Le Livre des Choses Perdues de John Connolly

La version poche de ce roman est sortie il y a peu, mais pour entretenir l’aspect conte j’ai préféré acheter la version grand format avec la belle couverture pour adultes. La couverture pour jeunesse est similaire mais à fond rouge. Dès les premières pages du roman, je suis conquise. Même si la narration n’est pas aussi complexe qu’un Barbey d’Aurevilly mais pas aussi simpliste qu’un Nothomb, on est tout de suite transporté par le style de l’écrivain. Pour ceux qui ont lu le cycle de L’Épouvanteur, la grammaire des phrases est similaire : ce n’est ni trop simple ni trop compliqué. En ouvrant ce livre, vous vous apprêtez à entrer dans un monde de cauchemars et d’aventures. Serez-vous assez fort pour trouver votre « paradis perdu » ?
Il est à noter que, même si les éditions L’Archipel ont édité ce roman avec deux couvertures, John Connolly reconnaît lui-même qu’il n’avait pas prévu ce type de public. Je vous renvoie vers l’interview faite par Les Histoires sans Fin.

Titre (français) : Le Livre des Choses Perdues (ISBN : 9782809801439)
Auteur : John Connolly

Nombre de chapitres : 33
Nombre de pages : 349

Personnages :David, le père de David, la mère de David, Rose, Georgie, le Garde forestier, Roland, l’homme biscornu, les personnages de conte, Jonathan, Anna.

Résumé

A cause de la complexité des récits enchâssés, seuls les événements principaux seront relatés.
La mère de David meurt très vite au début du roman, sans que nous ne connaissions le nom de sa maladie. David se sent seul et n’aime pas la nouvelle compagne de son père. Au bout de six mois, le père de David et Rose se marient. Deux mois après cela, Georgie naît et tous emménagent dans la maison de Rose. Londres n’est plus sûr du tout depuis que les bombardiers allemands survolent la ville.
Dans sa nouvelle chambre, David entend les livres lui parler. La nuit il entend aussi sa mère l’appeler au fond du jardin, derrière le mur fissuré. Un soir, il se décide et y va. Après avoir traversé un arbre, il se retrouve dans un monde parallèle régi par des contes revisités : le chaperon rouge et le loup donnent naissance à des Sire-loups ; les 7 nains sont des ouvriers communistes et Blanche-Neige est une bonne femme grassouillette castratrice ; BabaYaga se transforme en chirurgien nazi ; la Belle au bois dormant est un vampire. Il y a bien d’autres aventures, rythmées par deux adjuvants principaux : le Garde forestier qui l’accueille chez lui au début du voyage et le chevalier blanc Roland (qui rappelle étrangement celui de Lewis Carroll).
Tout au long du récit, David est poursuivi par les Sire-loups et un petit bonhomme étrange : l’homme biscornu. Celui-ci veut que David devienne le nouveau roi, mais refuse que David utilise le chemin indiqué par des inconnus : il veut faire SON histoire. En effet, la quête de David se résume à deux choses : retrouver sa mère morte qui l’appelle dans ce monde, et trouver Le Livres des Choses Perdues pour rentrer chez lui.
Au fil du temps, le petit garçon prend de l’assurance et devient un homme. Il aidera Roland à détruire la Bête qui tyrannise toute une région de paysans, et il tuera la Belle au bois dormant qui se prenait pour la mère de David. Arrivé au château du Roi, comme l’homme biscornu le voulait, il déniche plusieurs informations : le livre tant convoité n’est que le journal du petit garçon Jonathan qui habitait sa maison et qui est devenu roi ; l’homme biscornu ne vit que grâce à l’âme du frère ou de la sœur détesté du monarque.
Quand les Sire-loups et les loups tuent le Roi, David révèle enfin le « nom » de son frère à l’homme biscornu. Mais c’était une ruse et il meurt en se décomposant. Toutes les atrocités de ce monde n’étaient que le fruit de l’imagination cauchemardesque du Roi. A sa mort, tout disparaît, le château y comprit. Le Garde forestier fait son retour et ramène David dans son monde.

