Bérénice de Racine

« J’aimais, Seigneur, j’aimais : je voulais être aimée. Ce jour, je l’avoûrais, je me suis alarmée : J’ai cru que votre amour allait finir son cours. Je connais mon erreur, et vous m’aimez toujours. »

J’ai lu ici et là que pour beaucoup cette pièce est médiocre et que sa concurrente Tite et Bérénice de Corneille était bien mieux écrite, bien mieux pensée au niveau de l’intrigue politique. Ayant aussi lu l’inverse et ne connaissant pas cette pièce, je suis incapable de comparer. Je vais donc m’en tenir à mon ressenti sur Bérénice. Ceux qui ont lu la pièce de Corneille peuvent en parler dans les commentaires sans problème.

Dans le cadre de mes relectures de classiques du lycée, je me lance à corps perdu dans une tragédie de Racine qui m’avait fascinée : Bérénice. Moins bien écrite que Phèdre, tellement sobre qu’elle paraît complètement nue, on se demande bien ce qu’on peut trouver à cette pièce. Et bien c’est justement cette simplicité et cette absence de la fatalité divine qui m’avaient plu. Bien sûr, on enlève une partie de ce qui fait Racine mais le personnage de Reine de Palestine a ma préférence face à la pitoyable Phèdre… Non je n’ai jamais aimé cette femme, ne soyez pas offusqués. Une pièce plaisante que je vous conseille de lire !

Titre : Bérénice (ISBN : 9782011693105)
Auteur : Racine

Nombre de pages : 159

 

Personnages principaux : Bérénice, Titus, Antiochus, Paulin, Phénice, Antarse.

Résumé complet :
Acte 1
Antiochus, roi de Comagène, avoue à Bérénice, reine de Palestine, son amour mais elle le rejette. Il souhaite partir de Rome. Ce personnage secondaire servira simplement à combler le vide sur scène. Chacun de leur côté, Antiochus et Bérénice vont présenter le contexte politique de Rome : Vespasien est mort durant un siège où les troupes d’Antiochus ont permis de donner le coup de grâce aux ennemis. Titus est devenu empereur et son amante Bérénice doit devenir sa femme mais Phénice, la confidente royale, rappelle que Rome gronde : elle n’aime pas les rois.Acte 2
Titus a peur : il aime Bérénice mais il doit aussi accomplir son devoir d’empereur romain. Les lois l’empêchent de se marier à une étrangère ou à une reine. Paulin, confident impérial, arrive à lui faire confesser cet amour et le pousse à se prendre en main pour annoncer à Bérénice leur rupture. C’est le début d’un jeu de cache-cache : Titus n’arrive pas à avouer sa décision à Bérénice et il cherche Antiochus pour faire la sale besogne.Acte 3
Les deux rivaux ne connaissent pas les sentiments de l’un et l’autre, mais Antiochus ne profite pas de la situation quand Titus lui ordonne de faire part de sa décision à Bérénice. Il sait que cet amour tragique ne lui reviendra pas. D’ailleurs, il se sent libéré quand Bérénice lui interdit de paraître à nouveau devant elle.Acte 4
Se sentant trahie, elle préfère ne pas se parer et aller trouver Titus. Phénice la retient et lui dit d’attendre dans son appartement. Sur scène, Titus entre dans un long monologue où il pèse le pour et le contre : devenir empereur et aimer son peuple ou rester un homme et aimer sa Reine ? Bérénice l’interrompt pour mettre les choses au clair et le quitte après un violent dialogue. Elle dit vouloir se suicider. Antiochus reproche à Titus la situation. Sous ces paroles cassantes, l’empereur décide de retrouver Bérénice.Acte 5
Titus n’arrive pas à retenir sa Belle qui l’accable de tous les maux et qui le désigne comme étant le fautif dans l’histoire. Elle ne comprend pas qu’elle a façonné Titus tel qu’il est à présent en lui demandant de devenir empereur, alors qu’il était un homme plaisant et heureux sans le joug du pouvoir. Tout ceci, néanmoins, ne serait pas arrivé si Vespasien n’était pas mort. Elle ne met pas sa menace à exécution : elle part, il la quitte. Antiochus ne pourra plus revoir Bérénice.

