L’Arcane des épées, II, de Tad Williams

Après un début qui freine trop intensément l’intrigue et qui enlise le lecteur dans un style trop descriptif, cette deuxième intégrale de L’Arcane des épées nous propose une introspection plus poussée dans la vie des personnages et du royaume. Loin de hauts faits héroïques, on vacille plus vers un récit de survie où contes et légendes viennent déteindre sur le destin de tous, même jusqu’à celui qui peut nous paraître le plus insignifiant. Récit de transition qui tient bien son rôle en modifiant le rythme de la série, ce livre fera la joie de ceux qui ont aimé le premier tome mais qui trouvaient que tout restait un peu trop en surface ou trop dans le convenu. Quelques surprises à côté d’événements déjà vus viendront égayer le texte, qui se lit si bien que vous n’en décrocherez plus. Dense et complexes définissent bien ce livre. Hasard, trahison, amitié et quiproquos sont au rendez-vous.

Cette intégrale contient les tomes 4 à 6 VF et donc déborde un peu sur le contenu du tome 3 VO. L’intrigue du tome 2 VO se réduit à quelques 800 pages en VF. Les 400 pages supplémentaires font partie du tome 3 VO et viennent compléter les quelques 1200 pages l’intégrale 3 VF.

Titre VF : L’Arcane des épées, intégrale 2
Titre VO : The Stone of Farewell
Auteur : Tad Williams

Nombre de pages : 1209 pages (dont ~820 pages correspondent au 2e tome VO)
Nombre de tomes VF : 3 (2 premiers = 2e tome VO)

Mon avis

Difficile de parler de ce tome sans spoiler. Je ne m’attarderais peu, me concentrant essentiellement sur l’ambiance. Pour retrouver l’avis sur l’intégrale 1, c’est par ici.

L’ascendance que Tad Williams a pu avoir sur George R. R. Martin est moins présente dans ce tome, ou en tout cas moins visible. Ceux qui auraient pu être rebutés par une impression de déjà-vu dans l’intégrale 1 peuvent donc continuer leur route. C’est plutôt le phénomène inverse que vous pourrez ressentir par moment : l’empreinte de Tolkien est presque indélébile dans L’Arcane des épées : chansons, scènes symboliques, etc. On retrouvera néanmoins des scènes fortes qui marqueront la singularité de l’auteur : par exemple, l’ouverture du roman se fait par exemple sur un procès alors que Binabik a enfin retrouvé les siens. Les événements qui vont s’y dérouler vous feront vibrer parce que les personnages sont en danger. Même chose, plus tard, avec une scène très particulière dans un manoir de forêt qui n’est pas sans rappeler la maison d’Hänsel et Gretel.
Cela n’influence en rien la qualité de la narration du récit. Pas de fausse note et on est happés par le récit. Tad Williams a réussi son pari de nous servir un texte reprenant des jalons classiques issus de la fantasy ou du folklore, tout en y préservant une tension et une admiration pour la beauté des paysages désertiques ou la connaissance des civilisations. Fidèle à lui-même, ces passages ne sont pas si longs que ça et s’intègrent parfaitement au récit.
Là où le bât blesse, ce serait plus du côté du style. Il faut avouer qu’il est très mauvais en début de tome. Enchaîner l’intégrale 1 et l’intégrale 2 sans faire de pause pourra vous faire abandonner la saga. Les erreurs qu’il a pu faire dans son roman précédent sont toutes condensées dans les premiers chapitres. On sent une nette amélioration une fois passé entre le premier quart/tiers du livre, mais le style reste ni bon, ni mauvais mais facile d’accès. On sent nettement que l’auteur aime flirter avec le lyrisme pour donne rune dimension épique à la façon des poèmes des Anciens (les nôtres, pas ceux du livre).

Outre ce gros point noir, l’intrigue fait un grand bond quand on s’attendait à ce qu’elle s’enlise. Simon devient vite le centre du roman où les événements et les personnages cogitent. Il est en quelque sorte le personnage principal sans être un vrai héros et je trouve ça plutôt ingénieux pour l’époque. Passage à l’adolescence oblige, Simon essaie de trouver sa place et se comporte de moins en moins comme une « tête-creuse » malgré ce qu’il pense. Il essaie enfin de devenir quelqu’un. Ses actions auront un impact conséquent sans le vouloir. Ses rêves sont aussi indescriptibles que prémonitoires. Du moins, nous le pressentons puisqu’ils sont peu de lien avec l’histoire, pour le moment. Sa rencontre avec les Sithis va être décisive et va bouleverser aussi bien le destin du groupe de Josua que celui de Maegwin. Dans le même temps, il est incapable de s’aider ou d’aider les autres de lui-même. Très réaliste et une vision assez juste de l’âge qu’il représente.
Ici, vous retrouverez tous les personnages déjà vus dans la 1ère intégrale (exceptés ceux qui y sont morts, bien sûr) et en découvrirez quelques -ns. Loin de l’afflux des personnages que nous servent les romans de fantasy actuels qui prennent exemple sur les romans historiques, on sent que Tad Williams a essayé de garder le roman réaliste et cohérent avec son propos. Ici, nous nous plongeons dans une histoire de survie et de folie. On sent plus la rigueur des rapports des hommes entre eux que l’hiver qui brûle toutes les contrées. Le roman est plongé dans une ambiance noire, mais on oscille toujours entre désespoir et espoir, passant de l’un à l’autre sans trop de certitudes. Cependant, certains personnages continuent à manquer de développement : Sludig par exemple n’est décrit quasiment que dans ses interactions avec Simon ou Binabik. Peut-être était-ce pour éviter de faire doublon avec Isgrimnur ? Quelques passages liés à de nouveaux compagnons temporaires paraîtront faciles à discerner parce que obligatoires pour continuer l’aventure, mais on sent beaucoup moins les ficelles du récit quand le tome précédent.

Globalement, on sent une réelle avancée dans l’histoire et dans le travail de Tad Williams alors même que ce tome de transition pousse les personnages vers l’exode et la fuite de la quête initiale. Ce n’est pas qu’un simple voyage de plaisance que l’auteur se donne le luxe de faire, il y a une vraie réflexion tant sur les trajets que sur les interactions entre les différents peuples. Plus lent, mais plus intéressant. On remarquera aussi que certaines scènes sont décrites dans l’esthétisme de la fantasy dans les années 90. L’auteur protège l’intimité, ou se cache sous une pudeur diront certains, sans pour autant nous épargner la cruauté de la violence. Cela fait partie de l’atmosphère de ce roman.
Petit aperçu rapide, sachez que la fin ne conclut que sur une réussite qu’en demi-teinte. Tout est fait pour que le lecteur navigue entre récits épique et réaliste.

En bref

Très bon roman qui ralentit son intrigue au profit de la découverte plus approfondie de son monde et de ses personnages, au gré des fuites et d’exode forcées. Un début un peu difficile sur le style très lourd, mais la suite rattrape le tout et continue de nous envoûter. Malgré son rôle de transitions, ce tome est riche en rebondissements. Ne regardez pas les ingrédients, l’histoire fonctionne et n’a pas pris une ride. Nous sommes ici devant une utilisation intelligente et originale de contenus connus, sans tomber dans le cliché du mauvais récit de fantasy. C’est dense, complexe et épique.

Note :

Aller plus loin ?

De courts avis sur les réseaux sociaux :

Je vous conseille aussi la lecture du topic de L’Arcane des épées de Tad Williams sur elbakin. Vous y retrouverez, avis, débats et plus de précisions sur l’histoire si vous avez encore peur de vous lancer.

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