Mordred de Justine Niogret

Une confession qui m’a emportée dans son rideau de mélancolie et à travers l’émiettement de ses batailles épiques. Le format court que choisit Justine Niogret fait toujours aussi mouche et apporte une vraie bouffée d’air frais dans la fantasy. On retrouve avec délice sa poésie brutale, et c’est avec joie que je reprenais à chaque fois ma lecture pour me laisser porter dans ces couches de réalité, de rêve et de fantasme mélangés au point d’en abolir par moment les frontières.
Mordred, roman d’ambiance, est différent des autres récits de fantasy arthurienne dans le sens où il se focalise sur l’un des personnages les plus mal aimés et les plus haineux : Mordred. Le texte nous donne accès à un personnage très humain, attachant et désespéré. Très peu de pages, ça serait bête de se priver du plaisir de retrouver la puissance du verbe de Justine Niogret.

Titre : Mordred
Auteur : Justine Niogret
Édtion numérique : Mnémos
Nombre de pages indiqué : 165

En résumé

Mordred sur son lit de mort revoit des épisodes de sa vie qui lui font réfléchir sur les mystères de sa naissance et des rencontres de sa vie. Drogué par les plantes qu’il utilise pour soigner une vieille blessure qui a failli lui être fatale, le récit commence après un an de folie onirique où la réalité tend de plus en plus à se confondre avec ses cauchemars et ses souvenirs. Humain, attachant, Mordred évoque ses raisons qui le pousseront à commettre le geste fatidique qui fait que nous le connaissons tous comme parricide et traitre empli de haine. Oublié tout ce que vous savez de lui en ouvrant ce roman. laissez-vous porter par des figures déjà tournées vers la mort et qui ne cherchent nullement à se justifier. La vie dure telle qu’elle est à travers une narration onirique.

Mon avis

En lisant Mordred, j’ai eu l’impression d’avoir à la fois l’essence même des récits arthuriens : entre merveilleux et réalisme. Pourtant, Justine Niogret nous sert à nouveau un texte très original. Le prologue est un gros coup de cœur -et le sera pour tous les médiévistes ou toute personne sensible à la culture médiévale. L’ouverture par une pièce de théâtre, qui plus est par une représentation d’un passage du Roman de Renart où on ne sait plus si les acteurs jouent un rôle ou le vivent, donne une portée très vivante et fataliste au petit roman que nous allons commencer. Une belle mise en abyme également car, à la manière qu’une fable ouvre un texte pour expliquer de manière pédagogique ce qui va suivre, la scène nous est décrite par les yeux d’un enfant non nommé. On saura plus tard qu’il s’agit bien sûr de Mordred, mais à ce moment-là de la lecture on garde une distance et un œil critique sur le monde qui entoure notre héros avant d’entrer dans ses pensées.

Comme toujours, une prose rythmée qui sait créer avec des mots simples et justes différentes atmosphères. On sent vraiment l’implication de l’auteur dans son roman quand on observe les détails des armes, des armures, des codes de la société ou de la nature. Chaque nouveau chapitre est une surprise : nous ne savons si nous allons continuer sur le même ton ou brutalement passer sur quelque chose de plus vivant, plus sensuel ou plus onirique. Cette brouille des frontières entre les 3 niveaux de narration nous aide tout de suite à comprendre que Mordred fait un genre de point, un testament de sa vie. Il n’a rien à part Arthur, jamais il ne fera allusion à de quelconques terres. On sait juste que c’est un personnage dont le poids de la faute et du péché s’effondre sur ses épaules au point de l’étouffer. Son acte final, ça sera comme une rédemption pour tout ce qu’aura été sa vie.

Beaucoup de gens ont regretté des personnages trop vidés de leur substance. Par exemple, nous n’aurons qu’une seule vision de Guenièvre, Arthur est un homme totalement abattu, Morgane n’est qu’une figure fantôme. Seul un personnage qui suit le héros depuis son enfance viendra prendre forme et empoisonner sa vie à la façon de l’Aspic que l’on voit combattre Mordred dans cette grotte angoissante et aux volumes très bas. un genre de double maléfique. Cet galerie d e portraits va pourtant avec l’esthétique du récit et c’est un des ingrédients qui m’ont fait beaucoup apprécier ce roman. Pourtant, nous avons des scènes de différents registres qui nous montrent des personnages en action, aussi bien dans la conversation qu’à la guerre ou bien encore à l’entraînement.

Mordred est un roman poignant e vivant de gens attendant leur mort comme une délivrance, où tous sont aussi fautifs les uns que les autres, et où Mordred apparaît comme un libérateur de leur parole. Son identité se dilue, tuer Arthur c’est comme s’affirmer.

En bref

Une belle plume qui sait toujours jouer de ses ambiances oniriques et du goût de la violence et du sang médiévaux. Coup de cœur sur le prologue qui nous fait une immersion très directe !
J’ai bien aimé ces va-et-vient entre les souvenirs et la réalité, on lit pas souvent ce genre de récit en fantasy. Mais dans le dernier quart j’étais quand même pas mal perdue. On sent une précipitation de l’histoire qui brouille la compréhension de toutes les figures ou métaphores utilisées. La mort d’Arthur arrive comme un cheveu sur la soupe, même si on connaissait la fin et que tout le récit nous préparait à ça. Le côté « figure déjà mortes » ne m’a pas trop gênée. Ça reste dans l’esthétique du récit.
Malgré tout, un petit coup de cœur que ce texte.

Note :

Aller plus loin ?

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