Lumière sur… The Farseer Trilogy

  

Ou histoire d’une relecture. Mon premier essai remonte à mes premières années fac, à jongler entre les 15 livres du semestre et Robin pour m’évader vers un univers que j’avais vraiment envie de découvrir. Tout de suite happée par un univers fantasy qui apparaît loin de l’histoire canon habituelle, je me suis vite identifiée à Fitz, le jeune bâtard de Chevalerie Loinvoyant dans sa quête d’identité au milieu d’intrigues familiales, politiques et surtout sous le joug d’un destin mené par la main du roi Subtil qui empêche Fitz de vivre sa vie comme il l’entend. Car en échange de sa vie et de son éducation, le jeune héros recueilli par Burrich, le palefrenier de son père, devra devenir l’assassin royal de la famille qui règne sur les Six-Duchés.
The Farseer Trilogy, donc la première époque du cycle de L’Assassin Royal, est une longue quête initiatique sur l’identité, notre rapport aux autres gens et à notre environnement et vers un retour aux sources de la magie qui ne vit que par des formes atténuées telles que le Vif ou l’Art. Très accessible pour tout lecteur non habitué à la fantasy car très réaliste et avec un fonds qui ressemble presque à des Mémoires sur la vie du royaume des Six-Duchés.

Titre VO : The Farseer Trilogy
Titre VF : L’Assassin royal (première époque) // La Citadelle des ombres (première époque)
Auteur : Robin Hobb

Nombre de tomes VO : 3
Nombre de tomes VF : 6 premiers tomes poche // 2 intégrales

Éditions numériques choisies : Harper Voyager
Nombre de pages total indiqué VO : 2070 pages

En résumé

– Fitz, un héros tourmenté qui n’est qu’un jouet –

Fitz apprendra sa propre décision de tuer ou ne pas tuer ses plus grands ennemis qu’à la fin de la trilogie. C’est son, choix qui va faire de lui ce qu’il est réellement. Avant cela, le jeune garçon sera le jouet des adultes qui l’ont éduqué trop jeune à devenir un assassin. Le premier à le regretter sera Subtil, l’homme le plus sage à mon sens de la saga. Jouet des adultes, mais aussi jouet du destin : une prophétie court sur lui. Serait-il le Catalyseur ? Le Fou le fait sous-entendre et bien qu’au début on ignore un peu cette mise en garde, elle prend toute sa force dans le dernier tome de la trilogie sans jamais tomber dans le cliché.
Pour l’éviter, Hobb a voulu un anti-héros plus anti que les autres. Il ne croit pas en lui, les autres le maintiennent en laisse, il est incapable d’être un homme face à certaines situations. On a détruit très tôt son esprit d’initiative et du coup il se débat avec se spropres armes qui passent soit pour puérils, soit pour ennuyeuses. En cela, Fitz défend très bien l’image de l’adolescent introverti et on s’attache facilement à lui.

– Des ennemis de l’intérieur –

Le pire des malheurs n’est pas d’affronter ceux qui attaquent de l’extérieur, mais ceux qui le font de l’intérieur. La narration de Fitz alterne deux points de vue : l’omniscience dans ses remarques général sur l’Art, le Vif ou la situation de Castelcerf, en début de chapitre et avec l’aventure de son point de vue. Plus on avance, plus on se sent oppressé : d’abord les adultes et la famille, puis le château en hiver et enfin le devoir. Ce côté « il faut faire ce qui doit être fait » se ressent partout dans l’univers de Hobb (prénoms, coutumes, lieux, etc), mais plus encore dans le dernier tome. Le destin s’acharne sur la famille des Longvoyant qui, par un jeu de mots, ne voient pas ce qui se trame dans leurs propres rangs.
Les romans sont donc davantage tournés vers la mutinerie interne des clans de l’Art, des intrigues de cour et des meurtres orchestrés pour destituer les personnages importants de Castelcerf. Pour sauver tout ce petit monde, on demande à un enfant (devenu ado et adulte plus tard) de mettre de l’ordre en tuant froidement puis on reviendra sur lui pour lui dire que penser autrement qu’eux est mal et digne du jugement d’un petit enfant. Fitz apporte un recul que les adultes n’ont pas et c’est parce que personne n’a voulu l’écouter que le château de cartes va s’effondrer.

