Les Trois Mousquetaires de Dumas

Premier roman-feuilleton à succès de Dumas, Les Trois Mousquetaires collectionne les caractéristiques du premier roman de génie : de période romantique, le roman d’aventures est le bienvenu parmi les lectures de ses contemporains. Populaire, burlesque et mettant en avant surtout l’amitié entre quatre hommes -D’Artagnan, Athos, Portos et Aramis-, on n’oubliera pas Milady qui aurait eu besoin d’un peu plus de place et une fin de roman très électrique et très poussée en avant comme le veut la fougue des auteurs qui se lacent pour la première fois dans un genre.

Derrière cet aspect comique et joyeux de l’affaire, n’oublions pas que nos hommes tentent par tous les moyens de contrer le Cardinal, qui essaie de maintenir le royaume même si sa haine pour la Reine ne l’empêche pas de vouloir la disgracier. Souvent lu à école en version abrégée, l’ambiance plaira sans aucun doute aussi aux adultes qui ont besoin d’une bouffée d’air frais et d’évasion de la réalité en prenant part à des problèmes réels de notre histoire (sous couvert de ce que Dumas n’aura pas changer pour les besoins de l’histoire).

Titre : Les Trois Mousquetaires.
Auteur : Alexandre Dumas.
Nombre de pages estimé : 888 pages.
Édition numérique : Le Livre de poche.

Mon avis

Comme rappelé au-dessus, Les Trois Mousquetaires font partie de ce  corpus qu’on donne volontiers aux collégiens pour leur montrer que la littérature, c’est good, et pour les attirer plus facilement vers des classiques qui ont une forme moderne et adapté aux lecteurs d’aujourd’hui. En plus, ça parle d’amitié soudée, on part en croisade contre un affreux cardinal qui veut du mal à la Reine, et le roman d’aventures c’est un indémodable. Je n’ai jamais eu à la lire à l’école (oui oui, ça arrive !), je me demande bien comment il est étudié en classe quand on voit le comportement antipatriotique de nos mousquetaires et la diabolisation facile de Milady. Car si Les Trois Mousquetaires est un superbe roman qui ravira petits et grands, il est aussi bourré d’erreurs de jeunesse qui n’éclatent qu’en fin de publication du feuilleton. On ne s’en rend compte surtout qu’après parce qu’on a quand même passé un excellent moment avec eux.

– Un roman d’aventures : l’esthétique populaire de « Tous pour un ! Un pour tous ! » –

Le populaire passe par une esthétique Rabelais et d’autres auteurs de la Renaissance avant lui avaient déjà utilisé. Le tout est de créer ou d’utiliser une légende urbaine qui tourne aussi bien à la farce qu’au tragique. Les hauts faits des nobles ne les intéressent pas, leur monde est peuplé de créatures imaginaires comme les géants et de savoir bien-vivre. Dumas renouvelle l’esthétique et nous impose la règle de l’amitié. Celle de nos trois mousquetaires et de notre garde est sous les auspices du bien-manger et de l’inconscience du danger. Même si Athos ou Aramis sont toujours là pour ramener le calme, il faut savoir vivre en s’amusant. Tout cela transparait dans des dialogues fins et très théâtraux et loin d’être aussi ampoulés que ceux de la tragédie ; non, nous parlons ici de vaudevilles. Cette œuvre est vraiment très cinématographique et il n’a rien d’étonnant à voir autant d’adaptations.
Quand on voit le contexte politique dans lequel a été écrit le roman, on comprend très vite que Dumas (et son/ses nègre(s)) ont touché la corde sensible du peuple : le XIXème siècle traverse d’importantes crises aussi bien à la tête de l’État que dans les rangs de la population. Mouvements de troupes, complots, délations, impôts, peur du lendemain. Les gens sont de moins en moins illettrés et il faut aller toucher ce nouveau lectorat. On pourrait dire que Le Comte de Monte-Cristo est un excellent porte-parole des malheurs du XIXème siècle, mais Les Trois Mousquetaires en sont un excellent remède. La règle de vie de nos héros les fait se tourner directement vers ce qu’ils ont de plus sûr face à la crise de leur porte-monnaie : l’amitié aveugle et réciproque. Un rempart à l’austérité alors que Edmond Dantès ne nous propose que la vengeance.

