Les Deux Tours de J.R.R. Tolkien

Aussitôt créée, aussitôt dissoute. Les Deux Tours est la survie de la Communauté démembrée et scindée en deux histoires. D’un côté, les conflits politiques et ses guerres ; de l’autre côté, les interrogations sur ses actions et la tentation de l’anneau. Les deux livres ou parties qui constituent ce tome ont ainsi le mérite de ne pas se répéter. On a plus ou moins d’affinités avec un groiupe ou l’autre. Vous remarquerez que j’ai une préférence pour celui porteur de l’Anneau en Mordor. De par sa narration en points de vue multiples mais académiquement bien séparés, nous avons deux visions différentes de la même situation mais dans des contextes différents.

A part quelques passages à vide qui m’ont gênée, ne concernant pas les paysages étrangement, j’ai apprécié Les Deux Tours qui donne un grand coup de collier à l’intrigue et aborde des thèmes plus épiques et plus sombres que La Communauté de l’anneau. Chaque fin de partie vous fera retenir votre souffle car dans les deux cas, un objet va retenir l’attention d’un personnage et va le propulser sur le devant de la scène.

Titre : Les Deux Tours
Auteur : J.R.R. Tolkien
Nombre de pages : 596 pages.

Pour éviter de faire redondance avec la chronique du tome 1, je vous parlerai ici de mon ressenti de lecture, en hésitant pas à comparer avec le scénario du film.

Mon avis

J’ai revu l’adaptation cinématographique juste après avoir fini le roman. Même si elle a ses qualités, on s’éloigne de beaucoup de la structure narrative de l’œuvre de Tolkien, tout comme de ses idées. Non pas qu’elles n’y sont plus, mais elles sont présentées autrement à cause de l’interprétation supplémentaire de Jackson oçu pour des questions de rythme. Ce sont donc vraiment deux entités distinctes malgré les interconnexions qu’on peut y voir. Par exemple, il est évident que le scénario va mettre beaucoup l’accent sur la tension et l’angoisse. Ça monte crescendo et les personnages savent toujours où aller ou ont toujours quelqu’un pour les guider. Tout est bien carré. Dans le roman, bien au contraire, Tolkien fait en sorte que ses personnages se perdent aussi bien géographiquement que mentalement. Les descriptions des paysages sont nombreuses mais symbolisent les interrogations et les réflexions des personnages qui poursuivent un but qui perd de plus en plus de sa valeur. Au fur et à mesure qu’Aragorn, Gimli et Legolas avancent pour retrouver Pippin et Merriadoc, ils perdent leurs traces, sont de moins en moins sûrs d’eux et de la survie de leurs amis, etc. Même chose du côté de Samsagace et de Frodon qui doivent suivre Gollum pour pouvoir entrer en Mordor, mais qui une fois entrer dans Cirith Ungol ont de plus en plus de doutes sur la réussite de leur quête et s’interroge sur la vanité de leurs actions. Le temps du livre n’est pas celui de du film.

C’est pour cela qu’on peut y voir dans l’adaptation des Deux Tours une trahison du contenu de base de l’œuvre. C’est plutôt subtil car dans les deux cas, ce sont avant tout des œuvres de divertissement. Le film reprend des éléments qui existent comme le roman, comme l’action et l’aventure, mais l’étend à l’ensemble du film. Les personnages principaux poussent même Théoden à la guerre. Le livre laisse davantage place aux différences de rythmes et aurait été inadaptable en l’état. C’est ainsi qu’à sa lecture, on se rend compte que Tolkien essaie de changer d’ambiance par rapport aux événements récents de la fin de La Communauté de l’Anneau, plutôt que de lancer dans une poursuite épique qui dont vont découler naturellement tous les éléments de l’histoire. Il y a un temps pour la recherche, pour le questionnement dans le but de se reconstruire ou de recréer des alliances entre tribus, peuples et royaumes. On est plus face à une volonté de coalition pour obtenir la paix et de savoir accorder son pardon. Si guerre il y a, c’est dans le but d’obtenir la fin des combats entre régions de sa propre contrée ou celle des pays limitrophes.
Quelque chose m’intrigue d’ailleurs à propos de rythme. Le personnage de Langue-de-serpent n’a le même traitement dans le roman que dans le film, puisqu’il est censé échouer dans sa quête à alerter Saroumane. Mais dans le film, la réunion des Ents dure bien plus longtemps que dans le roman, non ? C’est quand même eux qui l’empêchent d’atteindre Orthanc. Langue-de-serpent a-t-il un Pégase pour aller si vite ?

