Lire du Balzac, c’est pas du Zola ! – n°1

 

Deux monstres du roman feuilleton, deux visions du XIXème siècle, mais surtout deux cauchemars des lycéens. Avec le recul, certains finiront par admettre préférer Zola à Balzac. Oui, les descriptions de Balzac sont à mourir d’impatience… Surtout si on a fait monter la mayonnaise en lisant la quatrième de couverture ou en se renseignant sur l’intrigue auparavant. Dans ces numéros « Lire du Balzac, c’est pas du Zola ! », j’ai envie de vous présenter autrement ces deux auteurs, et cela de manière très subjective. En plus, y aura des photos.

Nous allons débuter ici par mes conseils pour aborder Balzac, basés sur mon ressenti de lectrice dans ma (re)découverte de Balzac. Bon nombre d’être nous ont maudit cet auteur aux descriptions interminables et aux immondes pavés qui tuent dans l’œuf le peu de courage que nous avions eu à nous approcher du bouquin. (Bon, je grossis un peu le trait. Le Colonel Chabert et Eugénie Grandet sont quand même très courts.)

Contrairement à du Zola qui est très facile à lire (sisi, vous verrez un jour), Balzac ne s’apprécie pas forcément par les portes qu’on nous offre au lycée. On se passera en partie des habituels titres ici et des conventions de tomaisons. Récemment, j’ai eu envie de me mettre à la trilogie de Vautrin : Le Père Goriot, Illusions Perdues et Splendeurs et Misères des courtisanes.
Ça c’est la version officielle. L’officieuse, c’est surtout que je me fiche du personnage de Vautrin. Tout ce que je veux c’est Esther. Et puis Lucien et Corentin, mais on verra ça plus tard.

Oh surprise, ce fut d’abord une rencontre manquée

J’ai la (mal)chance de ne pas avoir étudier cet auteur au lycée et d’avoir commencé mon entrée dans le monde du XIXème siècle par Zola avec La Curée. Oui, la prof de français était plutôt sympa : voyant notre niveau pitoyable de culture lettrée et nous trouvant inapte à comprendre Madame Bovary, nous avons l’extrême joie de lire le roman le plus court des Rougon-Macquart (que je vous conseille chaudement. A lire avec Phèdre !).

Après plusieurs tentatives désastreuses avec Eugénie Grandet et Béatrix à la fin de mes études littéraires, j’ai décidé de redonner une chance à Balzac avec le seul roman qui m’a jamais intéressée : Splendeurs et Misères des courtisanes. Sa lecture m’a donné envie de donner mes raisons de commencer par celui-là, à partir des habitudes de lecture que j’ai chez Zola. Passons donc aux petits conseils qui peuvent s’appliquer à vous si vous avez un jour envie de redonner une chance à cet auteur si décrié.

 

Commencer Balzac par des scènes de vie du XIXème siècle que nous apprécions

On a tous nos préférences : plutôt flegme anglais, romance d’aristocrates ou de bourgeois ou encore défiguration de la société par la révolution industrielle. Personnellement, mon gros péché mignon est la décadence de l’aristocratie ou la défiguration de la bourgeoisie. Très fan aussi des récits sur la classe ouvrière, mais c’est cela relève d’une autre humeur. Ici, j’avais envie de renouer avec la déchéance de la bourgeoisie et cette volonté de s’établir à un niveau supérieur à son milieu.

Pourquoi commencer par un des romans qui arrivent à la fin de La Comédie Humaine et oser passer outre Illusions perdues ou même Le Père Goriot ? Tout simplement parce que j’ai envie de rentrer dans Balzac comme dans du Zola. Mais le problème, c’est que lire du Balzac, c’est pas du Zola !

 

Collection zolesque
Non non, je ne collectionne pas Zola, vous vous faites des idées. Et encore, je n’ai plus Thérèse Raquin.

Zola, c’est une grande histoire d’amour avec le portrait. On vit avec un personnage principal tout au long du roman. On peut en rappeler vaguement l’importance d’un roman sur l’autre, parfois il apparaîtra même plus tôt que vous ne l’auriez cru. Je pense à Claude Lantier de L’Oeuvre qui est déjà présent dans Le Ventre de Paris. Zola, c’est aussi une histoire de familles, d’héritage (génétique et argentier) mais qu’on peut lire dans le désordre tant qu’on connaît un minimum l’arbre généalogique. Néanmoins de manière générale, vous pouvez lire retrouver toute son histoire dans un seul volume.

