Andromaque de Racine

« Hé bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ? Pour qui sont sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ? Venez-vous m’enlever l’éternelle nuit ? »

Andromaque, le personnage qui donne son nom à la pièce, est quasiment absente de l’intrigue. Ceux qui pensent que les ficelles de la tragédie sont toujours les mêmes se trompent. Ici le personnage est bien le moteur de son propre malheur mais il est surtout celui des autres. Andromaque est une pièce qui laisse la part belle aux innocents comploteurs. Hector est vengé mais les cœurs sont déchaînés et nous pénétrons dans un terrain enclin à la folie.
Avec cette histoire, Racine décide de réinterpréter une partie de l’Énéide : la mort d’Astyanax qui, ici, n’arrive pas. L’enfant est l’objet de toutes les attentions de sa mère mais n’est jamais présent. Le dramaturge sait très bien détourner les règles de la bienséance. On ne ressent pas le manque de violence visuelle tant les intrigues amoureuses sont complexes et fortes. Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector.

Ayant accès à une anthologie sur Racine, je profite de ma relecture de Bérénice pour faire le tour d’autres pièces que j’ai aimées. L’édition en image est aussi très bien présentée, a un dossier pour aller plus loin et la couverture est très belle.

Titre : Andromaque (ISBN : 9782070304677)
Auteur : Racine

Nombre de pages : 173
Personnages principaux : Andromaque, Pyrrhus, Oreste, Hermione, Pylade, Cléone, Céphise, Phoenix.

Résumé complet :

 

Acte 1
Oreste arrive comme ambassadeur au palais de Pyrrhus, fils d’Achille et roi d’Épire, pour réclamer Astyanax. La colère des Grecs gronde : ils ont peur que le petit une fois grand venge son père. La force physique étant une qualité encore héréditaire à cette époque et Hector ayant été un favori de Zeus, il risque de devenir aussi puissant qu’Achille.
Avant de rencontrer le roi, Oreste rencontre son ami Pylade à qui il confie qu’il aime toujours Hermione, fille d’Hélène. Pyrrhus entre en scène, écoute l’ambassadeur et refuse de livrer l’enfant. Oreste pense qu’Hermione l’aidera à arrêter le roi. Ce dernier laisse faire car cela fait partie de son plan. Face à lui, Andromaque arrive sur scène toute larmoyante mais toujours avec fierté et prestance. Elle refuse toujours le mariage.

Acte 2
Hermione qui aime à la folie le roi d’Épire, fils d’Achille, le déteste de toute son âme. Cléone, confidente, veut en vain la protéger d’Oreste. La princesse rejette l’amour du soupirant, mais elle décide de l’utiliser pour se venger de Pyrrhus qui préfère Andromaque. S’il ne l’aime pas, alors peut-elle aimer Oreste ? Elle serait prête à le suivre, à fuir avec lui. Mais voilà que le roi d’Épire change d’avis : il concède à livrer Astyanax. Il est fou d’amour pour Andromaque… Après discussion, Phoenix, confident de Pyrrhus, pense avoir remis sur le droit chemin son roi. Il a réussi à le convaincre d’épouser Hermione.

Acte 3
Oreste, lui n’est au courant de rien. Il est perdu et souffre malgré les conseils de Pylade : il lui suggère d’enlever Hermione. A la vue de la princesse, Pylade sort et laisse Oreste confier son cœur. Hermione s’amuse à le fouler du pied. Sa joie est de courte durée car Andromaque revient sur scène. Elle la méprise et la laisse seule sur scène avec sa confidente Céphise. Pyrrhus arrive mais il n’entend pas la confession d’Andromaque : elle explique point par point pourquoi épouser le roi d’Épire serait offenser la mémoire d’Hector. Soudain, Pyrrhus veut bien lui rendre son petit Astyanax à condition qu’elle cède à ses avances, comme toujours.

Acte 4
Andromaque et Céphise sont allées sur la tombe d’Hector pour lui demander son avis. La veuve rappelle tout le passé troyen et achéen durant la guerre de Troie. Elle accepte l’hymen sacré mais annonce qu’elle se suicidera juste après. Hermione prend la place des autres sur scène et fait venir Oreste pour lui ordonner de tuer Pyrrhus, pour la venger du déshonneur. Plus tard une scène de rage éclate entre Hermione et Pyrrhus.