Loin pourtant de vouloir s’acclimater au pouvoir en place, Dumas critique l’État à travers le caractère antipatriotique des aventures de nos mousquetaires. Cela tombe bien, la haine du pouvoir en place, ça connaît nos lecteurs. Le roman historique connait un véritable succès avec cet auteur qui a su adapté l’Histoire pour servir son histoire. Il est un véritable tisseur de mensonges pour faire apparaître la vérité de façon plus éclatante. Placez dans cette intrigue pour héros un jeune homme venant de Gascogne sans un sou et plein de vie, vous aurez l’icône parfaite pour accomplir des miracles et aller au-delà des complots du cardinal Richelieu. Commencer quasiment en même temps, les deux héros des deux intrigues de Dumas sont donc deux pendants très différents d’un même message, à cela près que nos mousquetaires parlent d’amitié et Dantès d’absence d’amitié. La grosse différence entre les deux, à mon sens, est que les meurtres ou actes de vengeance dans Les Trois Mousquetaires ont plus l’air de relever du fait divers à cause de cet enthousiasme ambiant. Un peu comme un rempart obligatoire du roman d’aventures au XIXème siècle, un rebondissement attendu.

– Un rythme scindé en deux qui ne ne permet pas le développement moral de tous les personnages –

Malgré toutes ses qualités pour en faire un best-seller, ce roman-feuilleton connaît les premières erreurs de jeunesse d’un auteur et m’empêche de le placer aussi haut que d’autres romans de la littérature. Les personnages féminins sont un problème récurrent et profond : ils ne servent que de déclencheurs et sont toujours vils. La Reine elle-même n’échappe pas à ce jugement, elle n’agit que de très loin et on en arrive parfois d’oublier que nos héros travaillent pour elle. Constance, bien qu’elle soit développée dans la première partie, est totalement absente de la seconde. Ce genre de détails sera vite corrigé par Dumas dans ses romans suivants où il n’hésitera pas à revenir en arrière pour vous faire changer d’avis sur un personnage dans la minute où vous connaîtrez son passé. De plus, Constance agit forcément en mal puisqu’elle complote contre l’État et son mari en arrangeant les visites et les correspondances avec le duc de Buckingham. Les adaptations cinématographiques essaieront de lui donner plus de profondeur et de l’élever au même niveau que D’Artagnan.
Néanmoins, les trois personnages qui ont le plus souffert de l’irradiation de nos quatre héros, ce sont les Méchants. Car on peut bien parler ainsi dans ce roman, l’univers est encore très manichéen, sûrement en conséquence d’un texte très orienté vers le lectorat populaire, et les raisons de nos comploteurs peuvent passer pour diaboliques pour qui n’a pas le recul nécessaire sur l’histoire. Je pense notamment aux jeunes à qui on fait lire Les Trois Mousquetaires et qui n’ont encore que peu de connaissance sur l’Histoire et de sens critique. Le Cardinal apparaît comme le grand méchant dans sa longue robe rouge. Il n’essaie pourtant que de sauver l’Etat français de la ruine que provoque la Reine avec ses intrigues de Cour, alors pour le diaboliser Dumas cherche une raison personnelle pour Richelieu de la torturer. Milady, sa femme de l’ombre la plus serviable, nous est décrit comme une ogresse qui cherche avant tout à faire du mal autour d’elle par vengeance contre les hommes. La fin du roman va plus loin et nous dit que c’est juste par envie de faire du mal. Milady n’aura pas son mot à dire, l’intrigue est déjà finie. On entrevoit quelque chose quand elle est enfermée en Angleterre, mais très vite on retombe dans la manipulation pure et simple. Enfin, le comte de Rochefort passe pour un bougre sans personnalité qui ne fait qu’exécuter les ordres.