En ce qui concerne la narration du roman, je suis un peu plus partagée. La partie avec Aragorn utilise les codes du récit médiéval : le retour de Gandalf, la libération de Théoden, sa marche sur l’ennemi, les récits de bataille au coin du feu, etc. Par moment, j’ai trouvé cette partie trop enfermée sur son carcan. On aurait très bien pu changer les noms des personnages par d’autres venant du monde arthurien, ça n’aurait pas plus choqué. Ca manque de peps, de vraisemblance. La partie avec Théoden m’est apparue régulièrement comme une coquille vide, le pire étant le récit de la bataille du Gouffre de Helm. Je vais peut-être en choquer certains qui trouvent cette bataille épique, mais on sent clairement que Tolkien l’a relatée comme s’il faisait sa liste de course. Il n’aime pas la guerre, ça sesent mais les batailles suivantes sont mieux narrées. Est-ce lié à son expérience de la bataille de la Somme ? Aucune idée. En tout cas, quand Pippin et Merriadoc raconte la bataille des Ents, on vibre réellement alors qu’on est à une échelle moindre.
Du côté de Frodon et Samsagace, l’intrigue y est plus subtile dans le roman que dans le film. Les relations entre les deux personnages évoluent plus lentement et naturellement. Frodon est plus méfiant et est davantage en accord avec son jardinier, ce qui m’apparait comme beaucoup plus logique que dans l’interprétation de Jackson. Par contre, Gollum est clairement plus travaillé dans le film que chez Tolkien. En tout cas, il est moins manichéen dans sa double personnalité et c’ets plutôt bien géré visuellement. On a plus de psychologie et on émet des doutes sur son avenir. Quand je lisais Les Deux Tours, il paraissait clair que le voyage avec ce guide allait mal finir si on lui faisait confiance. Et c’est avec surprise et délectation que j’ai lu les derniers chapitres. La personnalité de Samsagace explose et il devient enfin un personnage de l’importance qu’il lui convient.

Sur l’explication du titre, j’avoue y avoir longtemps réfléchi et l’auteur a tellement laissé de doute que ce n’est qu’à la fin du roman que l’appellation « les deux tours » a pris son sens, à mes yeux. Il y a plusieurs interprétations, mais je reste sur l’idée que titre = Orthanc et Cirith Ungol. Symboliquement, ça reste les deux tours autour desquelles vont se piloter les deux parties, même si ne s’en tenir qu’à cette interprétation donne un aspect très symétrique et pédagogique à l’écriture de Tolkien. Pourtant, Minas Tirith n’est pas assez longtemps au centre de l’intrigue pour que l’on puisse s’en souvenir à la lecture du titre une fois cette partie terminée. C’est encore une aventure à venir. Et pour Minas Morgul, l’association me paraît un peu trop simple. Pourquoi aurait-il mettre en titre une telle évidence ? C’est celle du film car visuellement, elle permet d’opposer les deux camps. Mais ce choix d’interprétation met de côté l’intrigue de Frodon et de Samsagace dans le livre. La menace de Sauron est toute proche, mais ils n’affrontent pas de front son armée et encore une fois la tour n’est qu’un but, pas une situation visitée.
Ensuite, chacun est maître de sa propre interprétation, mais j’avais envie de vous faire partager la mienne.

Notes sur l’édition

L’intégrale rouge de Pocket contient un nombre important de coquilles dans Les Deux Tours comme des virgules en fin de phrase, des points manquants, des fautes d’orthographe sur les noms des personnages, etc. La traduction m’a beaucoup moins transportée que dans La Communauté de l’Anneau, donc je me suis redirigée sur une édition anglaise. Le texte est vraiment accessible, je vous le conseille sans souci si vous avez un niveau moyen d’anglais. C’est beaucoup moins compliqué qu’un Rothfuss pour comparer. Vous n’avez pas de changement brutal de registre de langage, les personnages et l’intrigue sont connus dans leur ensemble grâce aux films. A part des lieux qui ont été traduits en français comme Fondcombe qui est Rivendell, aucun souci. L’on m’a dit un jour que The Lord of the Rings était lisible par un adolescent français de 14 ans, tant qu’il aimait l’anglais.

En bref

J’ai bien aimé ce roman, surtout l’histoire de Frodon et Samsagace qui m’avait énervée dans les films. L’intrigue d’Aragorn et les autres est elle aussi épique et fouillée, mais elle subit quelques affres des codes des récits médiévaux qui en font parfois une coquille vide. Les Deux Tours est un récit de réflexion, d’âmes égarées et de survie à lire. Les films ne vous donneront qu’un aperçu de ce qu’est le roman.

Note :

Aller plus loin ?

Retrouvez la chronique du tome 1 ici qui développe en 3 parties les thématiques importantes de la trilogie.

Cette lecture était prévue dans le cadre d’une LC (avec énormément de retard) de Melymelo.
Avis de mes co-lectrices :

Elle s’intègre aussi au challenge chefs-d’œuvre SFFF de Snow.

Lu dans le cadre du challenge ABC 2014

Un commentaire sur “Les Deux Tours de J.R.R. Tolkien

  1. C’est vrai que la partie avec Aragorn emprunte beaucoup de codes au récit médiéval et aux histoires contenu par le cycle arthurien. J’ai pris moins de plaisir aux parties de Frodon et Samsagace, ceci dit. C’était intelligent de proposer des chemins parallèles pour une intrigue et un but communs.

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