The Mists of Avalon de Marion Bradley Zimmer

The Mists of Avalon est un roman qui a subi un découpage en deux en français qui a donné Les Dames du Lac et Les Brumes d’Avalon. Un roman splendide, mais exigeant et dur. Plus on avance, plus le tragique éclate et vous écrase de tout son poids. On peut même l’entendre ricaner dans les interventions des personnages. Plus qu’un Dieu unique dans lequel se retrouveraient aussi bien les dieux païens et le dieu chrétien, c’est le Destin qui prend sa place. Ce livre est une histoire sur l’obéissance, le libre-arbitre et les jeux politiques. Nous revisitons la légende arthurienne du côté des femmes, en commençant par la vie d’Ygerne pour glisser vers d’autres personnages comme Viviane, puis Morgane, allant de génération en génération. Vous sentirez une véritable évolution des mentalités entre la première page et la dernière page. Amour, aventures, voyage, histoire, guerre et jeux dangereux vous attendront dans ces pages.

Les personnages évoluent à travers le temps et sur plusieurs générations différentes, au point de mettre plus en avant les hommes à la fin du roman qu’au début. Ceux que vous n’aimiez pas au début, vous les détesterez à la fin. Notre sentiment envers Morgane évolue aussi. Bref, on ne reste pas insensible mais le style lent, médiéval en sus de l’impossibilité de contrer le destin pèse et peut en arrêter certains.

Titre VO : The Mists of Avalon
Titre VF : Les Dames du Lac et Les Brumes d’Avalon
Auteur : Marion Bradley Zimmer

Nombre de pages : 876
Nombre de parties : 4

Ce qui correspond à Les Dames du Lac

C’est ma partie préférée parce qu’on découvre beaucoup de personnages et que je me suis attachée à quasiment tous. Excepté Guenièvre et Lancelot. Encore qu’à ce niveau-là, c’était plus de l’agacement lié à leur façon de penser et leur âge. Loin d’être les exemples parfaits, l’auteur a retourné tout le symbolisme de l’histoire. Morgane devient le personnage agréable parce qu’on suit l’histoire d’Avalon. Guenièvre représente l’aridité de la pensée chrétienne, inculquée aux jeunes filles qui ne connaissent rien du monde. Lancelot m’a paru un peu paumé et avait juste envie de goûter à la vie, peu importe avec qui. Guenièvre est vraiment le personnage qui recadre son caractère, mais qui va aussi le précipiter dans le malheur. Arthur m’est apparu comme un nouveau messie qu’on donnait à la foule. Il supporte sa femme et la honte qu’il lui fait subir, allant même jusqu’à lui proposer certaines astuces peu catholiques. Ygerne et Viviane, je les ai beaucoup aimées. On n’en sait peu sur elle comparativement aux personnages de la génération de Morgane, et pourtant elles nous apparaissent comme des bonnes mères. Ygerne est celle qui aura eu le plus de chance dans sa vie, après un début difficile. Ceci dit, son  premier mari est le plus ouvert d’esprit des chrétiens décrits dans cette partie du roman.

La langue est châtiée, mais fluide. Archaïsante parce que l’auteur a voulu recréer une ambiance de texte médiéval, son style n’en reste pas moins moderne. J’ai adoré trouvé dans la VO des mots français comme paramour, ça m’a tout de suite replongée dans les romans anonymes comme Floriant et Fleurette ou La Mort du roi Arthur. Même les noms collent au plus près de cette époque parce qu’ils sont celtiques. Vous retrouverez dans les pages des Gwydion / Arthur, Galahad / Lancelet, Gwenhyrfar pour Guenièvre, etc.
L’action est plutôt lente parce qu’on passe à travers plusieurs époques et différents caractères de personnages. Les ellipses temporelles sont généralement signalées par des « Morgaine speaks » ou en VF « Morgane parle ». L’histoire évite l’écueil du roman d’apprentissage en ne traitant pas du tout de façon précise l’éducation de Morgane sur l’île d’Avalon. A côté de ça, on vous offrira de beaux dialogues avec les alliances politiques et religieuses. J’ai trouvé cette façon de faire originale pour son époque. Elle tire vers le haut ses lecteurs pour les traiter comme des adultes, tout en leur faisant comprendre que les enfants devront grandir trop vite.  Se dire que l’avenir du royaume repose sur les épaules de jeunes de 17 ans au couronnement d’Arthur, ça fait peur !

