Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

Le Nom du Vent est très sympathique à lire et on est vite porté par l’histoire et le style. Je le conseillerai volontiers à un lecteur non fantasy qui veut entrer dans le genre par une autre porte que la violence des faits historiques du Trône de fer ou que par les classiques du genre avec elfes et compagnie. Ici, on suit un jeune garçon à travers les âges depuis son enfance dans une troupe de saltimbanques à son ascension  vers l’Université avant de devenir assassin. Dans ce tome-ci, on s’attache plus à l’aspect pré-légende à travers deux axes narratifs : d’un côté le présent avec un héros devenu un simple homme tavernier, de l’autre côté un garçon qui perd famille et stabilité quand les Chandrians viennent tuer sa famille. Il doit s’en sortir dans différentes villes avant d’obtenir le sésame de l’Université dont Abenthy le mage lui parlait si souvent. La fin du roman apporte une touche épique et une réflexion sur la perception des gens sur une histoire.

J’ai fait cette relecture pour en tirer un avis plus positif que mon billet précédent sur le sujet.

Titre VO : The Name of the Wind
Titre VF : Le Nom du Vent
Auteur : Patrick Rothfuss

Édition numérique : Daw Books
Nombre de pages indiqué : 736
Nombre de chapitres : 93

Mon avis

Ici je ne vous parlerai pas de la traduction française parce que je n’y ai jamais eu accès. Sachez que l’ensemble de l’œuvre est tournée vers l’errance et ce sous toutes ses formes. La musique est le point d’entrée pour les lecteurs non fantasy, qui sera lui-même un point central pour toute la trilogie. Attention, le chapitrage y est plus fragmenté que dans les oeuvres habituelles de fantasy mais vous aurez peut-être du mal à le picorer plutôt qu’à le lire sur la longue durée.

Toute ma lecture du cycle se fera en VO jusqu’au jour où l’édition poche sortira en France. Pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure par manque de place ou par envie de comparer avec le travail de Colette Carrière, sachez qu’il y a deux niveaux de langage dans ce livre. Les parties dans le présent sont celles qui m’ont donné le plus de fil à retordre. On a un chapitre introductif qui se répète en début et fin de chaque livre et qui est plutôt abstrait. Ensuite, on entre dans le vif du sujet, mais la syntaxe est plus synthétique et le niveau de langue plus relâché. Un peu de visionnage VO des films et des séries vous aidera à mieux rentrer dans le moule. Pour la partie au passé, aucun souci le niveau de langage est courant même si la syntaxe est plus ramassée que celle de Robin Hobb. Le style n’est reste pas moins simple, percutant et lyrique. Chaque mot fait musique donc vous n’aurez pas du tout l’impression de lire un texte sans goût.
De ce fait l’ambiance de conte ou de légende est très bien retranscrit et on est très happé dans cet autre monde qui pourrait ressembler au nôtre, si ce n’est qu’il est médiéval. D’ailleurs, le premier tome est très lié à la nature et à l’état sauvage. Malgré la rectitude du génie de Kvothe, il y a toujours un besoin de retourner aux origines du pourquoi. Le jeune garçon est tiraillé par son présent d’étudiant avide de connaissances et la nostalgie du passé à travers sa musique et ses recherches sur les meurtriers de ses parents. Sur le site de l’auteur, à l’occasion de la sortie du tome 2, on retrouve un strip qui explique ce qui s’est passé dans le tome 1 sous forme de pièce de théâtre ambulante. C’est tout à fait l’ambiance de tome.

L’intrigue et les personnages de leur côté sont classiques. C’est le traitement de l’histoire dans les yeux et la bouche de Kvothe qui change tout. On est vite porté par son histoire et on veut savoir comment un jeune musicien et acteur d’une troupe de saltimbanques a réussi à devenir un assassin. Cette journée est focalisée sur son chemin entre l’incident déclencheur de l’aventure et ses études à l’Université.
La musique n’est pas détaillée de façon scientifique comme l’est la magie. C’est une interlude très poétique où Kvothe semble analyser le monde différemment, comme une porte ouverte sur un jardin secret qui lui permettrait de mieux s’exprimer à travers des mots abstraits. EN plus ce petit est doué, il a appris à jouer du luth de bien des manières (cf. le texte pour en savoir plus).
Au-delà de l’histoire du héros présenté comme un homme, vous découvrirez aussi deux systèmes de magie. Le premier est The Sympathy qui séduira les esprits scientifiques et alchimistes. Il s’agit toujours de faire passer un concept d’un point A par un point B à partir d’un combustible. Attention, vous verrez qu’il existe différentes variantes de cette magie et Kvothe va y goûter très tôt avec Abenthy. La deuxième magie sera plus familière au lecteur (surtout pour les lecteurs d’Ursula Le Guin) car il s’agit de connaître le véritable nom d’un objet ou d’un concept pour l’utiliser. Cette partie est abordée en deuxième partie du livre voire la fin du livre donc je n’en dirai pas plus pour que vous découvriez le fonctionnement par vous-mêmes. Disons que d’un coté vous avez une vision très pragmatique et scientifique de la magie et de l’autre plus philosophique. C’est un peu la différence entre l’étudiant et le chercheur.