Chaque portrait correspond à un tableau parisien sur la vie des différentes classes de la société : la bourgeoisie, l’Église, les ouvriers sans oublier les rebuts de la société comme les voleurs et les prostituées. Zola, ça s’étale mais ça reste très carré et documenté. On lit du Zola parce qu’on veut du reportage. D’ailleurs, parmi ces romans, nous avons tous notre chouchou, celui qui nous a révélé que Zola c’est pas mal en fait et c’est même très moderne dans l’écriture. Parce qu’en fait, non, par rapport à Balzac, Zola n’a pas une écriture dite classique.

Même si j’adore cet auteur pour ses portraits poignants de gens qui vivent dans le charbon et aux abords des lavoirs, j’ai une tendresse particulière pour sa critique et son dégoût de la société bourgeoise. Mes deux romans préférés sont La Curée et Nana : deux romans que tout oppose mais qui ont en commun de mettre en avant la vie luxueuse et outrageante des bourgeois parisiens du Second Empire, avec deux héroïnes qui évolueront à leur manière dans ce monde de vipères. Toutes deux sont aussi des femmes qui assument leurs choix, mais qui se retrouvent rattrapées par leur train de vie et la malfaisance des hommes. Je ne pouvais faire autrement que commencer Balzac par un roman qui travaille sur le même genre d’ambiance, quitte à froisser les experts de Balzac parce que je commence par une suite et presque quasi fin. Splendeurs et Misères des courtisanes est un roman qui m’a toujours fasciné depuis le lycée. Je l’ai ressorti de la bibliothèque pour l’occasion, histoire de couper avec le début du XIXème siècle anglais.

Contrairement à ce que je croyais, ne pas avoir lu Illusions perdues avant ne pose pas tant de problèmes que ça. Il suffit de se renseigner un peu pour connaître vaguement le pitch et les personnages. Tout roule. Balzac semble savoir que ses romans vont dans tous les sens car il n’hésite pas à vous refaire des portraits et des descriptions du passé de chaque personnage important. Ça donne un côté très épisodique à sa saga.

 

Commencer par un roman aux confluents des intrigues

Comme je vous le disais plus haut, chez Zola, vous le retrouverez rarement d’un roman sur l’autre un personnage avec la même importance ou place dans l’intrigue. Il y a quelques exceptions, mais de manière générale, un roman correspond à un portrait unique. Lire du Balzac, c’est s’empêtrer dans des romans à tiroirs qui s’appellent les uns les autres. On nous propose très fréquemment au lycée de lire du Balzac comme du Zola, donc de commencer par des portraits très centrés sur un nom en particulier. Mais plutôt que de nous proposer des romans en pleine intrigue qui mettent en lumière un personnage d’arrière-plan, on aura droit à des romans qui commence une nouvelle intrigue : de tête, on pense à deux titres, Le Père Goriot et Eugénie Grandet. Pourtant, prendre un Balzac qui a plus un rôle de liant entre deux intrigues est peut-être tout autant jouissif que moins difficile d’accès.

 

Trilogie de Vautrin par Balzac
La Trilogie de Vautrin, un personnage détestable… Oui mais celle qui m’intéresse c’est Esther en fait.

Splendeurs et Misères des courtisanes offre ce que je souhaitais lire depuis mon incursion chez Balzac : un roman du XIXème siècle avec une plume mordante, ironique, sur un sujet habituellement considéré comme bas. Balzac nous offre un tout autre visage de la société bourgeoise que Zola, car son style et sa narration sont romanesque pour l’un et dynamique pour l’autre. Le cadre de l’histoire est très proche du roman policier, ce qui nous fait ressentir à la lecture de cette œuvre une explosion de saveurs littéraires. Vous adorerez les portraits des personnages, vous tremblerez pendant la traque d’Esther par Nucigen, vous haïrez les magouilles de Vautrin, vous serez renversé par le comportement changeant de Lucien. Bref, Splendeurs et Misères des courtisanes arrive en fin de parcours d’une intrigue à multiples prétendants, mais offre beaucoup rebondissements en évitant les longueurs habituelles. Il vous propose aussi le portrait d’un personnage très récurrent de La Comédie Humaine : Esther. J’en avais eu un aperçu très péjoratif dans Béatrix, mais là j’aime, que dis-je, j’adore ce personnage ! Elle est pleine de vie et de force d’esprit malgré son jeune âge. Elle fait tout pour essayer d’arriver à une meilleure situation, mais les hommes autour d’elle ne font que jouer avec sa condition.

