mal aérée et cette typo qui semble dégouliner peut donner du charme pour des photos mais rend le texte illisible à la longue. J’avais choisi le Livre de poche, parce que j’avais vu que Gallimard avait déjà fait des coupes dans ses éditions pour Les Trois Mousquetaires, et que je n’avais pas envie de subir à nouveau des choix éditoriaux qui ne permettent pas de lire le texte dans son intégralité. Ici, le texte y aurait gagné à être un 0.5 point plus petit avec une typo moins grasse. On n’aurait pas d’encre sur les doigts moites.

Seul intérêt de cette édition par rapport à Folio : son prix plus attractif. Mais vous en pâtirez sur la fabrication.

En bref

Un roman qui ne laisse pas indifférent mais qui souffre parfois des défauts de la réécriture et du format feuilleton qui allonge artificiellement le suspense. J’ai apprécié ma lecture, mais sans plus, au grand damne des émules de ce roman.

Les parties de réflexion sur la condition humaine et l’innocence sont très belles. Le texte est très accessible derrière une belle langue fluide, Dumas a comme toujours l’intérêt de combler aussi bien des analystes pointus que des lecteurs occasionnels qui veulent lire une aventure noire, assorti d’un romanesque qui les emmène très loin de leur quotidien.

Il n’empêche qu’il n’a pas réussi à détrôner Les Trois Mousquetaires dans mon cœur. Question d’affinité, de caractère et de goût.

Note :

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Aller plus loin ?

Cette relecture a été faite dans le cadre du challenge Lire un classique tous ensemble !, organisé par Wolkaiw sur Livraddict et sur son blog. Il n’y a aucune obligation de particier à toutes les sessions. Les curieux et les adeptes sont accueillis les bras ouverts. Wolkaiw proposera avant la fin de chaque session deux nouvelles listes de cinq classiques et organisera un vote. Il n’est pas obligatoire de lire tous les livres de ladite liste.

Les avis des participants sur Le Comte de Monte-Cristo :

  • Wolkaiw
  • Kincaid40
  • CelineRPBessonnet
  • Tomisika

Les autres liens intéressants :

12 commentaires sur “LC : Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas

    1. C’est effectivement une bonne idée pour commencer Dumas, tu sauras tout de suite si tu aimes son style ou pas et c’est très accessible tout en étant pointu. C’est quand même la richesse de l’auteur ça 😉

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    1. Oui, c’est une question de goût 🙂 Dumas a tellement de facettes dans ses romans qu’on a plus d’affinités avec certains !

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  1. Je partage totalement ton avis^^ certaines longueurs m’ont fait piaffer d’indignation surtout dans le tome 2 et un peu dans le 3 mais je dois t’avouer que depuis que j’ai dépassé le passage où Mercedes l’a reconnu et lui demande d’épargner son fils, je n’arrive plus à lâcher le livre : trop hâte de savoir comment tout va finir !
    Du coup, une très bonne lecture, ça fait trop longtemps que j’ai lu Les trois mousquetaires pour faire une comparaison juste entre les deux romans mais vu que je compte le relire….

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    1. Tiens, j’étais sûre de t’avoir répondu…
      Tu vas aimer la partie 4 alors !

      Les Trois Mousquetaires, c’est plus entraînant, plus jeune, plus insouciant et rebelle. Mais que le début est lent aussi !

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  2. Wow, ton article est vraiment complet ! Je n’ai lu que le tome 1 et en relisant ta chronique je me rappelle tous ces détails gênant dont tu as parlé, mais auquel je n’avais pas forcément prêté attention. Je suis admirative d’Edmond et du personnage qu’il a su se construit, de la personnalité qu’il a maintenant, il est fascinant.
    En tout cas, merci pour cette chronique et pour cet article très riche !

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    1. J’ai peut-être trop lu de Dumas pour ne pas voir les subterfuges qu’il utilise pour rallonger, de gonfler, son récit pour ne pas perdre patience ou soupirer d’ennui :p
      Pour la coup, Dumas est vraiment un auteur à feuilleton : un morceau lu toutes les semaines, à la façon des séries d’aujourd’hui, sans prise de tête avec des coups d’éclat et des montées de suspense pour réveiller le lecteur.

      Mais pas la patience de le lire chapitre par chapitre non plus x)

      Merci pour le compliment ^^

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  3. Très bon article. Et c’est vrai que tes photos sont jolies. Et tes bouquins nickels. Moi j’ai adoré Le Comte de Monte-Cristo, je lui vois peu de défauts – peut-être quelques longueurs parfois, en effet – peut-être parce qu’il s’agissait de mon premier Dumas. J’ai adoré aussi Les Trois Mousquetaires, mais pour moi Monte-Cristo reste au-dessus, parce que c’est tout de même une oeuvre plus profonde et plus complexe. Il faut maintenant que je me procure Vingt ans après.

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    1. Ils sont nickels parce que je les ai pris sous le bon angle ! Ils sont arrivés froissés sur les bords supérieurs droits, parce qu’ils ont été mis à l’arrache dans le colis :/
      Hmm possible, mais peut-être aussi parce que ce que chacun recherche dans un Dumas est différent, c’est ce qui fait la richesse des échanges du coup ^^ Vingt ans après est… plus sombre : beaucoup de malheurs et de désillusions !

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Les commentaires sont fermés.

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