Le Coeur cousu de Carole Martinez

Le Cœur cousu ou comment avoir trois contes de destins de femmes subdivisés en autres contes dans un seul volume.

J’ai découvert l’auteur en me renseignant sur la rentrée littéraire de Gallimard. Des textes comme toujours cohérents même si hétéroclites. Mais une histoire en particulier m’a charmée, celle Du Domaine des Murmures. Je vous rassure, je vais bien parler du Cœur cousu dans cet article mais je voulais juste faire comprendre pourquoi j’en suis arrivée à lire ce petit livre assez étrange tant dans son intrigue que dans sa forme. Carole Martinez a écrit un texte très – peut-être trop ? – riche et qui peut trouver facilement un écho parmi les lecteurs de contes et les lecteurs de fantastique. Le Cœur cousu illustre très bien les tendances d’aujourd’hui mais on sent tout de même qu’il s’agit d’un premier roman. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un coup de cœur, mais je ne ressors pas indemne de cette lecture. Hétéroclite, ce livre est bien moins scolaire que son nouveau roman.

Le livre est disponible en grand format, en poche mais aussi en ebook pour ceux qui auraient craqué sur le kindle. Néanmoins, la couverture du poche m’a beaucoup aidé à donner une couleur à ma lecture.

Titre : Le Cœur cousu (ISBN : 9782070379491)
Auteur : Carole Martinez

Nombre de chapitres : 68
Nombre de parties : 3
Nombre de pages : 443

Personnages principaux : Frasquita et tous ses enfants : Anita, Angela, Martirio, Pedro, Clara et Soledad.

Résumé -presque- complet :
– Un conte des mille et une nuits –

En pleine nuit, Soledad décide d’écrire, de raconte l’histoire de sa mère. L’ambiance du roman est donnée dès les premières pages : un accouchement difficile, les dunes du Sahara et des jeunes filles aux pouvoirs étranges. Soledad, du jour au lendemain, est passée de jeune fille à vieille femme. Elle explique implicitement que sa mère avait un don -magique ?- qu’elle tenait de sa propre mère. Frasquita, la mère de Soledad, l’a transmis à tous ses enfants.

Frasquita est initiée par sa mère alors qu’elle devient nubile. On lui transmet trois types de prières, durant trois nuits différentes de la Semaine Sainte, et une boîte qui doit révéler la part intime de la jeune fille et la sublimer. La mère de Frasquita n’a pas réussi à tenir les neuf mois requis dans sa jeunesse et veut absolument ouvrir la boîte qu’elle a transmis à sa fille, au point d’en devenir folle : elle creuse des trous partout dans la région et tout le village en fait autant. A la fête de la sainte Marie, Frasquita va découvrir dans l’église du village que la statue qu’on porte en procession n’est qu’un visage sur un maillage de fer. Elle n’a ni corps ni cœur. Pleine de dévotion et en pleine réflexion sur son identité, elle lui offre un cœur rouge cousu. Tout le monde au village pense à un miracle, seul le prêtre est au courant de la supercherie… mais ne peut s’empêcher d’y voir un signe pour raviver sa foi.
Plus tard, Frasquita est enfin mariée à José, le jeune forgeron, et découvre qu’elle n’a aucune satisfaction charnelle ou sexuelle avec lui. Il n’empêche qu’elle enchaîne grossesse sur grossesse et insolite sur insolite. Tous ses enfants semblent avoir acquis un pouvoir singulier et étrange. Anita, l’aînée est muette mais comprend absolument tout ce qu’on lui dit dès son plus jeune âge. La seconde, Angela, a une voix de rossignol et est née avec des plumes parce que son père s’était fondu dans la masse des poulets de la basse cour, en proie à une grande dépression. Il a (littéralement) culbuté sa femme et une enfant oiseau est sortie du ventre de Frasquita. Chaque enfant a son pouvoir : Martirio voit et communique avec les morts, Pedro a un don pour le dessin et Angela luit dans la nuit. En plus des événements surnaturels qui surviennent avec la famille de Frasquita, un médecin vient au village et loge chez la Blanca, une des accoucheuses. Quand il part, les villageois découvrent qu’il enlevait les enfants. La Blanca avait mis en garde Frasquita : c’est un ogre et il veut posséder Clara.

Le nœud de cette partie est dans le lien qu’entretient le mari de Frasquita avec les poulets. Il s’amourache d’un coq sorti d’un œuf rouge et en fait un coq de combat. Les villageois en font leur champion parce qu’il pourrait récupérer l’oliveraie et ainsi enrichir les villageois. A trois reprises, il perd et la dernière fois joue même sa femme. Frasquita est déshonorée dans sa propre maison par l’homme qui l’a gagnée, mais paradoxalement elle atteint enfin la jouissance et le plaisir charnels. Pourtant, Frasquita n’est pas crédule et sait qu’elle n’a plus aucune crédibilité face aux villageois. Son mari l’a vendue. Elle se lance alors sur la route avec une charrette, ses enfants et sa robe de noces qui fleurit à nouveau. Elle va toujours plus vers le Sud.