La fin de cette partie est un coup de théâtre et un sursaut dans les mœurs pour le lecteur. D’autant plus que la cour d’Arthur se christianise de plus en plus, donc on ne s’attend pas à ce genre d’événement. Après la surprise, j’ai trouvé ça logique de la part de l’auteur. Nous venons d’avoir plusieurs pages sur les rites d’Avalon, nous avons vu l’alliance de la Déesse et du Horned One dans les circonstances que le lecteur connaît, à quoi pouvait-on s’attendre d’autre ? Elle va dans les extrêmes pour montrer que derrière les figures de saint se cachent aussi le vice. Personne n’en ressortira indemne de cette histoire.

Ce qui correspond à Les Brumes d’Avalon

Cette partie du roman est la plus noire et aussi la plus difficile à lire. Je n’ai pas comparé avec la VF, mais le poche fait ~350p et la VO fait ~450 pages. Il m’a fallu faire une pause avant de reprendre ma lecture malgré le changement de décor. Cette partie invite au renouveau : du sang neuf et une nouvelle tournure au destin. Morgane n’est plus maîtresse d’elle-même. Trop longtemps éloignée d’Avalon, Viviane a dû choisir une autre descendante de la Dame du Lac pour lui succéder. Trop jeune, avec des pouvoirs moins développés et devant des personnages qui ont naturellement beaucoup de charisme, elle vacille entre ses décisions propres et celles influencées. Viviane et Taliesin ne sont plus là pour protéger les errances de Morgane, elle doit choisir.
La deuxième partie du roman est vraiment très lente. Le début annonçait beaucoup d’actions : une intervention malsaine de Méléagant, un changement de perception sur les personnages, Morgane qui joue sur le destin de ses amis, le remplacement du Merlin et de la Dame du Lac, etc. Mais très vite on est enfermé dans la léthargie du personnage principal et on attend. La fin a été une véritable torture pour moi, même si elle reste épique. La quête du Graal est très vite expédiée, c’est dommage. Néanmoins, cette partie peut être vue comme une fresque historique : le monde d’Avalon n’aura plus jamais la même influence et on se dirige de plus en plus vers une vision de la vie sans magie.

Le christianisme a gagné et pour Morgane, cette religion ne laisse aucune place à l’amour. Sans manichéisme mais par une composition chiadée de personnages, on découvre un côté trop rigide à ce monothéisme voire intolérant. C’est pour cela que je n’ai jamais apprécié Guenièvre. Elle passe son temps à hurler comme une enfant que les autres ont péché, alors qu’elle-même l’a fait. Mais attention, elle s’est repentie ! Vraiment ? Il y a pourtant un événement qu’elle cache aux prêtres et un autre au roi. Elle se sent si faible face au charisme et l’amour fraternel entre Arthur et Morgane qu’elle torture son époux pour crier victoire. Quitte à ce que finalement, le résultat ne soit pas celui qu’elle attendait.
Je pensais qu’Arthur était vraiment le grand martyre du roman, mais en fait c’est davantage Gwydion, ou aussi appelé Mordred. Complexe et arrive en fin du temps du roman, il fait avancer les choses et supporte tous les choix des personnages influencés par leur volonté ou leur destin. Voir l’histoire par son prisme rend les autres égoïstes et diaboliques. Malheureusement, je l’ai peu apprécié parce qu’il arrive très tard et est moins travaillé que ses ainés hommes.