Acte 5
Hermione est prise de remords. Elle se voit comme un monstre. Quand Oreste lui annonce que les Grecs ont assassiné Pyrrhus durant les noces et qu’il n’a donné que le dernier coup, elle le chasse, le maudit et court rejoindre le cadavre de son véritable amant. Oreste se retrouve seul et ne comprend pas pourquoi la princesse continue de le repousser. Pylade apparaît dans la dernière scène pour raconter la mort de la jeune fille : elle s’est suicidée à l’aide d’un poignard au-dessus du corps de Pyrrhus. Il annonce aussi qu’Andromaque, hors d’elle, crie vengeance et veut qu’on tue Oreste et ses hommes. Comme si les dieux l’avaient entendue, les Érinyes poursuivent le fils d’Agamemnon dans sa tête.

Mon avis

Malgré une relecture laborieuse à cause d’un environnement peu calme cet après-midi, j’ai à nouveau adoré l’intrigue. Une fois que l’on sait où chercher le génie de Racine, on se délecte de chaque mot. Même si la bienséance censure la partie de l’intrigue la plus terrifiante et la plus violente pour le public de l’époque (cimetière, mort de Pyrrhus dans un bain de sang sur l’autel), les mots sont si forts qu’on ressent entièrement la haine et l’amour que les personnages se portent. Les champs lexicaux sont riches, colorés, nostalgiques. Le bleu et le rouge dominent. On retrouve comme toujours le vocabulaire de l’amour comme la pâleur, le jeu de regards, le flux des sangs, etc. La langue est belle mais l’intrigue demande un bon niveau de concentration pour ne pas se perdre dans les sautes d’humeur des personnages dans la même tirade.
A nouveau, la politique se mêle à l’amour, mais c’est beaucoup moins visible que dans Bérénice. Chaque personnage incarne un héros de la guerre de Troie et donc une valeur : la justice, la tempérance, la charité aussi. L’amour est toujours à sens unique : si on suit la chaîne d’un bout à l’autre elle entraîne vers la mort, vers Hector enterré. Ce qui nous paraît très étrange c’est le peu de présence d’Andromaque, mais c’est encore elle qui est l’action. Elle dit et tout retombe sur les autres, eux-mêmes déjà maudits par leur passé ou futur mythologique. La simple mention du prénom Oreste nous apprend qu’il y aura parricide; Hermione est la fille d’Hélène qui a causé la guerre de Troie et Pyrrhus, fils d’Achille ne peut qu’être détruit par Ilion, Andromaque.
Contrairement à Bérénice, la vraisemblance des sentiments transparaît plus difficilement. Il faut garder à l’esprit que tous les personnages sont maudits par la guerre de Troie donc les dieux, par le passé des Atrides et surtout par la droiture et le caractère vertueux d’Andromaque, seule à ne pas céder à la folie passionnelle. Contrairement à Phèdre, la veuve d’Hector cherche le bonheur de son fils et ne veut pas entacher l’honneur de son mari. Elle suscite à la fois l’admiration et la haine. Elle disait vouloir se suicider après avoir épousé Pyrrhus à la toute fin pour sauver son fils, mais elle est la seule vivante et vengée. Cette versatilité est l’identité même de la pièce. D’ailleurs, certaines scènes peuvent tourner en ridicule les personnages tant le changement de bord est fréquent. Le jeu des acteurs devait donc sonner juste.

En conclusion, une pièce à recommander pour tous les mordus de mythologie grecque et surtout de la période de la guerre de Troie. Il me semble que pour avoir un oeil plus éclairé sur le texte, il faut avoir lu l’Iliade et bien connaître le mythe des Atrides. La pièce fait beaucoup de sous-entendus et malgré ce qu’on pourrait croire, il y a une destinée décidée par les dieux. La guerre de Troie est due à la colère d’Achille, oui, mais ce sont les dieux qui dirigent qui doit gagner et pourquoi. Tout ceci, le lecteur doit le savoir avant de se lancer dans Andromaque.
Un texte magnifique vous attend, mais il vous faut un petit bagage pour l’apprécier pleinement.

Note :

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