Malgré toutes ces bonnes qualités, il y a certains défauts qu’un lecteur attentif relèvera : les personnages secondaires ont peu de corps jusqu’au dernier tiers du livre. Surtout que certains sont enfermés dans l’archétype qu’ils représentent. Simmon est celui qui s’ouvre le plus à nous et qui essaie d’évoluer de lui-même. J’ai eu moins de mal avec Ambrose là-dessus, si ce n’est qu’il n’a pas un arrière-plan psychologique assez chiadé pour le moment. Il laisse un goût amer en bouche parce qu’il est juste méchant.
Pour le personnage de Kvothe en lui-même, j’ai eu des hauts et des bas avec lui à cause de son caractère. C’est un génie et il le sait. Un peu trop même. J’ai bien eu envie de lui mettre des baffes quand il était à l’Université pour lui apprendre la patience (d’autant plus qu’il arrive à s’en sortir niveau argent). Il est très imbu de sa personne sur ses connaissances et il se demande pourquoi il a toujours des accrochages avec Ambrose… Dans le même temps, sa relation avec Denna et les autres personnages féminins le change et montre une autre facette de son caractère.

L’intrigue a quelques longueurs qui sont la patte de l’auteur. Rien de très méchant comparé à d’autres cycles, mais il est vrai qu’au bout d’un moment, on se demande pourquoi Kvothe stagne sans avancer alors qu’il est question de venger ses parents. Une fois que vous aurez lu tout le tome, vous comprendrez que l’histoire racontée est influencée par les humeurs du Kvothe présent. C’est d’ailleurs dans cette partir que j’ai compris où voulait en venir l’auteur car un événement va amener plusieurs personnages à décrire Kvothe le légendaire de différentes manières et de façon beaucoup plus ramassée.

Un mot sur l’édition

La fonction X-Ray d’Amazon permet de mieux situer les personnages si vous avez du mal avec la quantité de noms. Elle vous donne aussi un résumé de qui est la personne et vous montre à quels endroits elle est citée. Très pratique si vous avez peur de ne pas tout comprendre.
Je n’ai vu qu’une coquille sur un mot. Elle était aussi présente sur la version papier, sinon je ne suis pas assez douée en anglais pour dire plus !

En bref

Un roman qui a donc éveillé ma curiosité pour son univers et son concept de magie et qui me donne bien envie de lire la suite malgré tous les défauts que j’ai pu dire. Axé sur les origines, vous aurez accès à l’errance d’un personnage qui se cherche avant de devenir la légende qu’il est devenu dans la bouche des autres. Il s’agit d’un premier roman, rappelons-le, donc vous aurez des faiblesses sur certains points. Ca se lit bien et la fin du roman relève le tout. Il faut juste ne pas décrocher et voir Le Nom du Vent comme une quête proche du modèle de vie qu’on a que comme un destin tout tracé. En tout cas, à la fin j’ai acheté ce livre et sa suite en papier.

Note :

Aller plus loin ?

Deux avis aux ressentis différents :

  • moins formel et très enthousiaste chez Livrement qui met bien en avant les qualités du livre
  • sympa mais plus mitigé avec Nanet

Si vous avez aimé l’errance du personnage dans un monde à l’atmosphère enchantée, vous aimerez aussi ce webcomic : Univ’Erre de La Carpette.

Lecture faite dans le cadre du E-challenge, passons au numérique.

2 commentaires sur “Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

  1. Tiens, je ne me souvenais pas qu’il contenait autant de chapitres 🙂 Je ne lis pas en anglais alors c’est plutôt difficile de voir le rapprochement avec Hobb (quoique je conçois très bien ce que tu en dis). La traduction VF est bien léchée, j’ai apprécié. C’est vrai que les personnages secondaires sont plutôt laissés en arrière-plan, l’auteur se concentre vraiment sur Kvothe. J’espère que tu n’auras pas l’impression sur le tome 2 qu’il stagne encore :/ C’est vrai que l’auteur prend son temps pour raconter et on se demande s’il aura le temps de « tout faire ». Par contre, je n’ai pas souvenir de m’avoir mélangé les pinceaux avec les noms.

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    1. Oui j’ai entendu beaucoup de bien de la traduction, mais les finances ne suivent pas pour le moment donc je ferai une relecture en VF plus tard !
      Dans les premières pages du tome 2, j’ai senti que l’auteur développait vraiment tout au même niveau maintenant qu’on connaît Kvothe t c’est une belle surprise !
      Nope je me suis mélangée au début parce que j’ai direct le texte en anglais sans connaître réellement le pitch en français. Et j’avais tellement peur de ne pas comprendre les concepts de l’auteur (ex : la magie et la description de la musique) que je ne me focalisais pas assez sur les noms. J’pense qu’en VF je n’aurais pas eu ce souci x)

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