Persepolis de Marjane Satrapi

Quand le vent de la révolution amène le malheur sur un pays et que l’instinct de survie d’une adolescente prend une forme aussi extrême que son gouvernement.

Ce sera mon petit cadeau de Noël pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de lire cette BD. Persepolis est un tremblement de terre. On m’avait mise en garde sur des dessins trop enfantins et pas très bien faits, mais au contraire j’ai rencontré un trait fortement inspiré des affiches communistes. Au-delà de l’histoire très prenante et au fur et à mesure très décalée, le trait nous invite dans un univers très marqué et proche de la propagande. J’ai tout de suite été séduite par la combinaison des deux, c’est vraiment très bien choisi.

Une BD autobiographique d’une femme iranienne à lire et à relire, surtout en ces après-temps de révolutions arabes. On retrouve le même schéma que dans ce qui s’est passé en Iran. Espérons que les choses ne se répèteront pas.
La BD était scindée en 4 volumes à l’origine, mais un monovolume est publié en 2007 à l’occasion de la sortie du film tiré du livre. Ce n’est pas une mauvaise idée : quand on fait les comptes on y gagne beaucoup. Par contre, il faut avoir de bons bras !

Auteur déjà chroniquée au challenge Women BD, mais personne ne s’était encore attaqué à ce mastodonte (et je pèse mes mots).

Titre : Persepolis (ISBN : 9782844142405)
Auteur : Marjane Satrapi

Nombre de pages : 365


Le récit commence et se termine en Iran. C’est entre ces deux périodes de sa vie que la jeune Marjane s’est émancipée et a appris une nouvelle forme de révolution. Dans la première partie, elle va encore à l’école primaire et veut être prophète. Elle est vite désillusionnée et se détourne peu à peu de Dieu. Sa vie, c’est celle de sa famille, anciens aristocrates et parents du Shah d’Iran qui s’est fait récemment assassiné. Marjane est coincée entre deux mondes : celui de la révolution et celui de l’école, la docilité face à l’intégrisme religieux. Faut-il ou ne faut-il pas aller à l’encontre de son nouveau gouvernement si on pense que ses actions sont mauvaises ? Mettre cette idée dans la bouche et la tête d’une enfant, éduquée pour être une libre d’esprit, pose le problème de la légitimité. Les deux autres parties sont là, entre autre, pour prouver que oui, « indignez-vous ! » mais chacun à son niveau. Les parties 2 et 3 correspondent à l’adolescence de l’héroïne qu’elle passe en Iran et en Autriche. Ses parents ont de plus en plus peur qu’il lui arrive malheur et l’envoie vivre seule ailleurs alors qu’elle est à peine une jeune fille. Ces deux parties sont sûrement les plus sombres de toute la BD et chacune apporte sa teinte particulière. D’un côté l’héroïne est mise face aux problèmes du régime et son oppression, de l’autre côté elle connaît absolument tous les travers de la vie adolescente. L’émotion est facilement transmissible, même si on peut avoir tendance à s’éloigner un peu du personnage. Cela signifie qu’elle est devient de plus en plus indépendante. Elle se forge une personnalité et ne correspond plus autant aux critères du personnage de fiction : elle n’est plus un réceptacle dans lequel quasiment tout le monde peut se retrouver. Marjane entame sa vraie révolution.
Dans la quatrième partie, on peut se dire que Marjane n’en veut pas tant que à ses parents. A l’époque, oui, mais cette période dure et loufoque de sa vie lui a permis de s’émanciper totalement. A tel point qu’elle n’arrive plus à vivre convenablement en Iran. Toujours à se demander si elle est bien habillée, si elle a sa liberté de pensée ou encore pourquoi rien ne va avec son mari. Persepolisest un regard de révolutionnaire mais surtout de femme sur ce qui s’est passée en Iran durant la guerre du Golfe. Marjane l’a pleinement vécu et même si elle est née dans une famille plus aisée que d’autres, elle n’a pas été épargnée par le destin : morts dans sa famille, disparitions, amis mutilés, expatriation etc. De plus, certains planches sont dignes d’affiches communistes : au-delà de l’histoire, Marjane arrive à nous faire passer un message codé et fort sur son époque et sa pensée, au point qu’il devient difficile d’aimer le personnage à toutes les époques de sa vie. Soit on l’aime, soit on ne l’aime pas. Ce qui est étonnant, c’est plus elle grandit et plus la révolution devient personnelle. Dans les deux premières parties on s’attache beaucoup plus à la révolution intérieure du pays. Les deux autres parties sont comme une métaphore du pays sous la forme de la psyché et du physique de l’héroïne. Une BD très forte dans sa construction.

Persepolis est une BD au fort potentiel graphique et à la narration impeccable. Sous la forme d’un journal, on découvre l’intimité d’une petite fille qui deviendra grande. Le contexte historico-politique a complètement façonné son caractère et créé autour de l’auteur une aura qui rend l’héroïne et Marjane elle-même très charismatique.
L’émancipation de la femme ne se fait pas  moitié, on va très vite dans l’excès. C’est peut-être le point que j’ai le moins aimé, mais après tout je n’ai pas vécu sous le joug d’un gouvernement religieux intégriste.
En tout cas, j’ai adoré en apprendre un peu plus sur ce qui s’est vraiment passé en Iran à une époque où j’étais beaucoup trop jeune pour comprendre.

Un style percutant, une histoire politique qui est d’actualité, un combat entre féminisme et intégrisme religieux, bref un cocktail Molotov autobiographique qui ne fera pas que des bulles pour ce réveillon. Plus qu’un témoignage, une voix.

Note :

Aller plus loin ?

Crédits : planches trouvées sur Paul Gravette et 20Minutes.

2 commentaires sur “Persepolis de Marjane Satrapi

  1. Tiens, je n'ai vu que le film (que j'ai beaucoup aimé – beaucoup d'indépendance, de finesse dans l'analyse de sa propre expérience et simplicité des traits) et on a les BD à la maison… Tu me donnes bien envie d'y plonger 🙂

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  2. Lu au lycée, j'avais beaucoup aimé. Certaines choses m'ont marquée, comme la transformation de son corps à l'adolescence, qui m'a fait rire, et les moments où elle se révolte quand elle entend cette connerie: "la femme porte un voile parce que son corps attire le regard des hommes" (et si elle en met pas elle s'expose au viol ou je sais plus trop quoi. C'était quelque chose dans le genre).

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