– L’influence des guerres civiles –

Frasquita et ses enfants rencontrent successivement un meunier qui fait de la farine à partir de la craie et un groupe de révolutionnaires. On apprend par la suite que ce meunier est mort et que c’est grâce à Martirio que la petite famille a pu le voir. Quelques pages après, les révolutionnaires leur arrachent des mains leur étrange farine, se font arrêter dans le village plus bas parce qu’on leur a donné à manger et le chef, Salvador, est torturé avec barbarie. Son visage ne ressemble plus à rien. Frasquita est obligée de le soigner en recousant sa peau, comme elle l’a déjà fait pour le poulet de son mari. S’enchaînent trahisons et complots entre révolutionnaires, hommes torturés et intervention de l’ogre.
Alors que Frasquita se découvre une attirance pour cet homme défiguré, elle reste à son chevet et le médecin ogre, Eugenio, tente de s’emparer d’une des filles de Frasquita. La Blanca, partie sur la route et rattrapée par les révolutionnaires sur un ordre d’Eugenio, monte la garde. Pourtant un soir, Martirio part avec Clara dans les grottes cathédrales qui servent de planque à la bande. Le fantôme du meunier lui indique où placer sa sœur endormie pour la protéger de l’ogre. En revenant sur ses pas et dans le noir, l’ogre arrive à la surprendre et à l’étouffer. Il commence à prendre plaisir à la toucher, à l’abuser mais soudain les morts protègent Martirio. Malheureusement, Eugenio frappe dans le vide et tue l’enfant. Salvador, Frasquita et sa famille arrivent à s’enfuir avec quelques révolutionnaires par un autre chemin : l’armée les a pris en chasse dans les tunnels. La Blanca est resté avec Eugenio qui s’avère être son fils. Elle l’égorge avec amour. Pendant ce temps, Salvador met le feu aux galeries et toute l’armée est décimée.

Tous reprennent la route et abandonnent les morts, sauf Martirio. Frasquita utilise une des prières du troisième soir pour ressusciter sa fille. Elle réussit mais est gravement affaiblie. Ils restent quelques temps avec le groupe de Salvador car la mère devient son amante. Pour la laisser reprendre la route vers le Sud, il lui ordonne de lui broder un drapeau. Frasquita ne sait pas ce qu’elle brode et c’est quand elle annonce que Salvador va être tué qu’elle comprend la signification : elle a tissé la scène même de son exécution. Elle reprend alors la route vers le Sud, traverse la mer, et continue sa route à travers le désert. Une maure, Nour, arrive à l’arrêter pour qu’elle accouche enfin de la petite Soledad. Anita, entre temps, a ouvert sa boîte neuf mois après son initiation. Elle ne sait plus lire ni compter, mais ses paroles sont entre le chant et le tissage de sa mère. Elle est devenue une grande conteuse qui apporte paix et joie.

– L’Enfer et le Paradis de L’Espagne du Sud –

Soledad devient en quelque sorte le personnage principal de cette partie avec sa mère, Frasquita. La jeune fille, devenue vieille femme en plusieurs années mais paradoxalement en une nuit, raconte comment sa mère est passée du stade de folle à celui de la mère posée qui a retrouvé le goût de la couture. Soledad est placée sous le signe de la solitude depuis le début du roman, mais le fait qu’on ne sache pas si son père est l’homme à l’oliveraie ou Salvator ajoute un côté réservé et mystérieux au personnage. Son identité est brouillée.

Pour vivre, Frasquita devient couturière pour toutes les filles du village qui sont grosses avant le mariage. Elle les rend belles grâce à la magie de ses broderies. La clientèle arrive de plus en plus haut, alors la mère couturière en demande un peu plus à chaque fois pour nourrir sa famille. Anita et Angela ne sont plus obligées d’aller faire des ménages pour aider la famille, mais on ne sait pas non plus depuis combien de temps elles étaient parties. L’affaire commerciale devient si importante que Frasquita ne peut plus lever les yeux de son ouvrage, alors Anita gère tout ce qu’il y a autour : réception des commanditaires, des marchands, des étoffes. Elle passe maître dans l’art de la négociation et dans la tenue des livres de compte. Pendant ce temps, Angela a ouvert à son tour la boîte qui passe de génération en génération. Une corneille en est sortie et lui permet de voir le monde extérieur par ses yeux. Quelques temps plus tard, une magnifique jeune femme arrive pour avoir une robe rouge de bal. Frasquita s’épuise à la faire car sa cliente découd sans cesse ses canevas en tirant des fils qui détruisent la structure de la robe. Martirio obtient à son tour la boîte. Au moment de l’ouvrir, elle comprend la signification de cette femme : cette cliente est la Mort et elle lui délivre son don avec sensualisme et un baiser langoureux. Martirio devient capable d’aspirer les âmes au simple contact de ses lèvres. Elle l’utilise pour que sa mère repose enfin en paix. Soledad n’a pas eu le temps de lui dire au revoir.

