L’Enchanteur de René Barjavel

L’Enchanteur, un des romans qui marquera ma vie de lectrice. Le ressenti n’est pas homogène d’une personne à une autre. La poésie de la première page aura su m’emmener dans la forêt de Merlin et le premier chapitre aura eu raison de moi. Tant d’émotions face à cette histoire : joie, angoisse, haine, rire. Bref, L’Enchanteur malgré ce qu’on pourra en dire est un récit fait par un conteur qui sait animer les choses et les gens devant vos yeux, sur un ton non pas lyrique et dégoulinant mais léger et délicat. Ce qui est aussi intéressant, c’est la portée philosophique du conte et cette mise en abyme de la situation amoureuse de Merlin et Viviane.

Il est difficile de ne pas donner son avis sas trop (sur)interpréter le conte que nous offre René Barjavel. Ne prenez donc pas pour argent comptant ce que je dis, mais plutôt comme une des visions possibles.

Titre : L’Enchanteur
Auteur : René Barjavel
Édition numérique : Folio
Nombre de pages indiqué : 470

Mon avis

Dès le début, le texte de René Barjavel repose sur un ensemble de scènes contraires dans un monde sans repères temporels. Le premier chapitre est une ode à la pastorale avec tout le folklore de Brocéliande, mais l’histoire de la naissance de Merlin est sans conteste un clin d’œil aux légendes et aux récits burlesques du Moyen-âge ou de la renaissance. Encore plus décalé est la description des Enfers qui fait directement référence à notre monde. Tout de suite, le regard est inversé sur notre lecture. Ce n’est plus nous qui sommes une référence pour la réalité, mais c’est bien le récit arthurien qui le devient. En un tour de main, Barjavel sait nous faire sourire et créer une immersion complète dans un monde fantasmé mais posé comme unique référence. Le lecteur, à peine entré dans l’histoire, commence déjà à réfléchir sur les codes et les concepts présentés comme modernes par notre époque. Certes, comme on le voit dans le roman, l’évolution permet de faire des miracles et de la magie devant des gens non instruits de ces choses, mais elles impliquent aussi de grandes responsabilités sur l’environnement, l’équilibre des richesses, l’envie de tout un village, la jalousie et a destruction d’un patrimoine aussi bien urbain, qu’historique ou naturel.

L’autre partie importante de ce roman, c’est le traitement du spirituel et du sexualité. Comme on a vu plus haut, la religion et la superstition est mise au même niveau que l’évolution et la modernité de notre société contemporaine. Pour ce qui est de l’aspect sexuel, on est loin d’une vision barbare. Certes, l’acte n’est pas caché mais il est plutôt dépeint comme emprunt d’une terrible folie. On en a quand même deux visions durant la quête du Graal. La nuit d’amour entre Lancelot et Guenièvre est, par exemple, symbolisée par une unique ligne sur une page blanche, comme une porte qui se referme sur un amour pure et digne. Pourtant, peu de temps après, la fresque peinte par Lancelot pris de folie y décrit ‘acte de façon crue et avec beaucoup de couleurs. L’histoire d’amour de Perceval avec sa jolie jeune fille est, quant à elle, non masquée car vu comme indigne du code d’honneur de la chevalerie. René Barjavel, par sa mise en scène, rend un amour adultère honnête par des procédés de recherche du Graal et des concepts de pureté qui ne peuvent être liés à l’amour.

Le Merlin qui nous est dépeint ne cède pas aux avances de Viviane qui se fait de plus en plus languissante. Plus on avance dans le récit et plus on l’impression que ce personnage masculin se confond avec Dieu, surtout dans ses paroles et dans sa logique créatrice de destin d’hommes, alors même qu’il est le fils du Diable. C’est vraiment le personnage le plus mystérieux et pourtant l’un des moins présents dans le roman.
Petit bémol sur la place des femmes dans ce roman : souvent manipulée ou tout leur contraire, je n’ai trouvé que Guenièvre qui était un peu travaillée au niveau du caractère et de son importance. Viviane reste avant tout dans un rôle d’amante transie et de mère dépossédée de son enfant. La reine est vraiment torturée par ses pensées et essaie de faire avancer les choses à son niveau. Néanmoins, on reste dans une vision très proche de la chanson de fin’amor de l’époque où la femme est plus un piège pour le chevalier. Pour ce qui est de la porteuse du Graal, elle est difficilement saisissable car beaucoup de mystères l’entoure et elle est clairement assujettie à son rôle dans la quête. On remarque néanmoins une capacité à rpendre du recul sur la situation dans ses quelques lignes de dialogue.

En bref

Le mal n’est pas représenté que sous les traits d’un seul personnage, celui du Diable ou du grad méchant de l’histoire. C’est ce qui rend vraisemblable ce récit, avec des codes transposables dans notre réalité.
D’un côté, on a un conte philosophie avec des décors et une narration médiévaux qui transmettent la légende arthurienne de façon personnelle et sous la houlette une structure narrative symétrique. Oh, comme j’aurais aimé être prof pour décortiquer tout ça en cours pour mes élèves et leur faire comprendre pourquoi le titre s’appelle L’Enchanteur, pourquoi le Diable est présent mais mineur, que représente le Graal et que sais-je encore.
De l’autre, on tombe sur des passages décalés, de l’humour. Si cela peut gêner au début, on voit qu’ils sont bien dosés pour rythmer le récit et donner une vision plus satirique, humaine et moins intouchable que ce que l’auteur nous laisse croire dans son écriture.
Je regrette beaucoup ne pas l’avoir lu étant jeune ado, ça m’aurait fait aimer la lecture bien plus tôt ! On s’attend pas à ça en lisant la quatrième de couverture ou lisant les avis.
J’ai bien aimé aussi que certaines questions restent en suspens comme le Graal et la lignée des hommes et femmes qui peuvent l’atteindre. Il me semble que ces réponses se trouvent dans le livre quand Merlin parle des premiers hommes. Mais pas que ?

Note :

Aller plus loin ?

4 commentaires sur “L’Enchanteur de René Barjavel

  1. Je suis ravie que ce livre ait su te séduire, car c’était une véritable déception pour moi. Je suis d’accord sur plusieurs points : traitement de la spiritualité, l’entrée dans le folklore et dans les légendes arthuriennes ; mais j’ai trouvé que son histoire était trop « sèche » (terrible recul, miroir déformant pour les personnages)

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    1. Oui j’ai vu que le livre déchaînait les passions : soit on aime, soit on déteste. Au début, j’avais du mal aussi avec le côté caricatural des personnages (je crois que le pire ça a été Morgane). Mais bon, l’écriture, la construction du récit et cette originalité de faire côtoyer médiéval et modernité, ça m’a vite séduit et emportée très loin.

      C’est peut-être un roman à relire plus tard pour toi… Faut peut-être que tu sois dans un meilleur contexte pour l’apprécier ? (oui, j’aime bien croire que certains livres ne nous plaisent pas à cause d’une mauvais rencontre)

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  2. Bon d’accord, après cette chronique je ne peux plus résister longtemps ^^
    Les thèmes abordés m’intéressent beaucoup et j’ai hâte de voir si Barjavel arrive à m’impressionner une nouvelle fois.

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