Mon avis

Ma pièce préférée de Racine au lycée. Après une petite relecture, j’aime toujours ce petit bijou mais je n’ai plus la même candeur. La différence majeure vient du fait que je ne savais pas trop pourquoi j’aimais Bérénice. Ce personnage a plus de prestance que Phèdre (voilà une vraie reine !), mais elle est aussi humaine et victime de ses propres feux. Son rôle très complexe dans la pièce a attisé mon admiration pour elle. Elle est l’origine de son propre malheur sans le savoir. C’est elle qui a voulu que Titus devienne un empereur et c’est en empereur qu’il la rejette et non en amant. Commençons par les points positifs de cette lecture avant de passer très rapidement aux zones d’ombre.

L’intrigue est simple et pourtant la vraisemblance n’y est que plus forte. Certes, la mort de Vespasien représente en quelque sorte le Destin qui chapeaute l’ensemble de la pièce, mais ce sont les actes des personnages qui déterminent leurs choix. Le trio amoureux s’enferme tout seul dans la dérive. Il ne faut pas cependant s’arrêter à cette idée : Bérénice est avant une tragédie politique (qui je rappelle aurait une intrigue politique médiocre, mais je ne peux pas en juger par moi-même), où l’amour montre quels sont les devoirs d’un empereur et ceux d’un amant. L’accent est bien sûr mis sur l’amour. Qui plus est, un lecteur non averti pourra être surpris par l’absence de morts dans cette pièce. Que nenni, regardez de plus près : la politique a tué l’amour et donc a tué les hommes et femmes. Titus et Bérénice ont renoncé à ce qui faisait d’eux des êtres humains avec leurs défauts et leurs passions. La politique et ses devoirs sont plus raisonnables et beaucoup plus cruels. Bérénice a tué l’homme qu’était Titus et décide de l’action de la tragédie. Titus, même si lui aussi tue la femme en sa Reine, est en proie au doute. Il est en quelque sorte l’innocent et un acteur de l’action. Bérénice est toujours sûre de ses choix, elle EST l’action de la pièce.
Concernant le texte… qu’il est beau, élégant, subtil ! Bien sûr, il est plus épuré que dans d’autres pièces que Racine a pu écrire mais on remarque plus facilement les jeux lexicaux, les jeux de scène, etc. Les personnages sont vivants, aimants, détestables mais toujours droits. Mais attention à ne pas oublier un élément capital et sous-jacent : le monothéïsme face au polythéïsme. J’ai eu l’impression que ce texte annonçait la chute de Rome. Le pouvoir n’est pas un droit divin pour Titus, Rome déteste les rois et c’est pourtant Bérénice qui fait de Titus ce qu’il est : un empereur. Amour, trahison, vengeance, un cocktail facile pour la tragédie mais aussi un message à l’intention du souverain français. Bérénice n’est qu’une femme à fort caractère : elle est reine de Palestine, tout un symbole pour les catholiques que sont les français du XVIIe siècle.

Quelques points noirs tout de même : Antiochus est un personnage bouffon qui ne sert strictement à rien, le jeu de cache-cache peut paraître comique à notre époque et enlève tout le tragique de la situation. Enfin on ne comprend pas tout de suite que Bérénice est la fautive dans l’histoire. Ce n’est qu’avec les notes de mon édition et les quelques vers cités en chapeau que j’ai pu comprendre cela.

En conclusion, cette pièce est simple, riche mais présente quelques défauts. J’ai sûrement oublié beaucoup de choses (dont l’attention qu’il faut porter à la versification et qui m’a à nouveau séduite), mais retenez avant tout que Bérénice est une pièce qui n’a pas mal vieilli, bien au contraire. Pas de note maximale parce que malgré tout, je préfère de loin Andromaque qui réunit tout ce que j’ai aimé dans Bérénice et les ingrédients manquants qui font Racine.

Note :

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