Cela aurait pu marquer la fin du conte… Mais José les a retrouvés, elles et leur frère. Il vit sur les économies de ses filles et voit en Pedro un nouveau coq de combat. Il en fait une brute, trouve une parade pour qu’il combatte et l’emmène avec lui pour gagner de l’argent. Quand Pedro a enfin réussi à finir son œuvre un soir, une sorte de magie semble sortir du tableau qu’il a dessiné à la craie. Le père, José, veut toujours plus d’argent et pour montrer que le dessin n’est fait que de craie, il en détruit une partie. Pedro alors se jette sur lui et lui tord le cou comme à un coq.
Anita prend une place de plus en plus importante : elle est à la fois la mère de ses sœurs et une magicienne des mots. Elle porte l’héritage de sa mère aussi bien dans la mémoire que dans ses contes. C’est cette magie qui permettra à son mari, Juan, de ne pas consommer leur mariage pendant quinze ans. Dans cette famille maudite, les mots sont magiques et Juan a décidé de vivre selon leurs règles pour avoir le bonheur d’être père et de désirer toujours plus Anita.
Les sœurs se marient au fur et à mesure mais pas dans l’ordre des choses. Toutes les robes tissées par Frasquita correspondaient à ses enfants et seule Soledad n’en a pas. C’est Clara qui se lance dans cette aventure après Anita. Cette cadette est étrange : elle s’est mariée parce que Pierre, son époux, portait des boutons dorés. Attirée par tout ce qui produit de la lumière, elle n’a jamais été initiée et vit dans un monde parallèle à celui de sa famille et à la réalité. Elle passe pour une fille superficielle pour les villageois. Elle ne se rend pas compte non plus de l’amour fusionnel que lui porte Martirio. Cette dernière réussit à attirer Pierre dans ses filets le jour des noces de sa sœur pour le tuer par un baiser glacial. Le corps exsangue de Pierre dans son lit ne choque pas Clara : elle préfère se tourner vers le soleil. Ainsi commencent la légende de Martirio l’assassine et le remboursement des dettes charnelles de Clara dans les ombres de la nuit… Ainsi Martirio tombe enceinte de Lunes, le vitrier amoureux de la nuit, et se marie avec lui. La suite des événements est tout aussi mystérieuse : Clara s’entiche d’un vieillard et les ombres commencent à prendre possession du village après leur mariage, tandis qu’Angela tombe amoureuse du prêtre. Ce dernier lui ordonne de ne plus chanter car il voit dans son chant la voix du diable. Angela va donc se pendre à la une volière et sa corneille lui mange les yeux. De son côté, Clara se meurt car son époux l’empêche de voir le soleil en l’enfermant dans sa chambre. Elle y dort constamment telle une Belle au bois dormant. Un jeune cheik réussit à tuer le vieil homme et libère la jeune femme.

Ces événements ont longtemps rebuté Soledad : devant tant de malheur, elle n’a ouvert sa boîte qu’une fois devenue vieille. A l’intérieur s’y trouvait un cahier et une plume pour écrire l’histoire de sa famille, pour que les contes oraux passent à l’écrit pour que le féminin passe au masculin.
Soledad, à défaut de robes de noces, s’est rabattue sur son châle noir, celui que sa mère utilisait pour la border étant bébé. C’est donc par l’intermédiaire des dons de cette boîte qu’elle essaie de retrouver sa mère, cette mère qui ne lui a rien légué, qui ne s’est jamais occupée d’elle. Voulant stopper l’horreur qui accable la famille, elle décide de ne pas céder la boîte et rend les feuilles griffonnées au vent du désert. Elle récite la prière du dernier soir… et révèle sa véritable identité. Personne n’aurait songé que Soledad était…

Mon avis

Six destins de femmes et deux destins d’hommes. Ce roman est une ode à la féminité et aux problèmes qui existent entre transmission orale et écriture. La fin du roman permet de retourner toute l’interprétation du roman qui met bien en avant une culture dite féminine par la société : la culture orale des contes. Le motif même du roman, la couture, nous met dans une ambiance colorée, légère et oppressante à la fois d’une société de femmes. Carole Martinez utilise toujours le bon mot. Elle aimer user le champ lexical jusqu’au dernier substantif, mais elle sait tempérer son style.

