Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

Le véritable art de la guerre n’est pas dans la noblesse d’âme, mais bien dans le calcul politique et l’intérêt personnel. Gagner la guerre, c’est aussi bien une victoire personnelle que l’accession au pouvoir. Dans ce décor de Rome antique, perdue dans une Renaissance de la fantasy, Ciudalia est la victime de Leonide Ducatore, mais celui qui met les mains dans le cambouis c’est Benvenuto Gesufal. Roman dépaysant, alliant aussi bien truanderie que spectacle public, la plume de Jaworski est aussi sculptée que les différents étages de Ciudalia, la ville de la République. Ici point d’héroïsme, mais un protagoniste assassin qui a toujours la phrase badine ou argotique qui fait mouche. Vous voyez Salammbô de Flaubert ? Et bien c’est le même genre d’ambiance mais en négatif. Politique, guerre et une ville qu’on essaie de soumettre. Tout cela dans une ambiance italienne aux accents grecs et arabisants, mêlés à au bagout franc parler des spadassins.

Titre : Gagner la guerre
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Nombre de pages : 981
Cycle : Les Récits du Vieux Royaume, tome 2

Résumé

Au-dessus de sa table d’écriture, Benvenuto Gesufal passe à table. Marre de tout ce qu’il a dû traîner derrière lui et même si sa confession il a voulu la faire, marre de devoir se coltiner des lecteurs qui pensent qu’à se divertir avec son récit, bien calés dans leurs fauteuils pendant que lui il joue sa peau.
Le récit s’ouvre d’abord sur le terrible mal de mer de notre assassin, en prévision d’une bataille contre les Ressiniens. C’est le départ d’une longue aventure politique et d’une vendetta meurtrière et flamboyante. Benvenuto a tout perdu pour son patron, le Podestat Ducatore : son visage, son identité et son âme. Il a tout vendu au diable pour terminer son contrat. Avec une plume précise et un goût pour les bonne sphrases qui font mouche, Benvenuto Gesufal va raconter comment il a tué Bucefale et comment cela allait changer sa vie et celle de sa cité, Ciudalia, gardienne de la République.

Mon avis

Un seule idée me vient en tête quand je referme ce roman : tyrannie de la description. C’est aussi en cela que j’ai pensé à Salammbô, mais contrairement à son comparant on nous sert plus des images que des couleurs. Écriture très recherchée et qui pourra paraître insurmontable au lecteur non averti et non friand de ce genre. Le point de fissure avec le modèle énoncé ? Son narrateur : un assassin qui parle en argot et qui cumule tous les vices et se trimbale une affreuse gueule depuis qu’il s’est fait démonter par quelques Ressiniens. A la différence de Flaubert pourtant, le texte de Jaworski aurait pu se priver de pas mal d’adjectifs, d’adverbes ou de périphrases répétées. Même si l’auteur écrivait déjà de cette manière dans ses nouvelles, si on s’en tient à ce que la quatrième de couverture, il faudra attendre de connaître une partie du passé de Benvenuto pour comprendre le choix précis de cette narration et de ce type de descriptions. J’avoue sans fard que j’ai sauté certains passages que j’avais trouvés trop longs, mais ce n’est pas pour ça que je ne mets pas la note maximale.
En fait, à partir du moment où on s’éloigne des affaires politiques de Ciudalia, j’ai eu une sorte de décrochage. Quand on voit ce que ce voyage a apporté aux agissements de Benvenuto, on se dit que ces plus de 200 pages n’ont été qu’un moyen de diversifier un peu le lieu et faire apparaître quelques races comme les nains et les elfes. Autre déception : on ne sait pas qui est Lusigna. Peut-être faut-il lire Janua Vera pour connaître le fin mot de l’histoire ?

Mis à part ces soucis, on se délecte des aventures du pauvre Benvenuto, qui n’a vraiment pas un patron facile et sur qui le destin s’acharne. Du suspense, des moments de solitude et de réflexion, mais toujours un seul but : accomplir son contrat. On s’attache à lui très facilement, même si on ne cautionne pas toujours ses actes. Et c’est bien là que le bas blesse pour nous, pauvres lecteurs. Plus vous allez avancer, et plus on nous donnera de faux espoirs sur un possible retournement de veste.
Le traitement de la magie est simple mais expliqué de façon originale. Les elfes et leurs tares apportent une touche de nouveauté à leur portrait déjà bien brossé en fantasy. Cela reste très cohérent avec le système de magie et la géographie du Vieux Royaume. De ce qu’on en connaît dans ce tome, on a l’impression qu’aller dans l’arrière-pays de Ciudalia, c’est comme s’abandonner aux contes et aux monstres de la forêt. On sort très facilement de la civilisation et même si j’ai dit avoir eu un décrochage à ce moment-là, c’est un instant essentiel du roman. On regarde la situation à Ciudalia d’un oeil différent et on se rend compte que tout ce picaresque qu’on a aimé ne pourra faire gagner qu’un seul parti. Benvenuto nous avait pourtant prévenu tout au long du roman…

En bref

Un roman très complet et incontournable pour les amoureux des crapules en fantasy. Gagner la guerre qui met à mal notre perception habituelle de la narration d’un livre, car à part sauver les fesses de son maître et les siennes, Benvenuto n’a pas de vrai but. Quand les vieux souvenirs refont surface et devraient guider un héros vers le bon côté, il les réfute et finit son contrat. Final splendide soit dit en passant pour un roman picaresque qui nous fait aimer un personnage ô combien peu recommandable, pantin d’un monstre politique avec réalisme et une machination poignante. Des points faibles de premier roman, mais vous aurez de quoi vous occuper un bon moment, à condition de supporter les assauts des descriptions et des digressions !

Note :

Lu dans le cadre du challenge :

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