– Un récit au rythme de la vie –

Robin Hobb a écrit sa trilogie un peu à l’ancienne. On ne sait pas trop où vont les héros, on a l’impression de se balader avant d’arriver à un point crucial. C’est un point de vue qui se défend quand on compare à des cycles plus récents comme Fils-des-brumes ou le Trône de fer. Dans The Farseer’s Trilogy, c’est quand même plutôt bien travaillé et adapté à la vie d’un adolescent dans un château, obligé de suivre l’étiquette et son devoir d’assassin. Les hivers sont très longs, l’action est lente et l’auteur vient vous réveiller de temps en temps en vous mettant de la tension pour vous abandonner à votre monotonie. Ce schéma est surtout très visible dans le tome 2, sinon la lenteur s’adapte à l’action générale. Le tome 1 laisse la place à l’exposition en vous offrant des scènes très marquantes dans le dernier tiers. Le tome 3 est plus une escalade de la tension qu’un véritable lenteur qui vous fait hiberner.
Ce postulat permet aussi à l’auteur de travailler en profondeur ses personnages. Tous évoluent au contact des événements et ne reste pas une image figée des rôles archétypaux de fantasy. Vérité, par exemple, qui nous apparait comme un prince très droit nous montrera ses faiblesses plus tard. Kettricken est un peu le pendant de Fitz mais en convertie du devoir. On la trouve donc attachante malgré la tournure qu’ont pris les événements au début de l’histoire. Burrich et Molly font partie des plus développés et chiadés. Ils vous apporteront leur lot de surprises.

Mon ressenti de relecture dans

Le tome 1

Un tome très introductif qui nous en dit long sur l’aspect contemplatif et réaliste du récit. Beaucoup disent que si on n’a pas aimé ce livre, il faut quand même persister pour lire les suivants. A moins d’avoir été enchanté par la plume et l’atmosphère que Robin Hobb crée, l’apitoiement de Fitz fera fuir ceux qui resteront sur le porche du monde de Hobb. Et encore, je trouve que dans ce tome-ci, on découvre un jeune garçon pour qui la vie n’a pas été facile, qui suit les ordres qu’on lui indique mai qui arrive à faire preuve de discernement et à profiter de la situation pour s’épanouir.
Les personnages sont peu nombreux par rapport à d’autres récits fantasy, mais complexes et entiers. J’ai particulièrement apprécié le développement de Burrich, père adoptif par extension de Fitz. Patience est un personnage ambivalent et étonnant qui sera moins développé par la suite, mais qui mérite l’attention du lecteur. Le fait d’en travailler un nombre réduit accentue l’impression de confinement dans un château. Nous aurons de belles descriptions des balades et chasses au dehors pour balancer avec cela, ne vous inquiétez pas. The Assassin Apprentice pose les bases d’une histoire d’une jeune bâtard qui n’a d’autre choix que de devenir l’assassin du roi s’il ne veut pas mourir. Cette mélancolie est ponctuée de différents quêtes d’initiation, notamment celle de l’amitié avec les animaux et sa découverte du Vif (Wit en VO), sans oublier l’apprentissage forcée de l’Art (Skill en VO) ou du métier d’assassin en alternance avec celui de page, de scribe ou encore de palefrenier.
Mon seul reproche sera d’avoir un peu tendance à trop calquer sur le rythme de la vie réelle. Quand un malheur survient, il n’arrive jamais seul. Mais quand rien ne se passe, c’est le calme plat. La deuxième partie du tome amènera les débuts de la véritable intrigue.