Ne pas avoir lu les précédents romans ne me gêne pas. Au contraire, ça me permet de me focaliser sur le personnage qui m’intéresse le plus. Certes, on perd forcément en force et en sous-entendus. Mais rien ne nous empêche de relire le roman plus tard dans le bon ordre chronologique.

 

Avoir envie de remonter le fil par des personnages de l’intrigue

Le roman d’Esther est un roman en étoile, d’où sa perméabilité à d’autres histoires en cours. On y découvre le destin de Lucien, dont le roman est la fin des aventures des Illusions perdues. On y retrouve Vautrin qui continuera après Splendeurs et Misères des courtisanes à jeter son dévolu sur le pouvoir avec Le Député d’Arcis. Il est aussi présent dans Le Père Goriot. Nucingen fait partie de l’intrigue correspond à Rastignac. Et ainsi de suite pour les personnages plus secondaires. En bref, ce livre nous permet de nous faire connaître différents personnages et d’aller chercher à connaître leur histoire par la suite.

Chez Zola, Aristide et Eugène arrivent à avoir un pouvoir tentaculaire dans l’intrigue portant sur la branche de leur famille, mais chez Balzac on a vraiment un mélange complet de tout, comme si on ne faisait que se rencontrer ou se croiser dans la vie, alors même qu’ils ne font pas partie de la même famille.

Si j’ai commencé par la fin de La Trilogie de Vautrin, je vais bien évidemment remonter le fil de tout ça au fur et à mesure, à commencer par Illusions perdues pour connaître la vie entière de Lucien. M’étant déjà renseignée, je sais que son grand ennemi est Corentin, fils naturel de Fouché. Pour vraiment rester dans le même univers, je songe sérieusement à me procurer Une ténébreuse affaire, dont il est le héros et qui ferait une sorte du préquelle à Splendeurs et Misères des courtisanes. Ce dernier porte beaucoup sur la remise en question de la Justice et la Police, centrales dans Une ténébreuse affaire. Néanmoins, lire ce roman signifierait alors devoir attaquer aussi Les Chouans, qui en est la genèse et qui me rebute totalement. A réfléchir donc.

Avant de m’attaquer au Père Goriot, autre roman étoile de La Comédie Humaine, qui risque de m’emmener vers l’histoire Ratsignac les nombreux romans qui le composent, je pense peut-être m’intéresser à Gobsek et/ou à La Rabouilleuse. J’aime tellement le personnage d’Esther que je trouve dommage d’avoir aussi peu d’informations sur elle.

 

Jusqu'où la passion conduit
A la découverte de la multitude des personnages pour faire un parcours lecture à mon image.

Nucingen ne me donne pas envie pour le moment. Non pas que son caractère soit mal décrit, mais j’ai eu énormément de mal avec le besoin de Balzac de mimer son accent pseudo allemand. La lecture en était laborieuse, car l’auteur a vraiment une vision très personnelle des intonations. J’avais compris qu’il s’agissait de l’allemand quand Nucingen a commencé à dire « ein » ou « eine » plutôt que « un ou « une », mais en fait c’est un accent « juif polonais »…

 

En bref : brisons sans honte la chronologie pour mieux apprécier Balzac

Ce qui est étrange avec Balzac, c’est que j’ai eu besoin de briser la chronologie, d’une intrigue à tiroirs, voulue par l’auteur pour entrer dans son œuvre. D’avoir été titillée par des personnages durant ma lecture m’aura donné le courage de m’attaquer à d’autres pavés de La Comédie Humaine. Qu’il ne se retourne pas dans sa tombe, pour le moment, je veux le lire comme une lecture plaisir et non académique. Illusions perdues était loin d’être dans mes priorités au départ. Reste à voir dans sa prochaine lecture si j’ai finalement réellement manqué quelque chose en voulant détourné la difficulté.

Commencer par Splendeurs et Misères des courtisanes était moins un besoin de se renseigner sur l’époque, qu’une carotte bien placée pour me faire découvrir l’univers romanesque dense et aussi complexe qu’une immense toile d’araignée. Zola c’est du reportage, Balzac c’est de la poupée russe.

Lire du Balzac, c’est donc pas du Zola. Mais vouloir essayer de le lire comme tel, ça nous fait passer par certaines étapes. J’ai trouvé les miennes, à vous de connaître les vôtres.

Et vous, c’était comment votre expérience avec cet auteur ? Auriez-vous envie de lui redonner une chance, un jour ?

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