Salammbô de Gustave Flaubert

Un titanesque et mythique péplum, à la plume qui vous tyrannise l’esprit mais qui pourtant crée les plans et les détails cinématographiques avant l’heure. L’ambiance biblique qui déifie Salammbô et l’apport de la tragédie grecque (l’esclave Spendius qui manipule son maître, aux prises avec la passion et le Destin dicté par les dieux) n’est pas sans déplaire. Les amateurs de l’Iliade y retrouveront les mêmes topoï : descriptions très précises des manœuvres militaires, siège d’une ville aux défenses insurmontables, intrigue amoureuse autour d’une femme. Pourtant, après avoir lu les cent premières pages, j’étais déjà exténuée. Tant de clichés sur l’exotisme sensualisme oriental avec ses subtils mélanges d’Éros et Thanatos, tant de volonté réaliste alors qu’on apprend que la plupart des détails sont changés ou inventés.

Titre : Salammbô
Auteur : Gustave Flaubert
Édition : ebook Livre de poche
Nombre de pages indiqué : 508

Résumé

Carthage ne veut pas payer les mercenaires qui le sont aider pour la guerre. Ils sont chassés après une longue nuit d’ivresse, de blasphèmes et de langueur inassouvie. Conduits par Mâtho, celui-ci sera manipulé par l’esclave Spendius qu’il a sauvé de chez Hamilcar, le père absent de Salammbô et d’Hannibal. Il mène une révolte qui pousse les mercenaires à assiéger la ville tant qu’ils n’auront pas gain de cause. Alternant les points de vue entre la guerre violente et les langueurs aux accents ésotériques de Mâtho et Salammbô, on voit peu à peu se dessiner en cette jeune femme l’honneur et la splendeur de la ville de Carthage.

Mon avis

– La ville à étages, symbole de l’apothéose du désir et de la mort –

Flaubert a voulu créé une forteresse du désir. L’avancée lente et languissante ne fait qu’alourdir notre découverte d’un peuple qui ferait la majorité de ses activités nu et où le corps humain se mélange bien volontiers au plaisir du festin. La mort par décapitation dans les cent pages suivantes n’est pas sans prévoir le cannibalisme obligé par les assiégés. L’auteur tire profit du mélange d’un roman de batailles et de romance. Les deux sont toujours intimement liés et attise le désir. On le voit tout au long du roman, mais la scène où l’héroïne s’empare du poignard pendant que Mâtho dort crie violence et honneur retrouvé dans le sang, alors même que ses genoux avaient fléchi.
On pourrait croire qu’il s’agit d’un hymne à la femme, mais pas du tout. Elle est convoitée, avilie, servile, souillée, tout comme la Carthage sous le coup des Barbares, aussi bien quand ils brûlent les poissons sacrés que quand ils décident de partir en guerre contre elle. La ville à étages ne fait que représenter les différentes strates du plaisir et pourrait facilement être assimilé au « 7e ciel » puisque la demeure du père de Salammbô est tout en haut. La femme devient objet et déesse car inaccessible. Seul Mâtho semble se départir du lot en s’inculquant la faute de son désir et ne la reproche pas à Salammbô. Il va pourtant aller jusque dans sa chambre et brûler ses voiles tel une Psychée voulant connaître la beauté d’un Cupidon. Ce n’est pas un hymne à la femme, c’est une dictature du désir masculin. C’est d’ailleurs très étrange que ce soit le personnage fictif, défié, représentant la ville, qui gagne face au personnage réel, celui du désir et de la passion des mortels.

– Le réalisme a ses limites –

Faire un roman en voulant reproduire un paysage est une chose, créer une atmosphère en est une autre. Flaubert n’hésite pas à bafouer l’histoire réelle pour les besoins de son récit. Apparition de personnage avancée, changements de scénarii répétitifs avant de se lancer dans la rédaction finale du roman, on pourrait trouver de nombreux détails et retourner tous les arguments de l’auteur point par point. Peut-on pourtant le faire ? En basant son récit sur un personnage qui n’a jamais existé, Salammbô, Flaubert prend déjà le parti d’utiliser la fiction comme bon lui semble. La réalité doit servir son roman mais ses description rendent hommage à ces pays qu’il a souvent visités. On en vient à la conclusion suivante : le réalisme n’est pas une transposition nette de la réalité. Elle recréé une ambiance qui s’en rapproche pour nous permettre une immersion totale, jusque dans les coutumes et l’intimité d’un peuple.

Note sur l’édition

Beaucoup de bugs quand on tourne une page qui a en bout de ligne une note. Même vous n’appuyez pas dessus, on vous y renverra parce que vous avez touché le bord de page. Un souci qu’il serait bon de corriger. Les notes en fin de chapitre ne sont pas agréables non plus. Sur les nouvelles, c’est pratique, mais pour un roman il vaut mieux prendre le sommaire et aller au chapitre suivant de suite plutôt que de tourner toutes les pages de notes… Ergonomie à revoir.

En bref

Un vrai chef-d’œuvre mais à quel prix ! On lit plus Flaubert pour sa plume que pour ses intrigues. J’ai eu pourtant beaucoup de peine à le terminer. Il m’a fallu sauter plusieurs descriptions, au risque de perdre les couleurs et les goûts des paysages décrits. A réserver aux fans de récits mythiques aux accents d’exotisme culturel à la XIXe.

Note :

2 commentaires sur “Salammbô de Gustave Flaubert

    1. J’ai eu du mal à finir certains chapitres de Salammbô aussi, et j’ai détesté Bovary à cause de son caractère ^^; Mais faut avouer que si tu veux lire un roman juste pour l’écriture, Flaubert est champion =x

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