Les racines du ciel de Romain Gary

Une  œuvre polyphonique qui porte en elle la concaténation d’idéologies fortes et qui ne peuvent se rassembler que sous la bannière des éléphants.
Les racines du ciel est de ces romans primés au Goncourt qui vous changent à jamais. C’est dense, complexe, brouillon ont pu dire certains critiques à l’époque, mais surtout impossible à résumer.

Nous sommes en pleine Afrique coloniale. Les Blancs de là-bas ne veulent pas que l’Afrique change ; chacun a ses raisons. Morel est stigmatisé par les Blancs, il terrorise les Noirs, il est utilisé par le parti émergent de Waïtari. D’autres personnages satellites s’accrochent à lui et ce n’est qu’un simple roman sur le colonialisme, c’est un état des lieux sur ce qu’est devenue l’humanité après la Deuxième Guerre Mondiale.
La confusion entre les personnages est telle que je me suis demandée à la fin si le Père qui écoute cette histoire ne serait pas Morel lui-même. Une telle unification des voix narratrices provoque un chamboulement aussi bien dans l’action que dans notre raisonnement, car nous pouvons comme tel personne et tel autre en même temps. Cette prise de position nous permet de lire un roman sans qu’il y ait réellement de jugement de valeur unique. On est mis devant le fait accompli, à nous de choisir notre camp.

Titre : Les Racines du ciel
Auteur : Romain Gary

Nombre de parties : 3
Nombre de pages : 495

Mon avis

Difficile de résumer en quelques mots cette œuvre tant les axes de lecture possibles sont différents. Leur point commun reste le problème des éléphants : qui sont-ils ? De simples bêtes abattues par des braconniers ? Un symbole de viande pour les tribus africaine ? Morel va plus loin. Après son expérience des camps de travail forcé pendant la guerre, il a appris à voir qu’il y a toujours plus malheureux que soi. Pour survivre à ce régime de terreur et de déshumanisation, il va inventer des stratagèmes pour restaurer l’honneur des prisonniers. Et bien en Afrique, ce n’est pas qu’un simple appel à l’écologie. Pour lui, les éléphants, c’est le symbole de l’ancien monde et des persécutés. On ne peut pas vivre dans le futur sans le protéger.

L’idéologie de ce roman est très difficile à cerner, ce n’est que vers la fin que Morel nous délivre les clés de sa pensée. La raison ? Ce roman est narré à la première personne et inclut des témoignages d’autres personnes que le héros de nos éléphants. En clair, St-Denis raconte l’affaire Morel à un religieux. S’en suit des récits enchâssés sans transition et des niveaux de narration complexes : par exemple, dans la seconde partie du roman, on passe de St-Denis à Minna puis à Forsythe pour revenir à Minna. Les transitions sont si rapides et invisibles qu’on a du mal à suivre le roman au début, puis on se rend compte que le but est d’unir toutes ces voix contraires.

Comme dit en préambule, ce roman est une œuvre sur l’humanité dans tous ses travers et sa bonté. Autant les actions écologiques sont perçues aujourd’hui comme telles, autant dans les années 1950, tout le monde cherche le côté subversif d’une action si idéaliste. Au début du roman, les gens y voient même une action misanthrope, preuve que la population occidentale aime se regarder le nombril. Chaque camp a sa version des choses. Le gouvernement français, bien loin de l’Afrique, ne voit en lui qu’un terroriste qu’il faut écraser parce que ça va bien cinq minutes les éléphants. Minna, l’allemande destinée à la prostitution, y cherche la rédemption et est prête à scander qu’elle ne suit pas Morel par amour, parce qu’elle ne veut plus être réduite à l’état d’objet. Enfin, Waïtari est un jeune africain plein d’ambitions qui a vécu en métropole pour faire ses études. Morel le décrit comme le produit idéal sorti des usines de la colonisation.
Excepté quelques personnages comme Minna, le père Peer Quist ou le photographe Fields, personne ne comprendra jusqu’où s’élève la pensée de Morel. Il va bien au-delà de tout ça, car plus qu’une idéologie il vise une philosophie de vie.
Quelqu’un a dit un jour : « Vous allez finir par vous aimer bordel de merde ?! » et ça résume assez bien la vision idéaliste de Morel.

Avis sur l’édition numérique

J’ai eu la chance de pouvoir lire ce roman à la fois sur papier et sur liseuse. L’expérience ne change pas énormément. La maquette n’a pas été revue mais n’est pas déformée et n’a pas de coupures inexpliquées. Pas de fautes d’orthographe ou de remplacement inopiné d’une lettre sur tout un chapitre non plus, le plaisir de lecture reste intacte.
La seule raison qui me poussera à l’avenir à acheter du Folio en numérique sera le gain de place. Il n’y a pas de système de notes ou de supplément critique livrés comme chez Le Livre de poche (inclus dans la maquette originelle papier). Ceci dit, le suivi des erreurs est plus rigoureux.

Note :

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