Le tome 2

Une lecture un poil moins enthousiaste que ma première fois. Il y a beaucoup de vides et de remises en question dans cette histoire. On attend, on ne sait pas quoi mais on attend. L’intrigue avance par petits bouts et donne sans cesse l’impression de ne pas pouvoir avancer. Les personnages, dont les nouveaux (re)mis en scène, ont les mains liées par Royal. Seul Oeil-de-Nuit fait figure de personnage en dehors du temps, et pour cause il m’est apparu comme une extension des sentiments primaires de Fitz que comme un personnage à art entière. Son caractère n’est pas assez développé, mais il aide le héros à se recentrer et lui sauve toujours la mise. Car la tension et la trahison sont aux portes de Castelcerf, sinueuse et sifflante comme un serpent. Un simple fils d’un deuxième mariage arrive à rendre fou son père roi, devenu malade à cause d’une ancienne blessure, à coups de poisons et autres drogues odorantes et à faire tanguer le navire qu’est le royaume des Six-Duchés. Les souverains en devenir ne sont que des seconds qui ont besoin de confiance en eux et d’actes retentissants pour les revaloriser et faire pencher la balance. Avant cette relecture, les événements étaient un peu classés dans n’importe quel ordre. J’espère donc que la suite des aventures nous proposera un beau revirement de situation.
Du côté de Fitz, c’est devenu encore plus long : entre ses réflexions sur son véritable amour et son devenir en tant que bâtard ou que Fitz, on en oublierait presque qu’il est l’assassin du roi. Hobb justifie son titre Royal Assassin en traitant la part non active du métier : où est le bien et le mal ? Jusqu’où peut-on aller pour son roi ? Peut-on se faire justice si c’est pour la bonne cause du royaume ? Ce tome est un récit d’errance pour notre héros qui a des journées interminables et autant de métiers qu’un intérimaire de notre siècle.
De nouveaux éléments sont mis en place tout doucement pour préparer le 3e tome. Le pouvoir de Royal s’étend, la quête des Anciens prend une place à part et la guerre contre les Outislanders et leurs Red Ships (je ne retrouve plus le terme VF). Des légendes prennent peu à peu forme et lancent une ombre tragique sur l’histoire. Le lecteur de La Cité des Anciens retrouvera avec allégresse des références au cycle dès ce tome-ci ! Hobb arrive aussi à nous sortir de l’engourdissement de l’hiver de la première partie en dévoilant des spoilers intéressants sur les relations entre les personnages et continue ainsi de les développer même s’ils ne sont pas en action sous nos yeux. Le Fou prend une place de plus en plus importante, tous les lecteurs le remarqueront à loisir.

Le tome 3

Les personnages sont développés à fond et ça, j’aime. Assassin’s Quest nous offre un Fitz qui a enfin le droit de réfléchir seul, même si le destin le rattrape vite. Oeil-de-Nuit devient un personnage à part entière avec ses propres émotions et ses propres liens avec les autres. De nouvelles têtes viennent remplacer les anciennes et ont un background intéressant. Caudron devient peut-être un peu terne sur la fin, et apparaît vraiment comme un outil narratif plus que un caractère à part entière. J’ai eu aussi beaucoup de mal avec Astérie et même si après avoir refermé le tome on ne peut pas garder le même avis sur elle tout du long, je garde pour elle un ressentiment parce qu’elle n’est pas plus adulte que Fitz à jouer les petites filles dans la cour de récré parce que tout le monde n’est pas à ses pieds. De manière générale, les femmes que Fitz attire sont très opportunistes, Molly y compris. Du côté des méchants, Royal devient plus machiavélique, mais attendez la fin pour changer votre avis sur lui. les révélations se feront aussi sur la nature l’Art et sa concrétisation mentale, son lien avec les Anciens, mais aussi les véritables effets de l’elfbark sur les gens, artiseurs ou non-artiseurs. Des indices sont déjà donnés pour une possible autre trilogie sur un autre sujet, mais ils relèvent pour le moment que du décor.
J’ai trouvé l’ensemble mieux rythmé que les tomes précédents mais néanmoins plus long. Robin Hobb vous fait croire que c’est la fin, mais non non attendez y a ça et ça qui arrive ! J’ai peut-être été un peu déçu sur le rôle des Red ships et j’espère que les deux trilogies suivantes les développeront un peu plus. Le passage sur la route d’ l’art m’a beaucoup rappelé La Horde du Contrevent pour sin principe où il faut affronter un ennemi invisible pour arriver à l’origine… Le comparaison s’arrête là car Fitz doit à nouveau l’affronter seul, car ses alliés ne sont pas des artiseurs.
Difficile de donner son ressenti sur ce tome sans rien spoiler, donc je dirai que c’est un tome de remise en question active, où le destin met tout sur le chemin de Fitz pour l’empêcher d’avoir sa propre vie. Pourtant, il arrive enfin à décider par lui-même de ses actions. Libéré de sa vie passée pendant un temps, il doit faire des choix seul. De retour devant sa destinée d’assassin royal, il essaie malgré tout d’avoir ses passions et sa personnalité. J’ai juste été parfois excédée de voir que les adultes faisaient exprès d’infantiliser le héros et ensuite de lui renvoyer la faute. Aucun d’entre eux ne l’a pris pour un adulte, et c’est peut-être ça le cœur du problème… Fitz a bien plus évolué dans ce tome (tant sur la réalité de sa situation d’assassin que sur ses relations avec les personnages comme Molly, Vérité ou encore Umbre ou le Fou) que dans le reste de la saga. On se retrouve alors du côté de Fitz même si les adultes nous parlent de sacrifice nécessaire, sans passion et sans envie.
On quitte cette trilogie est nostalgie et on regrette presque d’avoir pensé « c’est trop long ».

En très bref

Je n’ai pas parlé du style de l’auteur car c’est plus par son univers et la façon de narrer les événements qu’on déniche sa singularité. J’ai eu l’impression que son style d’écriture n’était pas si étonnant. Pour avoir lu d’autres romans VO après ceux-ci, je pense que le souci vient plus de mon passé de francophone dont la syntaxe y est plus complexe que dans un anglais américain courant. Il y a des mots de vocabulaire qui viennent colorer l’ambiance, mais quand je l’avais lu en VF j’avais l’impression que son style se fondait facilement dans le style de la langue française. Donc c’est un ressenti à prendre avec des pincettes car je n’ai pas assez de matériaux américains de la même époque pour comparer.
Sinon, en clair : on aime ou on n’aime pas. Pas de demi-mesure. Si vous aimez les héros torturés, qui évoluent et qui finissent par avoir ce qu’ils veulent quitte à en payer un gros prix, lancez-vous ! D’autant plus que vous n’êtes pas obligés de lire la seconde trilogie si finalement ça ne vous tente pas plus. De plus, la présence de la magie est assez réaliste pour qu’un non lecteur de fantasy puisse y poser ses pantoufles.

Note :

Aller plus loin ?

Pour avoir des résumés de chaque tome dans le découpage VF, je vous invite à suivre la lecture commune hobbesque de trois blogueuses : Acr0, Olya et Eirylis.

Liste des participants au challenge Robin Hobb : HelranSalhunaCerisiaPolgaraliseuse66 – Amare95 – et bien sûr Gloomy-Story

Trilogie lue dans le cadre des challenges numérique et Robin Hobb.

4 commentaires sur “Lumière sur… The Farseer Trilogy

  1. Heureuse de lire que, finalement, la saga aura su te parler – il aura fallu le temps pour s’y remettre et pour tout (re)lire mais il semblerait que tu veuilles poursuivre l’aventure, non sans un certain enthousiasme. Et je crois me souvenir avoir aimé davantage encore la deuxième trilogie; j’attends d’avoir ton avis sur le sujet dans les mois qui viennent !
    (Une relecture ne me ferait pas de mal non plus)

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    1. C’est prévu ! J’ai l’intention de lire toute la saga avant la fin de l’année, les ADLM compris 😉

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Les commentaires sont fermés.

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