Nous sommes dans un conte avec un imaginaire débordant. Osciller entre ceux qui sont connus de tous comme Le Petit Poucet ou La Belle au bois dormant et ce tissage de mots héliotropes à la poésie simple mais édifiante nous rappellent qu’il en faut peu pour être ébloui. L’intrigue est si complexe qu’il est difficile de résumer absolument tous les événements. L’Espagne et l’Afrique donnent un ton lumineux et sombre à la fois et c’est une véritable aventure que de se plonger dans le Cœur cousu. Si on aime les contes, on a du mal à sortir du roman. J’avoue tout de même avoir eu deux ruptures : une à chaque fin de partie. Il y a comme une impression de trois romans en un sans pour autant que ça soit le cas. On retrouve une bonne harmonie entre les parties : le blanc (la vie) et le rouge (la mort) bataillent aussi bien en couture que dans la vie de Frasquita. L’écriture de Carole Martinez est légère, métaphorique mais vive. On ne s’ennuie pas, on se délecte de ses ambiances qui jouent sur la lumière et la couture. Le texte est très féminin mais il y a un côté cruel des contes qui permet de rendre l’expérience de Frasquita universelle.
J’ai beaucoup aimé l’aspect un peu historique du roman avec l’intervention des guerres civiles. Je ne m’y connais pas du tout en histoire espagnole, mais l’ambiance des grottes, la mort, la torture et la révolution m’ont beaucoup rappelé Le Labyrinthe de Pan. On retrouve en plus à peu près le même procédé pour narrer une période très sanglante : les enfants jouent et ne font pas attention à ce qui se passe autour d’eux.

Même si ce roman détonne et change énormément de ce qu’on lit habituellement, il y a un côté brouillon et fouilli qui gêne à plusieurs reprises la lecture. Je trouve ce roman moins abouti que Du Domaine des Murmures. L’auteur se défend dans son écrit : elle mime la position de Frasquita la brodeuse. A partir d’une histoire, elle brode plusieurs canevas qui ont un lien entre eux ou pas mais qui donne une allure d’infini au texte. Ceci dit, on peut prendre le problème à l’envers et penser au genre des miscellanées.
L’allure fantastique et dérangeante du texte me force à comparer ce roman à ceux d’Ogawa, qui travaille sur les mêmes thèmes : mort, mémoire, écriture, identité féminine, sensualisme. On sent nettement qu’Ogawa a acquis une meilleure maîtrise du sujet dès ses premières publications et qu’elle arrive mieux à doser les moments où l’étrange ou l’horreur doivent ponctuer le récit. J’ai eu l’impression avec Le Cœur cousu qu’on est davantage dans le cruel et le cru, alors que l’écriture légère et fine nous laisse flotter dans un petit nuage tout au long du texte. Je peux me permettre ce genre de remarques parce que Du Domaine des Murmures, lui aussi écrit sur la base d’un conte, montre que Carole Martinez manie bien mieux son sujet. Cependant, l’épuration a donné un autre type de texte et non un doublon. D’ailleurs, cette comparaison permet de soulever un point positif : l’auteur sait très bien travailler les ambiances en peu de mots. Comme précisé, Du Domaine des Murmures n’est pas un Cœur cousu bis. Chaque livre a son propre univers tout en étant lié les uns aux autres. On sent très nettement le style de l’auteur et c’est ce qui me fascine dans ses textes : on est transporté à chaque fois dans un ailleurs, mais on lit toujours une histoire sur l’identité féminine, sur la chair ou la spiritualité.
On a un peu de mal à se lier aux personnages mais c’est le problème le plus récurrent de tous les contes, donc on peut se dire que l’auteur a bien rempli son contrat. Frasquita évolue durant toute sa vie et on finit même par ne plus se souvenir de son âge. Les frontières sont brouillées entre roman et conte, Carlole Martinez semble vouloir prendre son envol par rapport aux autres textes de la littérature contemporaine française et j’espère qu’elle sera distinguée un jour par un beau prix tel que le Goncourt.

Ce texte a reçu de nombreux prix littéraires et on peut le comprendre : travailler sur le thème de la brodeuse, mimer ce travail dans la structure même du livre et réactualiser les contes, cela méritait une récompense. Néanmoins, ce livre n’est plus à l’image de ce que Carole Martinez est capable de faire. Si certains ont vu les reportages sur son dernier roman, ils pourront remarquer que Le Cœur cousu est à l’image de l’auteur : elle aime broder et il faut peut-être l’aider à tronquer pour travailler d’autres thèmes dans un autre roman pour que son talent puisse bien mieux ressortir.

En conclusion, si vous avez aimé Du Domaine des Murmures, je vous encourage à lire ce roman. N’abandonnez pas, car Carole Martinez manie très bien le suspense. Elle retourne l’interprétation de son roman en exactement cinq vers.

Note :

Aller plus loin ?

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