Chien du heaume suivi de Mordre le bouclier de Niogret

niogret_chien3Tourner autour du pot ne sert à rien et Chien du heaume ou, mieux, Mordre le bouclier vous l’apprendront si la chanson de geste ne vous est pas familière. Créer autant d’images, de caractères et autant de visions d’un même univers en si peu de mots est un beau coup de maître.

Ce n’est pas l’étalage de la violence de ce diptyque qui m’a le plus intéressé même si elle est omniprésente. Pour cela, il suffit de lire du Martin et de voir avec quel dépit l’auteur n’aime pas ses personnages. C’est plus le destin de personnes du quotidien, ou de simples soldats, qui se retrouvent d’un coup propulsés au rang de héros. Encore plus si c’est une femme au Moyen-âge. Même si l’univers de Justine Niogret est rude, âpre et ne permet aucune concession, l’auteure et le lecteur s’attachent à cette femme mercenaire car elle nous apparaît comme profondément humaine. Ces tex tes sont davantage des fables que des sagas et par la brièveté des récits, l’auteure essaie de nous donner des pistes de réflexion et s’engage dans ses propres combats.

Chien du heaume fait donc partie de ces romans rappelant les chansons de geste d’avant la fin’amor. Pas d’intrigue politique mais plutôt la construction d’une ambiance et d’une identité pour le personnage sans nom. Mordre le bouclier nous fait découvrir une mercenaire ignorante du monde extérieur et nous pousse hors de la fable pour mieux nous y remettre.

Titre : Chien du heaume suivi de Mordre le bouclier
Auteure : Justine Niogret
Nombre de récits : 2 et 2 lexiques au style de l’auteure
Nombre de pages : 383 pages

Résumé de Chien du heaume

Chien du heaume n’en porte pas que le nom. En Haut Moyen-âge, une mercenaire vend son bras à qui le souhaite, est d’une loyauté sans borne envers qui elle voit un ami ou un chef, et n’a pourtant n’a connu que la violence des combats depuis sa jeunesse. Laide, charnue mais musclée et la peau trop calleuse pour la caresse du cuir ou de l’acier, son seul objectif est de connaître son nom pour arrêter d’être sifflée et un jour mourir sans errer dans le monde. A coups de hache, elle va chercher la victoire et ses renseignements. Sous les coups de pierre, elle avance sans rechigner quand les villageois la haïssent. Un château et son maître Bruec vont centraliser les recherches de Chien sur son père qu’elle a tué il y a quelques années. Elle y connaîtra toute une galerie de personnages aussi bestialisés que des métaphores de monstres médiévaux, des saisons de joie et de haine qui changeront à jamais sa façon de penser et voir la vie. Une peinture des sentiments humains presque animaux face à une femme dure comme un roc, mais avec des accroches trop faibles pour ne pas prendre l’eau.

Résumé de Mordre le bouclier

Ce qui n’était que métaphore d’un bestiaire médiéval prend ici forme dans le réel de l’histoire. La bestialité de l’histoire et du Mal du père de Chien du heaume prend toute sa forme. On quitte le château de Bruec pour suivre le voyage d’une vengeance de Bréhyr contre un assassin et de Chien contre le monde. La brutalité des combats devient celle des mœurs et de l’environnement, un avenir bien noir attend a bout du chemin alors que le serpent rouge qui symbolise la folie prend possession au fur et à mesure de l’héroïne. Sur les routes du Sud, le monde est différent et les secrets du Nord éclatent. Va-t-elle aller jusqu’à mordre son bouclier ? Elle va enfin connaître son nom, maintenant reste à connaître sa destinée et la comprendre à travers celle des autres.

Mon avis général

Autant Chien du heaume fait penser à un conte médiéval, autant Mordre le bouclier nous emporte sur les rivages d’un monde fantasy plus classique sur sa construction. On accède néanmoins à un monde plus ouvert mais aussi beaucoup plus cruel que le terrain des batailles. Le deuxième roman est aussi plus enclin à la réflexion et essaie de raisonner comme un soldat rompu à la guerre face aux mœurs détraquées de la population qui les entoure. C’est à se demander qui est le plus fou : le monde ou Chien ?
J’ai une préférence pour le premier roman parce qu’il pose les bases de la narration et d’un univers métaphorique transfiguré. Les monstres du Moyen-âge deviennent des hommes et leur cruauté ou leur brutalité est presque excusée par l’allure épique et romanesque de la fable médiévale. Dans le second roman, il y a un déplacement qui rend cette violence moins facile à encaisser. En peu de pages, Justine Niogret arrive à nous décrire un Haut Moyen-âge fantasmé qui met en exergue la nature profonde de l’homme et son besoin irrépressible de violence. Plutôt qu’Un Trône de fer qui utilise l’agression et le vice comme moteurs de son histoire en avançant tête baissée, l’auteure souhaite nous faire réfléchir et prendre son temps pour décrire ce qui est viscéralement ancré en nous. Le château de Broec et sa Salamandre nous paraissent être presque des agneaux quand on lit Mordre le bouclier. Le langage y est aussi plus relâché, plus cru alors même que la majorité de l’aventure se déroule entre deux femmes. On est loin des clichés et on travaille sur l’ambiguïté d’être une femme de Nord à cette époque.

Les seuls reproches que j’ai à faire à ces deux romans sont peut-être les descriptions parfois pas « très classiques » et la routine narrative de Chien du heaume. J’entends par là que la patte de l’auteure est telle qu’elle essaie de recréer des images qui ne sont pas toujours faciles à comprendre ou qui ont tellement de double sens qu’on se demande ce qui se passe. Pour la narration, le dénouement du premier roman arrive un peu comme un cheveu sur la soupe alors que tout le reste avait été très détaillé, peut-être parce que l’auteure y avait travaillé l’ambiance au détriment de l’action.

En bref

Ces romans sont écrits comme si l’auteure menait elle-même ces combats intérieurs et extérieurs. On sent un investissement et un amour pour ses personnages. Je les conseille à tout féru de fantasy qui voudrait aborder cette matière d’un œil neuf, sous les influences de la chanson de geste plutôt que sous celle d’une plume anglophone. Ils vous prennent aux tripes et vous montrent qu’avec peu de pages et une ambiance bien construite, vous pouvez créer votre propre vision du Moyen-âge. Il y a un vrai travail sur les expressions et les images évoquées par le chevalier Sanglier ou le chevalier Loup qui mord son bouclier. Le style est direct, la plume est jeune et le lexique bien choisi pour chaque situation. J’avoue avoir eu plus de mal avec Mordre le bouclier quand même, tant sur les longues réflexions que sur la cruauté.

Note :

Aller plus loin ?

2 commentaires sur “Chien du heaume suivi de Mordre le bouclier de Niogret

  1. Pour Chien du Heaume, ma principale difficulté avait été les ellipses de temps… mais ce qui m’a considérablement plu, c’est la plume de l’auteure. (qui m’a également entrainée dans « Cœurs de rouille »).

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    1. Coeurs de rouille est aussi dans ma PAL, ça me rassure de avoir qu’on retrouve le même genre d’écriture. Les avis que j’ai pu lire ici et là sont un peu mitigés dessus ^^;

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