Notes sur la VF

Les choix de l’éditeur (car je ne pense pas que ça soit un choix de la traductrice, vu que les tomes suivants ne pas suivis par elle et ont le même souci) ont massacré la traduction. Certes, vous y retrouverez la même ambiance, mais les passages politiques seront zappés pour la plupart, des chapitres entiers ont été retirés (notamment deux chapitres sur la route que fait Guenièvre entre le couvent où Ygerne meurt et le château d’Arthur) ou alors fusionnés (le dernier chapitres des Dames du Lac correspond est originellement 2 chapitres distincts plus longs). La patte du traducteur se sent aussi dans certains passages, rendant le texte encore plus mélancolique et mièvre que l’original.
Attention, devant un tel charcutage, j’admire quand même le travail de la traductrice qui a essayé de rendre cohérent le texte, malgré le fait que certaines ellipses temporelles prennent de court. C’est un travail de titan que d’adapter un texte en plus de le traduire.

Bref, si vous êtes anglophone, achetez l’ebook, trouvez le paperback, offrez-vous le hardcover, mais ayez accès au texte original.

En bref

Un incontournable de la fantasy. Marion Bradley Zimmer ne fait pas que revisiter, elle réécrit la légende. Un travail d’excellente qualité qui nous ouvre les yeux sur nos textes médiévaux qui sont bourrés de christianisme. Morgane n’est pas un double du Mal ici. La quête du Graal ? On s’en occupe très peu, tout est politique. Nous sommes presque face à une vision historique, si ce n’est que la magie est belle et bien présente et sert les intérêts de tout le monde. L’entité du Destin n’est comprise que par les personnages une fois l’âge mûr atteint, quand leur vie s’est déjà jouée. La langue y est recherchée et n’hésite pas à utiliser des termes du Moyen-âge ou des noms celtiques pour désigner personnages ou lieux. On a une véritable immersion dans l’époque que l’auteur nous décrit et on se rend compte à quel point la langue anglaise est riche !

Même si j’ai beaucoup aimé cet affrontement religieux, culturel et de personnalités, je ne pense pas continuer le cycle. Il y a beaucoup trop de pression du destin. La dernière partie VO, The Prisoner in the Oak, en est apex.
A lire si vous aimez les combats entre religion païenne et religion chrétienne parce qu’un œil neuf est posé : le christianisme est loin d’y être la philosophie du pardon.

Note :

Aller plus loin ?

Les avis des blogueuses de la LC :

Lecture faite dans le cadre du challenge ABC et de la lecture commune de Guenièvre.

3 commentaires sur “The Mists of Avalon de Marion Bradley Zimmer

  1. Totalement d’accord avec toi pour Guenièvre, une tête à claques ! (J’ai écrit à peu près la même phrase dans mon article au sujet de sa religion et de ses pêchés…)

    Je suis contente qu’on se recentre un peu plus sur les personnages masculins dans le tome 2 car j’avais l’impression de commencer à tourner en rond autour de Morgane et Guenièvre.
    Par contre, on apprend au détour d’une phrase que l’infertilité de Guenièvre n’est pas si surprenante que ça et puis, après, plus rien ! J’aurais aimé qu’on en parle plus.

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    1. Oui ça redonne un second souffle au cycle et puis ça remet aussi un peu en contexte. Les hommes aussi ont des sentiments « xD

      Dans la VO, on en apprend pas plus sur l’infertilité. Donc peut-être que ça sera développée dans d’autres romans du cycle ? Ou alors ça cassait le rythme magie/religion ? Un peu bizarre là-dessus.

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  2. Pauvre pauvre Guenièvre, complètement incomprise! 😛
    Merci beaucoup de ta participation à la LC Anassete, ta chronique est très agréable à lire et nous avons pas mal d’idées en commun.
    Le poids du destin m’a moins choquée dans le second tome que dans le premier, je pense que les mauvais choix ont déjà été faits, et il s’agit de les assumer, ici. Je suis d’accord que certaines choses sont passées trop rapidement. Peut être que cette impression aurait été moins forte si j’avais lu la VO…
    Comme j’ai bien l’intention de lire le 3e tome, je te dirai ce que j’en ai pensé! 😉

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