Comme je le disais, la fin du roman change les choses pour Milady en apportant une raison qui peut nous apparaître comme erronée. J’ai eu l’impression que soit le roman-feuilleton devait vite finir et qu’on a sacrifié les personnages pour cela, soit que Dumas a voulu aller trop vite dans le dénouement et en a oublié de travailler certains aspects de son histoire. J’ai déjà évoqué les personnages féminins, passons au Cardinal et au comte de Rochefort. Le premier évolue imperceptiblement au moment du siège de la Rochelle et montre qu’il est tout de même intelligent et sait s’adapter. Pourtant, alors qu’il fait des avances à D’Artagnan pour le faire entrer aux gardes cardinaux ou pour son ultime cadeau à la fin du roman, on ne comprend pas si le religieux cherche à le manipuler et à le coincer pour d’hypothétiques complots à venir. Même dans Vingt ans après, nous n’aurons aucune réponse. Pour le deuxième personnage, il s’agit du plus mauvais usage de tout le roman ! Il ouvre les hostilités et est le moteur de l’intrigue au début du roman. Il est nommé et vu comme une ombre dans la première partie, mais sans plus. Ce n’est qu’à la fin du roman qu’il fait un petit combat et devient grand ami de D’Artagnan, sans aucune logique dans la suite des événements ou dans leur soudaine amitié. On dirait que Dumas s’est réveillé d’un coup et s’est rappelé que, zut, il l’avait utilisé au début et que maintenant il en a besoin pour autre chose, dans Vingt ans après.

Notes sur l’édition

Le livre de poche se paie le luxe d’avoir à son catalogue la trilogie complète des Trois Mousquetaires, mais aussi Le Comte de Monte-Cristo, La Reine Margot et d’autres romans comme Amaury. La maison se présente comme une référence sur l’auteur, puisqu’elle est la seule à proposer autant de romans en numérique. Son appareil critique est toujours aussi facile de consultation, surtout sur les liseuses récentes qui ont amélioré l’ergonomie de la lecture.
Néanmoins, il ne faut pas qu’elle se repose sur ses lauriers. Il y a beaucoup de problème typographiques, que ce soit fautes d’orthographe ou absence de ponctuation. Un effort est à faire sur la vérification des ouvrages une fois formaté dans les différents supports de lecture. Ne pouvant lire d’epub sous DRM avec mon kindle (et de toute façon Adobe Digital Editions est un logiciel extrêmement lourd), je n’ai accès qu’à la version amazon. Ce ne sont pas toujours des problèmes d’encodage, oh que non. On retrouve aussi d’anciennes césures faites à la main ou des guillemets internes aux dialogues rapportés qui se répètent normalement à chaque ligne. Sauf qu’avec une liseuse, le texte bouge et donc la lecture devient difficile et donne surtout envie de fuir vers le papier…

En bref

malgré ses erreurs de construction de personnages, Dumas montre qu’il aime et qu’il soutient ses personnages. On sent la passion et l’enthousiasme sous sa plume même si le malheur veut s’acharner. Si Les Trois Mousquetaires fonctionnent encore aujourd’hui, c’est que l’Amitié est toujours une valeur sûre contre tous types de crise aux yeux des gens. Certes, la forme du roman d’aventures aide aussi à le populariser et la brièveté des chapitres entraîne  facilement le lecteur, pourtant ce qu’on retient le plus souvent dans les adaptations cinématographiques c’est l’histoire de D’Artagnan et de Constance, la vengeance de Milady et l’amitié de quatre hommes pour qui rien n’est impossible. Les ferrets de la Reine ne sont qu’un moyen, le siège de la Rochelle est parfois même écarté au profit d’une reconstruction de l’intrigue centralisée sur les éléments sus-cités. Des erreurs de jeunesses certes qui m’empêchent de porter ce texte aux nues, mais un très bon roman pour n’importe qui aura besoin d’espoir et d’humanité.

Note :

Aller plus loin ?

Une lecture commune sur la saga complète avait été organisée l’année dernière sur Livraddict. Voici quelques avis de lecteurs de l’époque :

Lecture faite dans le cadre du challenge Alexandre Dumas et celui du E-challenge, passons au numérique.

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :