Jane Eyre de Charlotte Brontë

Jane Eyre, une jeune femme passionnée qui nous transporte dans une société dont elle aimerait refaire les règles.

Après une lecture décevante avec la sœur Emily Brontë, on remet le couvert avec son aînée, Charlotte. Une amie m’a conseillée de passer par la VO si je ne me sentais pas à l’aise avec les traductions françaises des classiques anglais. Au détour d’une étale chez WHSmith, j’ai donc décidé de prendre en livre gratuit le Jane Eyre qui me paraissait un peu pompeux sur un sujet intéressant : une gouvernante qui décide de sa vie et qui souhaite se marier avec son maître, après une enfance d’orpheline mouvementée. J’étais loin de me douter que je finirai le livre en une semaine avec mon anglais rouillé !

Dans une langue du 19e siècle poétique, magique et pure, Charlotte Brontë nous fait faire un voyage dans le temps qui rappelle un peu les temps des contes tout en étant très proche de son siècle. Un très bon moment de lecture que j’aimerai vous faire partager.

Titre : Jane Eyre (9780141198859)
Auteur : Charlotte Brontë

Nombre de pages : 545

Personnages principaux : Jane Eyre, Mme Reeds et ses enfants, Mr Brocklehurst, Mr Rochester, Mr St John et ses sœurs.

Résumé

Jane Eyre a perdu ses parents très jeune et n’a connu que la sévérité de sa tante Mme Reeds et de ses enfants. Objet des jeux violents de ces derniers, tout bascule pour elle le jour où on l’enferme dans dans la chambre où Mr Reeds est mort. Croyant voir son fantôme et d’autres apparitions mystérieuses, elle tombe malade. Sur conseil de l’apothicaire, Mrs Reeds envoie Jane Eyre à l’école Lowood. Mrs Reeds, même si elle avait promis à son mari mourant de veiller sur sa nièce, ne pourra jamais l’aimer.

Jane Eyre vit huit ans dans cette école austère, insalubre et peu accueillante. Elle réussit à lier d’amitié avec la chef des institutrices et avec une élève, Hélène Burns, qui mourra d’une fièvre peu de temps après leur rencontre. Après son instruction, Jane Eyre reste à l’école Lowood comme professeur pour les nouveaux orphelins. Elle finit par passer une annonce pour devenir gouvernante ailleurs.

On répond à son annonce quelques jours plus tard et la voilà partie pour Thornfield Hall, croyant qu’elle serait sous la direction d’une femme. Une fois sur place, dans un château à l’atmosphère lugubre, et après avoir rencontré un homme à cheval qui lui a rappelé une légende anglaise, on lui apprend que la femme qui a répondu à l’annonce n’est que la chef des serviteurs. Son nouveau maître sera Mr Rochester, absent pour le moment. Jane fait connaissance avec sa jeune élève et se lie d’amitié très vite. Quelques temps plus tard, elle rencontre enfin son nouveau maître qui essaie désespérément de la provoquer. Un jeu du chat et de la souris se met en place. Il sent d’emblée que derrière son bon maintien et sa politesse, se cache une femme qui aime Dieu mais qui dicte aussi sa vie comme elle l’entend. Simple, rêveuse et naturelle, Mr Rochester tournera la tête de Jane plus d’une fois jusqu’à lui demander sa main alors qu’il lui faisait croire qu’il allait en épouser une autre. La suite des événements dégradera l’atmosphère et le destin de Jane va être chamboulé. Une histoire d’amour proche de celle de la Belle et la Bête a commencé.

Mon avis

Je suis littéralement tombée amoureuse de ce livre. J’avais déjà lu quelques morceaux de la traduction française que je trouvais plate et molle. Le texte anglais, bien que très pur dans sa syntaxe, est en fait très proche de la syntaxe française. Du coup, on a bien un sentiment de décalage d’époque, mais tout est fluide, poétique et vivant. On est loin des textes romantiques français dont le pathos dégoulinaient des mots.