A son retour, David était en fait dans le coma. Ses parents l’avaient retrouvé à côté des cendres d’un avion mitrailleur qui s’était écrasé dans le jardin. Il n’était pas brûlé mais personne n’expliquait ses cicatrices sur tout le corps alors qu’aucun morceau de l’appareil ne l’avait atteint. La vie de David se déroule selon la prophétie funeste de l’homme biscornu, car c’est lui qui écrit les histoires. Quand son heure est venue, vieux, il retourne dans ce coin de jardin et attend d’entrer dans l’arbre. A son retour dans le monde parallèle, David redevient jeune, revoit son père le Garde forestier et retrouve sa femme et son enfant morts. Il a enfin trouvé son paradis perdu.

Mon avis

Que puis-je vous dire à part « Courez l’acheter ! Vous ne savez pas ce que vous manquez !! » ? Un très bon livre, mais très glauque pour un roman jeunesse. Âmes sensibles s’abstenir.
Pour les autres, je vous mets tout de même en garde sur les chapitres 15 à 17. C’est le point le plus fort du roman. Mais tout cela s’explique très simplement. En plus de réécrire les contes, John Connolly partage son érudition : chaque chapitre (jusqu’au chapitre 22) correspond aux arcanes du tarot marseillais. L’arcane 15 correspond au Diable par exemple. Après lecture d’un chapitre, vous pouvez vous amuser à regarder la signification des cartes (tant que le plan visuel que sur le plan prophétique). Je vous donne encore deux autres exemples. Passer du chapitre 12 au chapitre 13 vous choquera beaucoup et la raison est simple : l’arcane 12 est le pendu (ironie de l’auteur car tout le chapitre repose sur le choix d’un pont à cordes) et l’arcane 13 représente le renouveau (introduction d’un décalage avec l’épisode des nains communistes). L’autre exemple est le chapitre 22 : le mat est souvent désigné comme l’arcane 22 et l’homme biscornu explique ses plans pour ramener David dans son chemin.
Enfin, ce roman foisonne de réflexions sur la lecture. Tout bon lecteur aimera ! La dernière raison est peu développée, mais le simple fait de savoir que l’univers soit fondé sur les contes, et qu’il y ait des récits enchâssés doit vous donner une idée.

Dans ce livre, j’ai reconnu Le petit chaperon rouge, Hänsel et Gretel, Blanche-Neige et les 7 nains, Baba Yaga, Alice au pays des merveilles, Le labyrinthe de Pan, La Belle et la Bête en même temps que Persée et Méduse, La belle au bois dormant. Il y a peut-être d’autres références et je vous encourage à aller les chercher !
Si vous n’êtes toujours pas conquis, je vous invite à aller voir d’autres critiques comme celle de Laure du Miroir. Mais depuis Nancy Huston, je n’avais pas réussi à communier aussi pleinement avec un auteur. Achetez-le, achetez-le, achetez-le !! (N’étant pas du tout fan de contes macabres, si je vous le conseille c’est qu’il a vraiment été un coup de cœur.)

Note : https://i1.wp.com/www.anassete.org/images/site/6.gif

7 commentaires sur “Le Livre des Choses Perdues de John Connolly

  1. Ouais bon, c'est du fantastique. Ça joue avec les visions oniriques presque cauchemardesques, la folie et tout ça. Et puis les contes tout beaux, tout roses, on n'y croit plus ! °°

    J'aime

  2. Han! Ça donne envie! (Et je comprends mieux pourquoi tu disais que tu préférais ce livre à celui de Gaiman… Mais Nobody Owens c'est assez sombre aussi, comme univers.)

    J'aime

  3. J'ai tellement aimé ce livre qu'il reste sur mon bureau alors que je l'ai fini ♥ En plus le livre est sorti en format poche, donc y a plus de raison pour ne pas l'acheter ! (J'ai vu ça oui. Le seul reproche que j'ai à faire pour le moment, c'est à la traductrice. Le style est vraiment haché au début alors que la VO est apparemment beaucoup plus fluide. C'est dommage quoi !)

