La Reine Margot d’Alexandre Dumas

Une humanité romanesque, tel est ce qu’on peut retenir de La Reine Margot. Personnage éponyme, mais pas pour autant central, les autres jouent le jeu du satellite et évoluent grâce à elle. Riches en rebondissements et en complots, la famille de Marguerite de Navarre est peinte sous ses traits les plus mesquins et les plus fous. La St-Barthélémy dérive entre l’horreur et le comique, tout est y est romanesque. Les amateurs du Trône de fer pourraient y trouver leur compte, à condition d’aimer le roman de capes et d’épées et d’apprécier le drame romantique de La Reine Margot.

Le roman joue ici son rôle de transformateur de la réalité. Alexandre Dumas a battu en tous sens l’histoire pour créer sa propre version. Travail d’orfèvre, La Reine Margot fait partie de ces romans polémiques, écrits à quatre mains avec Auguste Maquet. Les événements s’enchaînent parfaitement et l’intrigue reste tout à fait cohérente, contrairement à la vérité historique. Même s’ils s’appuient en partie sur des discours ou des mémoires officiels, vous trouverez nombre de notes rétablissant l’exactitude historique presque dès la première page du roman.

Titre : La Reine Margot
Auteur : Alexandre Dumas (et Auguste Maquet)
Édition numérique : Livre de poche
Nombre de pages indiqué : 655 pages

Résumé

Le mariage de Marguerite de Valois et de Henry de Navarre doit amener la paix dans le royaume. C’est sans compter sur les complots menés à l’intérieur même de la famille des Valois. Les seigneurs protestants croient enfin à la paix, mais la dissonance religieuse ne plaît pas à tout le monde. C’est la tentative d’assassinat sur l’amiral de Coligny qui met le feu aux poudres : le soir de la St-Barthélémy, tous les protestants seront tués sur ordre du roi Charles IX. Marguerite réussira à gagner la vie de son époux, à qui elle voue une fidélité politique sans pour autant partager sa couche, et celle du comte de la Môle.
Après cette nuit épouvantable, les complots vont s’enchaîner et la cible changera sans cesse de Henry de Navarre à Charles IX. L’amitié qui lie La Môle à Coconas ou Henriette à Marguerite ne suffira pas à protéger l’innocent sacrifié au nom du roi de France.

Mon avis

Un très beau roman qui se lit sans difficulté, pour peu qu’on soit un habitué des romans romanesques du romantisme. La narration y est toujours aussi fluide. Les personnages sont bien brossés et nous réservent des surprises. La Reine Margot est très vivant et ne prend pas une ride. Le lecteur non averti pourra être étonné que la St-Barthélémy soit traitée aussi tôt. L’action de massacre collective n’est que le déclencheur d’un drame intime : celui de la mort de La Môle. Ainsi, le suspense est toujours maintenu. On attend un deuxième coup de théâtre aussi fort qu’en début de roman.

Les guerres de religion sont au centre du roman, mais elles savent laisser aussi la place aux complots qui tournent autour du roi Charles IX. Catherine de Médicis cherche à évincer Henry de Navarre, tandis que les huguenots cherchent à asseoir son pouvoir. Ayant été sauvé du massacre, il devient une figure emblématique des protestants, malgré sa conversion. Le point d’ancrage est toujours Marguerite de Navarre qui apporte son soutien à tous les personnages. C’est toujours elle qui apporte la rédemption, même si elle aime de tout cœur ses frères. La Reine Margot peut donc être perçue comme un personnage passif, mais c’est le sauvetage de la Môle qui est le déclencheur du drame familial. Le massacre de la St-Barthélémy est un drame politique, comploté et voulu par la famille des Valois. La mise à mort de l’amant de la Reine de Navarre est un geste de vengeance brutal et en aucun cas politique. Il sert de façade pour cacher la vérité sur la mort de Charles IX et le poison maternel qui l’a tué.
Le roi Charles IX est le personnage le plus insaisissable. On ne sait pas vraiment ce qu’il pense, étant donné que ses paroles et ses actes ne concordent pas. J’ai eu l’impression qu’il cherchait délibérément le malheur. Totalement manipulé par sa mère, il agit pourtant parfois à l’inverse. Capricieux, il essaie pourtant d’être un roi juste. Il concrétise à merveille la folie qu’Alexandre Dumas a voulu dépeindre en faisant ce roman sur les Valois.
Comme dans Les Trois Mousquetaires, l’amitié est vraiment centrale. Le film de Patrice Chéreau a vraiment laissé de côté cet aspect-là par rapport à Alexandre Dumas. Annibal de Coconas et Joseph de la Môle passent vraiment par plusieurs étapes avant d’atteindre l’amitié fraternelle et fusionnelle.

Si on peut reprocher beaucoup de choses à l’adaptation de Chéreau (le non respect de l’œuvre ou encore le manque de pugnacité des scènes), il n’en est pas moins une version plus dynamique sur le plan de l’intrigue. Le point négatif de La Reine Margot de Dumas est sa lenteur. Les chapitres s’enchaînent, sans pour autant faire avancer les histoires de Cour ou les relations entre les personnages. J’ai trouvé que ce roman trop explicatif, comme une scène d’exposition étendue à plus d’un tiers du livre. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à le terminer.

Un mot sur l’édition

Le Livre de poche, qui est pourtant un gage de qualité en papier, devrait faire plus attention à ses fichiers numériques. Combien d’inversion de lettres, combien de signes de ponctuation mal placés m’ont fait regretter d’avoir acheté la version numérique  plutôt que le papier. C’est sans parler des lettres systématiquement remplacées par une autre dans tout un chapitre. J’ai passé plus de temps à noter toutes les fautes qu’à lire le roman.

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