J’ai adoré l’idée de faire un récit à la première personne pour cette histoire. Ce qui est dommage, c’est qu’on se sent un peu moins proche des autres personnages et qu’on ne les connaît que par l’opinion de Jane. Néanmoins, on vit les angoisses, la solitude mais aussi les joies et les passions de l’héroïne. On est loin des intrigues de mœurs un peu pompeuses, Jane est un personnage qui transcende le temps et qui aurait pu vivre à notre époque. La société du 19e siècle rend outrageant certaines de ses actions, mais vu de notre œil on décrypte davantage une femme qui s’affirme dans son monde. Son refus de devenir la maîtresse de Rochester alors qu’elle l’aime passionnément est du en partie par son éducation religieuse, mais aussi par celle du « self-respecting ». Elle a beaucoup de principes qui vont lui permettre de survivre. La religion n’est pourtant pas le seul élément de l’équation. La preuve : son cousin St John est membre du clergé et est beaucoup trop religieux. Il ne pense plus par lui-même et n’arrive plus à avoir des émotions. Jane n’est absolument pas comme lui.

J’ai suivi avec entrain la passion entre Mr Rochester et Jane Eyre à tel point que je n’en pouvais plus d’attendre le moment de leurs retrouvailles. La césure qui s’est faite était obligatoire pour que leur réunion soit plus forte et plus apaisée. Jane Eyre avait eu peur qu’il se lasse d’elle, qu’il ne l’aime que d’un amour passionnel. Cette idée allait à l’encontre de ses principes et l’angoissait plus qu’autre chose. La scène de leur dispute est magistrale et on tremble avec Jane.
D’un certain côté, on retrouve des idées de Belle du Seigneur : un amour passionné ne peut apporter que la mort d’une flamme. L’amour fraternel, de compassion, est celui qui fera perdurer un couple. Même si on sent toujours que la passion anime toujours le couple, elle est plus adoucie par les infirmités de Rochester. Le happy end peut en décevoir certain(e)s mais savoir qu’un peu d’espoir est au bout du tunnel, c’est tellement mieux.

Jane Eyre fait partie du mouvement du roman gothique. Si les quelques interventions au début du roman m’ont parue superflues, la suite remet en question ce constat. La peur et l’angoisse font monter d’un cran la pression et on se sent encore plus proche de Jane Eyre, qui n’est pas une énième héroïne qui ne sait rien faire de ses dix doigts et qui s’évanouit à tout va. J’ai trouvé que le surnaturel était mieux utilisé et les passions mieux agencées que dans l’intrigue des Hauts de Hurle-Vent, qui sentaient le kitch et l’exagération. On peut déplorer tout de même que la pupille de Rochester ne devient plus qu’un prétexte aux deux héros pour se voir, après quelques chapitres. Cependant, la transition se fait assez lentement qu’on y voit une maturation de Jane Eyre : elle passe progressivement de l’adolescente renfermée à la jeune femme affirmée.

Depuis que j’ai refermé le livre je n’ai qu’une envie : me jeter sur la série de la BBC et attendre que le film Jane Eyre sorti en 2011 arrive en France.
Penguin UK sort une nouvelle collection de 100 classiques incontournables. J’ai acheté mon exemplaire de Jane Eyre dans cette édition et je pense retenter ma chance avec d’autres roman de Charlotte Brontë quand ils seront en vente.
Note :

Lu dans le cadre du challenge ABC 2012

Aller plus loin ?

4 commentaires sur “Jane Eyre de Charlotte Brontë

  1. Je crois qu’il faut bien tes avis pour me donner la motivation manquante pour lire des classiques anglais (mais pas forcément en VO parce que je mets un temps infini à les lire).

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    1. Faut pas croire en fait c’est relativement rapide à lire. Vu ta vitesse de croisière quand tu lis en français, tu devrais prendre max 1 semaine à 1 semaine et demi à lire tout Jane Eyre. Surtout si t’as réussi à lire Peter Pan, tu connais déjà la langue et le contexte. Et puis une fois que t’es lancée tu peux t’en enchaîner plusieurs en VO pour pas perdre le fil. Le bémol de Charlotte Brontë est sa langue riche, mais c’est similaire à des textes du 19e siècle français. T’as quelques mots que tu vas pas comprendre mais en fait ça passe tout seul parce que tu vois vaguement ce que ça veut dire dans le contexte.
      Contrairement à un Wilkie Collins qui est dur à comprendre parce que t’as de l’ironie en plus, Charlotte Brontë fait tout pour qu’un angliciste de terminale L puisse s’en sortir. Et puis t’as roulé ta bosse depuis le lycée !

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