    J'aime

  4. Effectivement, de nombreux détails se révèlent très glauques et assez crus pour un livre de jeunesse – mais après tout, à bien y réfléchir, les contes contiennent toujours beaucoup de cruauté. Les frères Grimm l'avaient compris et avaient bien exploités leurs récits en ce sens.J'ai souri en voyant des allusions à des contes fort connus. Ils ont beau avoir été plus ou moins légèrement remaniés, ils gardent encore ce je-ne-sais-quoi originel, qui fait qu'ils sont ce qu'ils sont et qu'ils font mouche.Vu ton enthousiasme, je m'attendais un peu à une véritable pierre philosophale faite papier. Forcément, j'ai été un peu étonnée de voir que c'était si "simple". Toutefois, il s'agit d'un conte, d'un livre de jeunesse à la base et à ce niveau là, surtout pour toi qui te penche sur le sujet, je comprends tout à fait pourquoi il te met autant de baume au coeur. En prenant l'oeuvre pour ce qu'elle est et non pour ce que j'attendais d'elle, j'ai pu la savourer davantage. L'intrigue suit un schéma assez classique, si je puis me permettre, tout en apportant son lot d'originalité (ce qu'illustrent les fameux contes remaniés – tout comme ils étaient remaniés dans le livre de Jonathan) et on se laisse prendre au jeu. On redécouvre ce plaisir qu'on avait, enfant, à découvrir un bon livre, quand chaque nouvelle aventure prenait une dimension toute particulière, quasiment réelle.Pas tout à fait, cependant. Plus tout à fait. C'est dur de grandir et de perdre cette magie là. Pourtant, cela me permet aussi de voir et d'apprécier la façon dont les histoires ont été construites, se sont imbriquées les unes dans/avec les autres et pouvoir comprendre à peu près toutes les références et subtilités, comme autant de clins d'oeil que l'auteur nous ferait s'il nous contait tout ceci oralement. On retrouve vraiment tous les bons éléments des histoires ("d'enfants"), avec son lot de créatures mystérieuses, ses adjuvants miraculeux et miraculés et ces batailles universelles des sentiments et des émotions au travers desquels les protagonistes évoluent.Et je vais m'arrêter ici parce que je suis bien partie pour faire une dissertation sur le sujet.Je finis juste sur le fait que je suis un peu dubitative pour les dernières Arcanes correspondant aux chapitres aux mêmes numéros. Il faudra qu'on en discute !

    J'aime

  5. Alors alors, j'ai lu Le Livre des choses perdues. J'ai kiffé le début et la fin. Le début parce que l'écriture rappelle beaucoup celle des contes et que ça change des livres que je me tape habituellement >_< et la fin parce que la boucle est bouclée, que tout est bien qui finit bien (ou presque, si on prend en compte le fait que tout ce qu'a dit l'Homme Biscornu s'est révélé vrai).Et en parlant de l'Homme Biscornu, il est vraiment effrayant, ce bonhomme! (Étrangement, je lui donnais le physique d'Excalibur dans Soul Eater, va savoir pourquoi…) Lire les passages où il apparaît le soir est pas une très bonne idée xDEn revanche, y a des trucs qui m'ont gonflée. Déjà, le cliché de la mère: elle lui a appris les noms des arbres et des fleurs, ils se baladaient dans la nature tous les deux, elle lui disait des trucs vachement profonds sur la vie…Ensuite, le fait que le Garde Forestier ait survécu. Avec le nombre de loups qu'il a affrontés, je comprends pas comment il a pu leur échapper et se planquer dans la maison du maquignon.Voilà, c'est les deux gros points noirs. L'autre truc, c'est l'édition. J'ai acheté le livre de poche et j'ai trouvé un certain nombre de fautes: 3 mots coupés par un trait d'union sans aucune raison (exemple: pas-sèrent), une phrase incompréhensible, une faute de conjugaison il me semble et une ou deux fautes d'accord. Plus j'aime le bouquin que je lis, plus ça m'énerve de voir des fautes.Conclusion: c'était très bien.

    J'aime

  6. J'ai eu la même impression pour le garde forestier. Ça fait trop "happy end" et illogique. Mais bon… Le pauvre garçon ne sortait de la crise sinon. Je suppose que c'est pour rester dans le contexte "enfant".Sérieux ? Ils ont abusé en version poche ôo J'avais bien vu la phrase incompréhensible (j'l'avais presque oubliée d'ailleurs, merci de le rappeler °°), mais le coup des traits d'union… Ça fait un peu "livre grand format fait main, où on n'utilise pas les options de coupure de mots et du coup on a un texte bizarre en poche parce qu'on a fait du copié/collé".

    J'aime

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :